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vendredi 22 juin 2012
Quand l’industrie de la viande dévore la planète
Les projections démographiques moyennes de l’Organisation des Nations unies (ONU) montrent que la planète accueillera neuf milliards de personnes en 2050, date à laquelle la population mondiale commencera à se stabiliser. Un vent de panique souffle sur la planète, certains Etats agitant le spectre de la surpopulation… Y aura-t-il alors suffisamment de ressources et de nourriture pour tous alors que déjà, en 2011, plus d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim ?
Depuis quelques années, les pays qui craignent une pénurie se sont lancés dans une course effrénée pour acquérir de nouvelles terres arables que se disputent les industries de l’agroalimentaire et des agrocarburants. Et une violente controverse oppose ceux qui veulent utiliser les produits agricoles pour faire tourner les moteurs à ceux qui préféreraient qu’on nourrisse les êtres humains.
Mais peu dénoncent un business encore plus vorace en ressources naturelles, en produits agricoles et en espace : celui de l’industrie de la viande.
lire la suite: http://blog.mondediplo.net/2012-06-21-Quand-l-industrie-de-la-viande-devore-la-planete
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La Fourchette en colère
mercredi 25 janvier 2012
Agroalimentaire : les leaders à la conquête de l'Afrique
«Nous sommes très ambitieux en Afrique, où nous voulons renforcer nos positions dans toutes les catégories, et nous implanter partout où nous sommes encore absents», explique Franck Braeken, vice-président pour l'Afrique chez Unilever.
Ils avancent leurs pions sur le continent, en passe de devenir un vrai relais de croissance. Une stratégie qui suppose d'adapter les produits.
Comme Bel, les groupes agro alimentaires sont partis à la conquête de l'Afrique subsaharienne, prochain Eldorado des marques de grande consommation. «Tous essaient de reproduire le modèle mis en place en Asie, dont ils sont aujourd'hui de plus en plus dépendants comme relais de croissance», analyse Alain Penanguer, associé responsable de l'Afrique chez Deloitte. Croissance démographique, urbanisation, augmentation de la richesse par habitant et libéralisation politique et économique ont créé un pouvoir d'attraction. «L'émergence des classes moyennes rend l'Afrique incontournable», estime Frédéric Nalis, vice-président chez Bel de la zone «grande Afrique», qui «pourrait peser 15% du chiffre d'affaires du groupe d'ici 2015».
Depuis deux ans les organigrammes des groupes reflètent cette nouvelle réalité. Pernod Ricard a créé une zone couvrant l'Afrique subsaharienne, rattachée à la direction Europe du groupe. Chez Unilever, l'Afrique est devenue l'une des huit régions mondiales à égalité avec l'Europe et l'Asie. «Nous sommes très ambitieux en Afrique, où nous voulons renforcer nos positions dans toutes les catégories, et nous implanter partout où nous sommes encore absents», explique Franck Braeken, vice-président pour l'Afrique chez Unilever.
Tous accélèrent leurs investissements. Après 6 milliards de dollars entre 2000 et 2010, Coca-Cola investira deux fois plus entre 2010 et 2020 sur le continent. Entre 2010 et 2012, Nestlé a prévu une enveloppe d'un milliard de francs suisses pour augmenter ses capacités de production. Le géant suisse fait le pari de «doubler le chiffre d'affaires en Afrique d'ici 2020», confie Roger Stettler, patron de la région.
Peu de main-d'œuvre qualifiée
Pour séduire les consommateurs africains, les produits ont été adaptés. La Vache Qui Rit, vendue à l'unité, a un goût moins fort en fromage. Les cubes Maggi, le best-seller de Nestlé en Afrique, sont fortifiés avec de l'iode en raison des carences, la margarine Blue Band d'Unilever, en vitamines et acide folique. Les formats tiennent également compte des contraintes locales. Danone a mis au point l'an passé Ultramel, un yaourt qui n'a pas besoin d'être conservé au frais. «Les conditionnements sont revus afin de rendre les prix des produits plus accessibles», explique Joëlle de Montgolfier, auteur d'une étude chez Bain & Company. Les sachets de thé Lipton sont vendus par deux, les chewing-gums Wrigley par quatre, et l'huile de Savola Foods s'achète à la portion. Quant à Pernod Ricard et Diageo, ils écoulent leurs whiskies en miniatures de 12, 20 ou 35 cl.Les industriels cherchent aujourd'hui à adapter leur outil de production, avec des usines de taille réduite, qui requièrent peu de main-d'œuvre qualifiée. Nestlé, qui possède 28 usines en Afrique, met en place des finishing factories afin d'alléger la logistique et les coûts. Seule la dernière étape de fabrication - l'adaptation du conditionnement ou de la recette - est réalisée sur place. Un moyen aussi de ne pas être dépendant des matières premières locales. De nombreux groupes ont dû investir en amont faute d'avoir la qualité et la quantité de ressources souhaitées. Heineken investit dans des champs d'orge, Coca-Cola, dans la production de mangues au Kenya, Parmalat possède ses chèvres…
Il faut également gérer la fragmentation de la distribution. En juillet dernier, c'est en ayant recours à des vendeurs de rue à ses couleurs que Nescafé a lancé à Dakar son nouveau café aromatisé aux épices. Une façon aussi de limiter les intermédiaires, la plupart des industriels faisant encore appel à des distributeurs locaux pour approvisionner les points de vente.
source:
http://www.lefigaro.fr/societes/2012/01/25/20005-20120125ARTFIG00684-agroalimentaire-les-leaders-a-la-conquete-de-l-afrique.php
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La Fourchette en colère
vendredi 6 janvier 2012
Nestlé: l'Inde participe aux projets Nescafé de 350 mio CHF
Vevey (awp) - Nestlé a annoncé jeudi avoir mis sur pied sa première ferme de démonstration en Inde pour aider les agriculteurs à augmenter la qualité, la productivité et le développement à long terme de la culture du café. Cet initiative avec les paysans indiens est une partie du plan Nescafé, qui correspond à un investissement de 350 mio CHF sur 10 ans dans différents projets liés au café, selon un communiqué.
Les Etats du Karnataka, du Kerala et du Tamil Nadu participent au développement des pratiques agricoles pour répondre à la demande de café soluble qui augmente en Inde, d'après Nestlé.
Les objectifs du plan Nescafé visent à doubler les achats directs de café d'ici 2015 et à fournir aux agriculteurs 220 millions de plants de café d'ici 2020. Le plan a déjà été mis en place en Chine, en Colombie, en Côte d'Ivoire, en Indonésie, au Mexique, aux Philippines, en Thaïlande et au Vietnam.
source: http://www.romandie.com/news/n/Nestle_l_Inde_participe_aux_projets_Nescafe_de_350_mio_CHF050120121201.asp
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mardi 3 janvier 2012
Rothschild et Barclays préparent la naissance d'un géant de l'agro-alimentaire espagnol
ESPAGNE. En acceptant de renouveler son contrat de franchise avec les sept sociétés qui assurent son activité d'embouteillage en Espagne, Coca-Cola a posé comme condition un regroupement de ces entreprises espagnoles.
Pour assurer cette fusion, le groupe américain a fait appel aux services de Barclays et Rothschild. Les deux banques sont donc chargées de la gestation du nouveau « géant » de l'industrie agroalimentaire espagnole qui naîtra de cette opération visant essentiellement à rationaliser l'activité d'embouteillage de Coca-Cola en Espagne. Avec à la clé une importante réduction des coûts attendue.
Première étape de ce processus de fusion : un inventaire précis des actifs de chaque société, dont la plus importante s'appelle Cobega, titulaire de la franchise « Coca-Cola » en Catalogne et dans les Baléares. La famille Daurella, propriétaire de la société Cobega, est par ailleurs actionnaire de certaines entreprises d'embouteillage concurrentes.
Les six autres franchisés du groupe américain en Espagne sont : Casbega, R endelsur,Colebega, Begano, Norbega et Asturbega. Les « zones de chalandise » de chaque entreprise étant divisées en régions.
Cet inventaire des actifs des différentes sociétés espagnoles est très important, car il déterminera la participation de chacune au sein de la nouvelle entité, qui devrait être constituée avec 100% de capitaux espagnols.
Les enjeux financiers sont immenses. En témoigne par exemple le volume d'affaires de Cobega, qui a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 544 M€ (pour un résultat net de 58 M€). Casbega a enregistré de son côté un bénéfice net de 62 M€ en 2011, pour un chiffre d'affaires de 448 M€.
Le bilan du futur franchisé unique pour l'activité d’embouteillage de Coca-Cola en Espagne se mesura donc en milliards d'euros. D'autant que la société issue de la fusion entre les sept entreprises espagnoles pourrait également profiter d'une augmentation supplémentaire de ses capitaux liée à une introduction en bourse.
Pour assurer cette fusion, le groupe américain a fait appel aux services de Barclays et Rothschild. Les deux banques sont donc chargées de la gestation du nouveau « géant » de l'industrie agroalimentaire espagnole qui naîtra de cette opération visant essentiellement à rationaliser l'activité d'embouteillage de Coca-Cola en Espagne. Avec à la clé une importante réduction des coûts attendue.
Première étape de ce processus de fusion : un inventaire précis des actifs de chaque société, dont la plus importante s'appelle Cobega, titulaire de la franchise « Coca-Cola » en Catalogne et dans les Baléares. La famille Daurella, propriétaire de la société Cobega, est par ailleurs actionnaire de certaines entreprises d'embouteillage concurrentes.
Les six autres franchisés du groupe américain en Espagne sont : Casbega, R endelsur,Colebega, Begano, Norbega et Asturbega. Les « zones de chalandise » de chaque entreprise étant divisées en régions.
Cet inventaire des actifs des différentes sociétés espagnoles est très important, car il déterminera la participation de chacune au sein de la nouvelle entité, qui devrait être constituée avec 100% de capitaux espagnols.
Les enjeux financiers sont immenses. En témoigne par exemple le volume d'affaires de Cobega, qui a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 544 M€ (pour un résultat net de 58 M€). Casbega a enregistré de son côté un bénéfice net de 62 M€ en 2011, pour un chiffre d'affaires de 448 M€.
Le bilan du futur franchisé unique pour l'activité d’embouteillage de Coca-Cola en Espagne se mesura donc en milliards d'euros. D'autant que la société issue de la fusion entre les sept entreprises espagnoles pourrait également profiter d'une augmentation supplémentaire de ses capitaux liée à une introduction en bourse.
Francis Mateo, à BARCELONE
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La Fourchette en colère
dimanche 1 janvier 2012
Géopolitique de l’alimentation
Publié le 30/12/2011
Derrière les bouches, les ventres et les plaisirs de la table, se cachent et se camouflent des intérêts financiers, géostratégiques et géopolitiques de premier ordre.
Par Jean-Baptiste Noé
À côté des armes, des alliances internationales, de l’approvisionnement en matières premières et du terrorisme, les plaisirs de la bouche et de la table peuvent sembler bien dérisoires. Pour autant, l’alimentation n’est pas si anodine, nous pouvons même dire qu’elle est première. Si se nourrir est propre à chaque homme, la façon de se nourrir est propre à chaque peuple, à chaque civilisation, à chaque culture. Étudier la façon dont un peuple se nourrit, s’alimente, c’est comprendre comment il raisonne et comment il fonctionne. De la même façon qu’une langue ne sert pas qu’à parler mais aussi à penser, la nourriture – ce que l’on ingère, ce que l’on estime bon à ingérer, à cuisiner – définit la grammaire des peuples. Nous allons donner quelques exemples qui permettent d’illustrer ces propos.
Alimentation et anthropologie des peuples
Lorsque Jules César, en 52, entre en Gaule avec son armée, il constate que le Rhin forme une frontière culturelle. En-deçà du Rhin, note-t-il dans sa Guerre des Gaules, se trouve le peuple Gaulois, peuple qui boit du vin et qui est, du point de vue de la civilisation, proche des Romains. Au-delà du fleuve habitent les Germains, peuple qui boit de la cervoise, et qui est fort éloigné de la pensée et des modes de vie romaines. Le Rhin comme frontière, entre le peuple du vin et le peuple de la cervoise, le Rhin comme illustration de l’antagonisme culturel, voici dressée ce qui sera la fracture de l’Europe pour les siècles à venir et qui, à biens des égards, l’est encore aujourd’hui. La France est le premier pays producteur de vin, et un de ses premiers consommateurs, quand l’Allemagne est un pays de la bière. Et l’antagonisme des Gaulois et des Germains a déchiré l’Europe jusqu’à la réconciliation des années 1960-1980. Jacques Bainville, dans son Histoire de deux peuples, a montré toute la portée géopolitique de cette opposition. [1]
Si l’on reste dans le domaine du vin nous constatons que cette boisson est consommée par les peuples sédentaires, alors que les peuples nomades, qui ne peuvent pas planter une vigne et attendre plusieurs années que celle-ci produise un vin correct, ont rejeté le vin, jusqu’à le déclarer impur. De là vient ce refus du vin dans l’islam, quand les chrétiens et les juifs y accordent une place de choix dans leur religion. [2] Derrière une interdiction alimentaire se dessine toute une philosophie qui sépare le nomade du sédentaire, le monde urbain du monde des tentes, et par là la façon de faire la guerre et de concevoir le monde. [3] Nous voyons comment une frontière alimentaire est la partie visible qui dessine une frontière politique et culturelle. Frontières alimentaires et frontières culturelles
Quelles sont donc les grandes frontières alimentaires qui partagent le monde ? L’Europe est le continent du blé et du vin quand l’Asie est celui du riz, qui se mange et qui se boit. En Amérique règne le maïs, réduit en farine et consommé sous forme de galette, et le chocolat, boisson des dieux et des rites religieux, avant que celui-ci ne devienne un dessert, une fois importé en Europe. En Afrique ce sont le sorgho et le mil qui sont cultivés comme céréales majoritaires.
Le monde est aussi traversé par les frontières du cru et du cuit. Nous savons comment la consommation de poisson cru au Japon est le nec plus ultra de la gastronomie. Ce poisson a très peu de goût et cela est voulu : cela correspond à la philosophie bouddhiste qui prône l’extinction des plaisirs et des sentiments. La nourriture ne doit donc procurer aucune sensation, bonne ou mauvaise. Nous sommes très loin de la vision de l’Europe latine et catholique, où la nourriture se veut bombance et fête. Le cuit et le rôti sont au contraire valorisés : le cru est perçu comme aliment barbare et vil. Cette différence gastronomique majeure ne peut qu’embarrasser les ambassades lors des repas internationaux.
Le pouvoir de la table
C’est ici qu’intervient la gastronomie comme facteur de la puissance. Airbus, le nucléaire, le TGV sont des éléments tangibles de la vigueur industrielle de la France, mais le champagne, le cognac, le foie gras contribuent à la puissance culturelle française, aussi bien qu’à sa puissance économique. En dépit de sa petite superficie la France est le deuxième pays agricole mondial – derrière les États-Unis. Les exportations alimentaires françaises permettent d’équilibrer la balance commerciale, et lui assure chaque année l’entrée d’un nombre important de devises. En 2008 l’agriculture et le secteur agroalimentaire totalisaient 51 milliards d’euros d’exportation, soit 10.6% de la valeur des exportations françaises. [4] L’industrie automobile a rapporté, toujours en 2008, 46.1 milliards d’euros et la vente d’énergie 25.9 milliards. En 2007 les exportations de bordeaux, de bourgogne et de champagne ont rapporté 6.72 milliards d’euros à la France, soit l’équivalent de 129 Airbus, de 288 TGV ou encore de 92 satellites. Au total, le solde excédentaire des exportations de vins et spiritueux s’élève à 9,34 milliards d’euros ; c’est le deuxième poste excédentaire français pour les exportations. Belle victoire du monde rural sur la finance ; le blé et la vigne rapportent plus d’argent à la France que la bourse et la corbeille. On aurait tort de négliger cet aspect de la puissance. Dans la lutte hégémonique que se livre les nations au sein de la géopolitique mondiale la culture est un facteur essentiel, et l’alimentation y contribue fortement.
La gouvernance de la table
Tenir le ventre est un habile moyen de tenir les peuples. Jusqu’au XIXe siècle l’usage du sel a été fondamental en Europe pour assurer la conservation des aliments. Cela a conféré aux régions salines une puissance économique et politique de premier ordre. Que ces salines soient maritimes, comme en Bretagne ou près de La Rochelle, ou qu’elles soient terrestres, comme dans le Jura, ou à Hallein en Autriche, le contrôle de la production et des routes commerciales du sel ont été un enjeu important, de même niveau que le pétrole ou le gaz aujourd’hui.
Au sel peuvent s’ajouter les épices. On imagine mal désormais déclarer la guerre pour contrôler le poivre de Ceylan ou la coriandre d’Indonésie. Pour autant ces épices ont fait la fortune des compagnies maritimes et des îles et des ports servant d’escale aux navires. Cette géopolitique épicée et savoureuse, bien qu’elle aussi tournée vers la finance et vers la poudre, a disparu. En apparence seulement car quand Coca Cola pèse sur les cours de la vanille pour aromatiser ses boissons, ou que les grands confiseurs, comme Nestlé ou Kraft, achètent des milliers de tonnes de sucre et de chocolat pour la fabrication de leurs barres et autres bonbons, la guerre des approvisionnements rejoint celle des palais. Les attaques et les stratégies commerciales mondiales échappent souvent au simple consommateur. Les routes du sucre ont contribué à dessiner une géopolitique mondiale tant les zones d’approvisionnement et de consommation étaient différentes. C’est pour cultiver la canne que les Européens ont acheté des esclaves aux tribus africaines et les ont transplantés dans les Antilles et au Brésil. C’est pour alimenter le marché français en sucre que Napoléon, privé de cette matière par son blocus, a développé la culture de la betterave en Picardie, apportant une nouvelle richesse à cette région.
Si l’on reste dans les douceurs, que connaît-on de l’influence réelle des compagnies fruitières américaines dans les interventions en Amérique Latine ? La guerre de la banane et des fruits exotiques n’a pas été que commerciale, et l’on sait qu’un certain nombre de gouvernants ont été changés pour sécuriser l’approvisionnement en fruits du marché américain.
Nourrir le monde reste l’éternel défi des années à venir. Derrière ces bouches, ces ventres, ces plaisirs, se cachent et se camouflent des intérêts financiers, géostratégiques et géopolitiques de premier ordre. C’est peut être moins impressionnant que le pétrole, peut être moins bruyant que le cliquetis des armes, mais c’est tout aussi fondamental dans la valse de la réalité diplomatique du monde actuel.
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Sur le web
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Notes: [1] Une partie des œuvres de Jacques Bainville ont été rééditées chez Bouquins en 2011.
[2] Voir Jean-Baptiste Noé, Histoire du Vin et de l’Eglise, chapitre 9, « Symboles du vin ».
[3] Gabriel Martinez-Gros, « Les conquêtes arabes (630-750) » in L’exportation armée des idées et des systèmes, Cahiers du CEHD n°34, 2008.
[4] Chiffres fournis par l’INSEE dans ses enquêtes annuelles.
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mercredi 14 décembre 2011
Des systèmes alimentaires durables, enjeu crucial pour l'avenir
Une étude menée par l'Inra et le Cirad dresse un état des lieux
des déterminants majeurs qui ont présidé aux évolutions
passées des systèmes alimentaires et identifie les points
critiques des filières, en soulignant leur nécessaire réorientation.
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lundi 12 décembre 2011
Des difficultés pour Nestlé et Danone en Chine
La concurrence exacerbée des fabricants locaux oblige les deux géants de l’agroalimentaire à revoir la gestion de leurs implantations locales.
Rien ne va plus dans l’industrie agroalimentaire. Le géant suisse décide le 12 décembre de la fermeture d’un de ses sites de production ce crèmes glacées dans l’est de la Chine et stoppe ses ventes dans cette région. En même temps, le groupe français y suspend des opérations de l’une de ses usines de fabrication de yaourts.
Les deux groupes se trouvent confrontés à la concurrence notamment des chinois Sanyuan, Yili et Mengniu, qui fournissent des produits équivalents et moins chers que ceux des deux fabricants étrangers.
Du côté de Danone, on assure que la suspension de l’activité de l’une des deux usines n’est pas due à la concurrence. Selon le porte-parole du groupe sur place, Xu Jie, elle est la conséquence d’un"nouveau plan stratégique plus centralisé pour les produits laitiers de Danone sur le marché chinois".
Selon les analystes, les groupes étrangers n’ont donc que peu d’avantages compétitifs à fabriquer leurs produits sur place. Ils pourraient donc se recentrer sur des produits haut de gamme.
La filière du lait en Chine a été affectée par plusieurs scandales, dont le plus important reste celui du lait en poudre pour nourrissons contaminée à la mélamine. En mars dernier, cinq producteurs ont perdu leurs licences après des inspections sanitaires.
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samedi 8 octobre 2011
La restauration scolaire, marionnette de l’industrie agroalimentaire?
Par un décret et un arrêté parus au Journal officiel le 2 octobre 2011, le ministère de l’agriculture a fixé un nouveau cadre réglementaire à la restauration scolaire. Basé sur les recommandations du Groupe d’Etude des Marchés Restauration Collective et Nutrition (GEMRCN), celui-ci prône la diversité de la structure du repas, composé d’une succession de 4 ou 5 plats. Concernant la qualité nutritionnelle des menus, un produit laitier doit figurer à chaque repas, ainsi qu’un apport suffisant en fibres et en fer. L’eau et le pain doivent être proposés en libre service, contrairement au sel et aux sauces. Les repas trop sucrés et trop gras doivent être limités, avec notamment pas plus de 4 produits frits sur 20 repas. Enfin, les établissements doivent veiller à ce que les fournisseurs livrent des produits dont la taille des portions est adaptée à l’âge de l’enfant, en misant sur les produits de saison.
Mais, bien que louables de prime abord, ces nouvelles normes ne privilégieraient pas que l’intérêt nutritionnel. Selon l’association L214, la recommandation du GEMRCN ne met pas en avant des besoins nutritionnels mais des produits. Elle impose ainsi des seuils minima de viande de bœuf, veau, agneau, de poisson et de produits laitiers. Dès lors, comme le souligne Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, ce décret répond beaucoup plus aux volontés des industries agroalimentaires, soucieuses de placer le produit de leurs élevages intensifs, qu'à de réelles intentions de qualité nutritionnelle. Initiateur de menus scolaires composés à près de 70 % d’aliments issus de l’agriculture biologique ou labellisés AOC ou Label Rouge, dont un repas végétarien par semaine, l’élu déplore un modèle alimentaire dépassé. De fait, celui soutenu par les autorités ministérielles repose sur une agriculture qui privilégie l’élevage animal, aux impacts environnementaux attestés.
Mais, bien que louables de prime abord, ces nouvelles normes ne privilégieraient pas que l’intérêt nutritionnel. Selon l’association L214, la recommandation du GEMRCN ne met pas en avant des besoins nutritionnels mais des produits. Elle impose ainsi des seuils minima de viande de bœuf, veau, agneau, de poisson et de produits laitiers. Dès lors, comme le souligne Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, ce décret répond beaucoup plus aux volontés des industries agroalimentaires, soucieuses de placer le produit de leurs élevages intensifs, qu'à de réelles intentions de qualité nutritionnelle. Initiateur de menus scolaires composés à près de 70 % d’aliments issus de l’agriculture biologique ou labellisés AOC ou Label Rouge, dont un repas végétarien par semaine, l’élu déplore un modèle alimentaire dépassé. De fait, celui soutenu par les autorités ministérielles repose sur une agriculture qui privilégie l’élevage animal, aux impacts environnementaux attestés.
Cécile Cassier
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jeudi 6 octobre 2011
Produits trop sucrés en Outre-mer: le gouvernement refuse la proposition PS
PARIS - La proposition socialiste d'interdire au 1er janvier 2013 la vente en Outre-mer de produits alimentaires plus sucrés que ceux de marque similaire en métropole a suscité jeudi à l'Assemblée nationale l'opposition du gouvernement et a divisé les élus ultramarins.
Ce texte, débattu jeudi mais qui sera soumis au vote mardi prochain, avait cependant été accepté le 28 septembre par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, dont les membres UMP s'étaient partagés entre votes favorables et abstentions. Depuis la réunion de la commission, le groupe UMP s'est prononcé contre la proposition.
L'objectif de cette mesure, défendue par le député PS Victorin Lurel, président du conseil régional de Guadeloupe, est de lutter contre l'obésité qui touche 25% des enfants en Guadeloupe et Martinique, contre 18% en métropole, selon une étude du cardiologue André Atallah.
Pour les produits qui ne sont vendus qu'Outre-mer, la proposition prévoit qu'un arrêté ministériel fixe une teneur maximale en sucre.
Tout en reconnaissant que des facteurs sociaux et culturels expliquent en partie cette différence, Victorin Lurel met aussi en cause les pratiques de l'industrie agro-alimentaire, en citant notamment l'exemple d'un même yaourt, qui contient 20 grammes de glucides dans sa région contre 15,8 en métropole.
Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a estimé que si le texte de M. Lurel mettait en relief un vrai problème de santé publique et reposait sur un bon diagnostic, la faisabilité de la mesure proposée était improbable et son efficacité discutable. Il a jugé plus efficace de demander des engagements concrets aux fabricants.
M. Bertrand a souligné que les interdictions proposées ne concerneraient pas les produits importés, alors que les Antilles sont dans la zone commerciale de l'Amérique du nord. Selon lui, les consommateurs se tourneraient alors vers les produits américains plus sucrés.
Ce dernier point a divisé les élus ultramarins, qui constituaient la moitié de la dizaine de députés présents dans l'hémicycle, mais, selon une ligne de clivage paradoxale, certains élus de gauche et de droite se retrouvant parfois à front renversé.
Une députée apparentée socialiste de Guadeloupe, Jeanny Marc, s'est ainsi faite l'écho de l'inquiétude suscitée par la proposition de loi car elle excluerait les produits importés. A l'inverse, sa collègue UMP, également de Guadeloupe, Gabrielle Louis-Carabin, qui votera le texte, a rétorqué que les Antillais consommaient des produits hexagonaux et locaux et non importés.
Edwige Antier, députée UMP et pédiatre, a aussi défendu le texte, qui contient un amendement voté à son initiative et prévoyant, en métropole comme en Outre-mer, d'apposer un logo Alimentation infantile aux produits bien adaptés à l'alimentation des enfants de moins de trois ans.
(©AFP / 06 octobre 2011 20h18)
Quand la France et l'industrie agroalimentaire se sucrent sur le dos des anciennes colonies...
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vendredi 23 septembre 2011
Victoire des producteurs de lait contre le géant Lactalis
Lactalis réclamait 14.000 euros de dommages et intérêts à la Confédération paysanne de la Loire. Motif ? Un blocage de l’entrée de l’usine de la multinationale laitière, à Andrézieux-Bouthéon (Loire) le 17 août 2009, au plus fort du mouvement de la grève du lait. C’est finalement le géant Lactalis qui devra payer 1.500 euros au syndicat.
Ce jugement est intervenu le 15 septembre au tribunal de grande instance de Saint-Étienne. Si les magistrats ont estimé que le blocage était démontré, ils n’ont pas retenu de faute à l’encontre de la Confédération paysanne, soulignant qu’aucune dégradation ou destruction n’avait été à déplorer. La justice a donc débouté la société Lactalis « de l’ensemble de ses demandes » et « la condamne à payer à la Confédération paysanne de la Loire et à Philippe Marquet (ancien secrétaire général, ndlr) la somme globale de 1.500 euros » au titre des frais de justice.
Selon la Confédération paysanne, cette décision réaffirme le droit syndical à exprimer son mécontentement. Elle intervient au moment de la renégociation des contrats entre le groupe Lactalis et les producteurs de lait. Dans son contrat type (décrypté par Basta ! ici), Lactalis évoque notamment des clauses antigrève entraînant une dépendance totale des agriculteurs. Face à ce qu’elle qualifie de « contrat de servage », la Confédération paysanne, en collaboration avec l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli) et la Coordination rurale, a remis en juin un contrat type alternatif au ministre de l’Agriculture. Confiant, Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, estime que« cette victoire judiciaire est une étape pour contraindre les laiteries à payer aux paysans un prix rémunérateur ». SOPHIE CHAPELLE
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dimanche 18 septembre 2011
L'Agence européenne de sécurité alimentaire, lobby de l'industrie ?
Par Colette Roos | Journaliste | 15/09/2011 | 11H08
Encore un conflit d'intérêts à l'Efsa, l'Agence européenne de sécurité des aliments… Ici même, il a été question récemment des liens noués avec l'industrie agroalimentairepar onze des vingt experts de sa commission « additifs » (dont l'aspartame).
Moins d'un an plus tôt, en octobre 2010, Diana Banati, la directrice de la même Efsa, avait dû démissionner de ses fonctions de l'Ilsi (l'International life sciences institute), un prétendu institut de recherche, en réalité un « machin » financé par les plus grands noms de l'agro-industrie et de la chimie (dont le fabricant d'aspartame Ajinomoto, Nestlé, Monsanto, BASF, McDonald's…). On peut se demander pourquoi elle a eu le choix de quitter l'Ilsi plutôt que l'Efsa.
Et voilà que la liste des experts à problème s'allonge, comme le révèlent encore une fois l'ONG Corporate Europe Obervatory (CEO), qui traque les lobbies industriels à Bruxelles, et le Réseau environnement santé : sur les cinq scientifiques nouvellement nommés au sein de la commission « additifs », deux ont collaboré avec l'Ilsi, encore lui.
Détail d'importance : ces personnes ont été choisies en juillet, donc APRES les deux épisodes, à un moment où l'agence aurait dû être particulièrement vigilante.
Il est visiblement très compliqué, en Europe, de trouver des experts indépendants. A défaut, dans un contexte où ils sont de plus en plus liés aux programmes de recherche et développement des industriels, ce serait bien de nommer des scientifiques dotés d'une bonne mémoire. Qui n'attendent pas que les lanceurs d'alerte les dénoncent pour se souvenir qu'ils travaillent avec des entreprises dont ils sont censés évaluer les produits.
Source: http://www.rue89.com/dessous-assiette/2011/09/15/lagence-europeenne-de-securite-alimentaire-lobby-de-lindustrie-221822
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vendredi 16 septembre 2011
«LES SPÉCULATEURS N’ONT RIEN À FAIRE DE LA FAMINE»
NICOLAS DUNTZE. Ce responsable de la Confédération paysanne se penche sur la conférence internationale organisée lundi et mardi à Montpellier par le G20 sur la sécurité alimentaire.
Cette réunion du G20 à Montpellier, centrée sur la recherche, est-elle, selon vous, porteuse d’espoir ?
« La seule chose qui améliorerait la situation serait de créer un rapport de force afin que la nécessité d’une recherche participative soit prise en compte. Ce qui veut dire : tenir compte de l’avis des syndicats de paysans, des associations de consommateurs… Le lieu où les chercheurs se réunissent sous l’égide du G20 n’est pas non plus un hasard. Montpellier possède un grand nombre de laboratoires, une certaine notoriété dans la recherche agronomique et sociologique agricole et les lobbies semenciers et agro-industriels, toujours à la recherche de brevets, sont intéressés par les modifications génétiques autour du blé. On va donc essayer d’aller interpeller les participants pour leur dire qu’ils sont sous surveillance. Notre revendication c’est : « Arrêtez de chercher sous la bulle financière ».
Vous pensez que la recherche est sous la coupe de ces lobbies industriels ?
Ce sont eux qui financent le plus la recherche dans ces domaines, dans le but de revendre les semences et d’en faire des royalties. On va leur rappeler qu’il ne faut pas toucher aux savoir-faire ancestraux des paysans qui ont su nourrir la planète jusqu’ici.
Justement le thème du G20 en pleine famine dans la corne de l’Afrique est la sécurité alimentaire. Pourquoi y’a-t-il encore des millions de gens qui souffrent de la faim ?
Cela n’a rien à voir avec les savoirs ancestraux des paysans. Si l’on prend l’exemple français, après la guerre, il y a eu d’énormes difficultés à assumer la sécurité alimentaire de la population en terme d’approvisionnement. Cela a généré des politiques agricoles intensives et productivistes. Mais la marche en avant productiviste a continué ensuite. A la sortie de la guerre il y avait 3 millions de paysans en France, il n’y en a plus que 400 000 aujourd’hui. C’est la même politique au niveau international. La création des stocks, les primes à l’export… ont tué toutes les agricultures paysannes locales. Un produit subventionné par l’Europe arrive moins cher en Afrique que ce qu’il coûte au producteur local. Au prétexte de la sécurité alimentaire des pays riches, on a mis sous dépendance des millions de personnes, parce qu’on leur a enlevé la possibilité économique de produire.
Le productivisme est le principal responsable selon vous des famines actuelles ?
Elles interviennent deux ou trois ans après les émeutes de la faim dont la raison était la spéculation sur les matières premières. Les spéculateurs se moquent de savoir que des millions de personnes, dont la plupart sont issues du milieu paysan, crèvent de faim. C’est vrai qu’il y a la sécheresse, un climat social et politique délétère dans certains pays d’Afrique, mais il faut se poser la question d’à qui profite le crime. Sous la contrainte budgétaire du FMI et sous prétexte de régler leur dette, on a dit aux pays africains d’arrêter de produire du millet ou du maïs et de faire des fleurs ou des haricots qu’ils exportent. Ils ont ainsi abandonné les productions locales qui leur donnaient leur nourriture de base.
Mais que faire pour les aider ?
On se souvient des fameux sacs de riz de Kouchner. On ne sait pas toujours où va l’aide. On va donner son chariot ou dix euros qu’on aura économisés parce qu’on aura vu des images intolérables. Mais s’il faut évidemment envoyer des sacs de riz, il faut aussi poser les vrais problèmes pour changer la donne. Et il faut se poser la question de la responsabilité de nos pays gros consommateurs d’énergie dans les raisons climatiques de la crise.
A la confédération paysanne vous parlez de souveraineté alimentaire.
Oui et elle tarde à être inscrite dans le droit international. Parce que c’est un droit des peuples de décider des moyens de production et de l’accès à ces moyens de production. C’est un droit de ne pas être victime des échanges internationaux. La question se pose aussi dans la vieille Europe avec la disparition programmée de tous les petits paysans qu’ils soient français, polonais ou roumains parce qu’il faut faire la place à l’agriculture telle qu’elle se pratique à Almeria en Espagne ou dans les Pouilles en Italie, ou dans d’autres régions de France où l’on fait par exemple des élevages de porc de plus en plus grands.
Vous ne croyez pas non plus dans les chercheurs ?
Il y a énormément d’agronomes talentueux mais le problème principal c’est que le marché détermine le prix d’un produit au détriment de l’avis et de la vie des populations locales. Tous ces migrants qui arrivent dans le sud de l’Italie ou de l’Espagne viennent pour la plupart des milieux ruraux subsahariens. Souvent, des villages entiers ont dû s’endetter pour qu’ils puissent rejoindre le fameux eldorado que sont censés être nos pays.
Vous ne vous faites donc aucune illusion sur le G20 ?
Il est en capacité de dire qu’il faut qu’on améliore un peu les choses mais il y a toujours cette fuite en avant permanente qui nous a déjà amenés dans le mur et qui produira des explosions. A la confédération, nous pensons que ce n’est pas avec l’outil qui a détruit la planète et les acteurs de cette destruction qu’on va pouvoir reconstruire des agricultures capables de nourrir les populations de proximité. »
RECUEILLI PAR ANNIE MENRAS
Source:
http://www.lamarseillaise.fr/herault/les-speculateurs-n-ont-rien-a-faire-de-la-famine-24189.html
La présidence française du G20 accueille aujourd’hui à Montpellier une conférence internationale sur la recherche agricole pour le développement pour promouvoir les partenariats scientifiques au service de la sécurité alimentaire dans le monde. Nicolas Duntze, Gardois membre de la Confédération paysanne, nous dit pourquoi il ne se fait guère d’illusion sur les conséquence de cette réunion à l’heure de la famine en Afrique.
Cette réunion du G20 à Montpellier, centrée sur la recherche, est-elle, selon vous, porteuse d’espoir ?
« La seule chose qui améliorerait la situation serait de créer un rapport de force afin que la nécessité d’une recherche participative soit prise en compte. Ce qui veut dire : tenir compte de l’avis des syndicats de paysans, des associations de consommateurs… Le lieu où les chercheurs se réunissent sous l’égide du G20 n’est pas non plus un hasard. Montpellier possède un grand nombre de laboratoires, une certaine notoriété dans la recherche agronomique et sociologique agricole et les lobbies semenciers et agro-industriels, toujours à la recherche de brevets, sont intéressés par les modifications génétiques autour du blé. On va donc essayer d’aller interpeller les participants pour leur dire qu’ils sont sous surveillance. Notre revendication c’est : « Arrêtez de chercher sous la bulle financière ».
Vous pensez que la recherche est sous la coupe de ces lobbies industriels ?
Ce sont eux qui financent le plus la recherche dans ces domaines, dans le but de revendre les semences et d’en faire des royalties. On va leur rappeler qu’il ne faut pas toucher aux savoir-faire ancestraux des paysans qui ont su nourrir la planète jusqu’ici.
Justement le thème du G20 en pleine famine dans la corne de l’Afrique est la sécurité alimentaire. Pourquoi y’a-t-il encore des millions de gens qui souffrent de la faim ?
Cela n’a rien à voir avec les savoirs ancestraux des paysans. Si l’on prend l’exemple français, après la guerre, il y a eu d’énormes difficultés à assumer la sécurité alimentaire de la population en terme d’approvisionnement. Cela a généré des politiques agricoles intensives et productivistes. Mais la marche en avant productiviste a continué ensuite. A la sortie de la guerre il y avait 3 millions de paysans en France, il n’y en a plus que 400 000 aujourd’hui. C’est la même politique au niveau international. La création des stocks, les primes à l’export… ont tué toutes les agricultures paysannes locales. Un produit subventionné par l’Europe arrive moins cher en Afrique que ce qu’il coûte au producteur local. Au prétexte de la sécurité alimentaire des pays riches, on a mis sous dépendance des millions de personnes, parce qu’on leur a enlevé la possibilité économique de produire.
Le productivisme est le principal responsable selon vous des famines actuelles ?
Elles interviennent deux ou trois ans après les émeutes de la faim dont la raison était la spéculation sur les matières premières. Les spéculateurs se moquent de savoir que des millions de personnes, dont la plupart sont issues du milieu paysan, crèvent de faim. C’est vrai qu’il y a la sécheresse, un climat social et politique délétère dans certains pays d’Afrique, mais il faut se poser la question d’à qui profite le crime. Sous la contrainte budgétaire du FMI et sous prétexte de régler leur dette, on a dit aux pays africains d’arrêter de produire du millet ou du maïs et de faire des fleurs ou des haricots qu’ils exportent. Ils ont ainsi abandonné les productions locales qui leur donnaient leur nourriture de base.
Mais que faire pour les aider ?
On se souvient des fameux sacs de riz de Kouchner. On ne sait pas toujours où va l’aide. On va donner son chariot ou dix euros qu’on aura économisés parce qu’on aura vu des images intolérables. Mais s’il faut évidemment envoyer des sacs de riz, il faut aussi poser les vrais problèmes pour changer la donne. Et il faut se poser la question de la responsabilité de nos pays gros consommateurs d’énergie dans les raisons climatiques de la crise.
A la confédération paysanne vous parlez de souveraineté alimentaire.
Oui et elle tarde à être inscrite dans le droit international. Parce que c’est un droit des peuples de décider des moyens de production et de l’accès à ces moyens de production. C’est un droit de ne pas être victime des échanges internationaux. La question se pose aussi dans la vieille Europe avec la disparition programmée de tous les petits paysans qu’ils soient français, polonais ou roumains parce qu’il faut faire la place à l’agriculture telle qu’elle se pratique à Almeria en Espagne ou dans les Pouilles en Italie, ou dans d’autres régions de France où l’on fait par exemple des élevages de porc de plus en plus grands.
Vous ne croyez pas non plus dans les chercheurs ?
Il y a énormément d’agronomes talentueux mais le problème principal c’est que le marché détermine le prix d’un produit au détriment de l’avis et de la vie des populations locales. Tous ces migrants qui arrivent dans le sud de l’Italie ou de l’Espagne viennent pour la plupart des milieux ruraux subsahariens. Souvent, des villages entiers ont dû s’endetter pour qu’ils puissent rejoindre le fameux eldorado que sont censés être nos pays.
Vous ne vous faites donc aucune illusion sur le G20 ?
Il est en capacité de dire qu’il faut qu’on améliore un peu les choses mais il y a toujours cette fuite en avant permanente qui nous a déjà amenés dans le mur et qui produira des explosions. A la confédération, nous pensons que ce n’est pas avec l’outil qui a détruit la planète et les acteurs de cette destruction qu’on va pouvoir reconstruire des agricultures capables de nourrir les populations de proximité. »
RECUEILLI PAR ANNIE MENRAS
Source:
http://www.lamarseillaise.fr/herault/les-speculateurs-n-ont-rien-a-faire-de-la-famine-24189.html
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La Fourchette en colère
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