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vendredi 2 mars 2012

Quelle est la politique du directeur général de la FAO pour la Corne de l’Afrique ?



L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation est une des institutions du système des Nations Unies (FAO). La FAO joue un rôle important, même si son effectivité est relative dans un monde de plus en plus dominé par le néolibéralisme et la spéculation financière et où le rôle de l’Etat comme régulateur a disparu. Les maîtres du monde ne veulent pas de régulation ni de dirigeantes/dirigeants qui les contrôlent.
Depuis janvier dernier le nouveau directeur général de la FAO est José Graziano Da Silva, un Brésilien. Il a été élu le 26 de juin 2011 au deuxième tour par une courte marge face à un Européen, Miguel Angel Moratinos, ex ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du gouvernement de Jose Luis Rodriguez Zapatero (chef du gouvernement socialiste espagnol). Il a remplacé à Jacques Diouf, un fonctionnaire international du Sénégal, qui a passé 18 ans (soit 3 mandats) à la direction de cet organisme international. Il est le premier latinoaméricain à occuper ce poste.


Mais qui est réellement José Graziano Da Silva ? Son origine et son pays ne peuvent des points explicatifs sur les actions d’une/responsable. Cependant son parcours professionnel et sa conviction à résoudre des problèmes importants comme la sous-alimentation et la sécurité alimentaire sont des éléments importants à prendre en considération. Il est né el 17 novembre 1949 aux Etats-Unis de parents Brésiliens. Il est agronome de formation, et écrivain. Auteur de nombreux livres sur les problèmes de l’agriculture de son pays, le Brésil.


Docteur en Economie, il fut professeur d’Economie Agricole à l’université d’Etat de Campinas (Brésil) ; il a été le conseiller de la Fédération des Agriculteurs de l’Etat de San Paolo. Entre 2003 et 2004, il a occupé sous les gouvernements du président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministère de la Sécurité Alimentaire ; il fut principal responsable de la mise en place et de l’application du programme ambitieux de Lula Fome Zero, zéro faim en portugais. Alimenter des millions de Brésiliennes et Brésiliens a été un des chevaux de bataille de l’ex syndicaliste, Lula. Son programme a permit de sortir de la pauvreté à environ 30 millions de personnes les 8 ans des deux mandats présidentiels de Lula. En mars 2006, il fut le Représentant Régional et sous-directeur de la FOA pour l’Amérique latine. Dans les gouvernements de Lula Da Silva, il a occupé le ministère de Sécurité Alimentaire.


Quel est l’intérêt d’occuper le poste de Directeur Général ? L’intérêt peut être symbolique ou l’apport d’une expérience personnelle ou collective démontrée dans un contexte national et/ou régional. Mais étant un poste d’un organisme international, on peut ne pas négliger ou sous-estimer l’intérêt des Etats, principaux acteurs des relations internationales et contributeurs du budget de l’organisation internationale. Sa victoire est celle d’un dirigeant atypique, qui a marqué non seulement la vie politique brésilienne, mais aussi les relations internationales : Lula da Silva. Personne ne doute que le Brésil est une puissance émergente (membre du groupe BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud), qui a les moyens de sa politique internationale, qui participe et a une voix dans les négociations internationales par exemple sur le réchauffement climatique comme au Sommet de Copenhague au Danemark en 2009.


Comme puissance économique, le Brésil aspire donc à occuper des postes prestigieux. L’autre puissance émergente, deuxième économie du monde, la Chine a aussi une citoyenne à la tête d’une institution onusienne, Magareth Chain à Directrice général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).


Comme lectrices et lecteurs de la Nation mais aussi citoyennes et citoyens de la Corne de l’Afrique, nous devons nous poser la question suivante, qui me paraît très importante pour notre vie : qu’est-ce que la FAO dirigé par José Grazaniao da Silva va apporter comme solution aux problèmes récurrents en matière alimentaire et de sécurité alimentaire de cette région ? Son expérience dans son pays natal de la Faim Zéro est-elle transposable dans d’autres contextes socio-cultures, politiques et climatiques ? Durant l’été dernier, des images horribles d’enfants, des hommes et des femmes, des mères impuissantes face à la mort lente de leurs enfants ont fait le tour du monde. Il y a eu une mobilisation, qui a apporté un répit à la souffrance, mais non une solution définitive.


Pourquoi la Corne de l’Afrique est-elle si marquée par les sécheresses et les famines plus que d’autres régions africaines et du monde ? Pourquoi les gouvernements et les sociétés civiles réagissent toujours quand il y a une catastrophe ? Pourquoi les mécanismes de la lutte contre la sécheresse et la famine de l’IGAD ne fonctionnent pas bien ?


Dans l’action d’un responsable, les gestes, les symboles et les moments sont importants pour analyser non seulement la mise en place de son programme, mais aussi son accomplissement. Mais on ne peut encore tirer des conclusions du programme du Directeur Général de la FAO sur la Corne de l’Afrique. Lors de sa prise de fonction en janvier dernier à Rome il affirmait que l’Afrique serait sa priorité durant son mandat (jusqu’en 2015) et qu’il allait assister au dernier Sommet du Syndicat des Chefs d’Etat suivant l’expression du président Ougandais Yuweri Musevni à l’endroit de l’Union Africaine. Sa position et et son discours montrent au moins un certain intérêt de sa part à Corne de la mort et de « sang » en reprenant l’expression de l’écrivain Abdourhaman Wabéri. José Graziano da Silva vient d’effectuer une visite au village de Dollow de la région de Gedo en Somalie, afin d’évaluer par lui-même la situation et d’observer le travail accompli par la FAO et ses partenaires pour comme il dit « j’ai eu le privilège de rencontrer agriculteurs et éleveurs somaliens.


J’ai été témoin de l’impact de notre action sur leur existence. » Quelle est l’action de la FAO ? Il n’explique pas en quoi consiste l’action entreprise par l’organisation qu’il dirige. C’est une première position du principal responsable de la FAO sur les questions alimentaires dans cette maudite région. Il a le temps de disserter sa thèse sur la résolution de ces questions.


Les conséquences des famines, les sécheresses récurrentes et l’insécurité alimentaire de cette région ne sont pas seulement le fait de la très faible pluviométrie. Se limiter seulement aux facteurs climatiques c’est faire semblant d’ignorer d’autres facteurs plus mortels comme la vente des terres arables et l’inclusion de l’agriculture dans le commerce mondial ou mieux dans les spéculations mondiales. Dans les informations de la presse internationale sur la famine durant l’été, des chercheures/chercheurs universitaires évoquaient la vente des terres arables de la Somalie de la région du fleuve Shebelle à des entreprises étrangères. L’origine des crises alimentaires dans le monde depuis qu’on parle de changement climatique a changé. Si la pluviométrie est une cause principale, on ne peut négliger la politique de beaucoup de gouvernements africains comme au l’Ethiopie, le Madagascar, le Mali qui vendent des terres fertiles à des entreprises des pays comme la Corée du Sud, le Qatar, le Barhein… C’est enlever aux agricultrices et agriculteurs la liberté de cultiver, donc de nourrir des aliments (et non pas être dépendants de l’aide et de l’humiliation des donations étrangères) leurs terres natales.


Au contraire il faut les aider, les subventionner. Sans subventions on peut nourrir des milliers de personnes. Et les grands pays comme les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon (pour le riz) soutiennent leurs agricultures et leurs élevages. Ce n’est pas en vendant ces terres qu’on peut lutter les famines. Et il est du devoir de l’Etat de subvenir la première nécessité de ses populations. La liberté des mouvements financiers constitue le nouveau holocauste pour beaucoup de citoyennes et citoyens de certains pays du Sud.


Mohamed Abdillahi Bahdon
Sidwaya


Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article46501&rubrique21 

mardi 3 janvier 2012

Les prix alimentaires vont rester volatils, selon la FAO

Le nouveau directeur général de l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), José Graziano da Silva, a estimé mardi que les prix des produits alimentaires allaient rester volatils dans un proche avenir.


"Nous nous attendons à ce que les prix n'augmentent pas mais ne baissent pas non plus rapidement, il y aura des réductions de prix mais ça ne sera pas une chute drastique, la volatilité va rester", a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse.
FAIBLES STOCKS ALIMENTAIRES
"Les faibles stocks alimentaires créent les conditions pour la spéculation" sur les prix des produits alimentaires, a estimé le nouveau patron de la FAO, plaidant pour un renforcement de la production agricole et une augmentation des stocks.
Lors de la publication de son indice sur les prix alimentaires en novembre dernier, la FAO avait déjà rappelé que la volatilité sur les marchés nuisait à la sécurité alimentaire mondiale. L'agence avait alors prévu un maintien des prix à un niveau élevé en 2012 et souligné que le coût de la nourriture avait augmenté de plus d'un tiers au cours de l'année passée dans les pays les plus pauvres.
La France fait pression pour parvenir à davantage de transparence sur les marchés des produits alimentaires. Les prix alimentaires élevés sont considérés comme l'un des facteurs ayant déclenché la famine en Somalie et le Printemps arabe.

mercredi 14 décembre 2011

Des systèmes alimentaires durables, enjeu crucial pour l'avenir

Une étude menée par l'Inra et le Cirad dresse un état des lieux 
des déterminants majeurs qui ont présidé aux évolutions 
passées des systèmes alimentaires et identifie les points 
critiques des filières, en soulignant leur nécessaire réorientation.

lundi 31 octobre 2011

Projets verts: chiche, disent les paysans africains mais quel financement?

La contrainte politique est perçue comme majeure. "Si le gouvernement n'est pas dans la boucle, ça semble très compliqué. Nos économies qui vivaient de l'agriculture deviennent des économies vivant de la politique, ça nous fait beaucoup de tort", a déploré Felix Jumbe, président des fermiers malawites (FUM). ( © AFP Gianluigi Guercia)

JOHANNESBURG (AFP) - Le mécanisme qui finance des projets verts dans les pays en développement pourrait être l'un des outils phares pour prolonger le protocole de Kyoto après 2012, mais les agriculteurs africains, concernés au premier chef, y accèdent difficilement.
Les syndicats agricoles d'Afrique australe (Sacau) ont lancé un "appel à une simplification des mécanismes de financement", dans une résolution destinée aux négociateurs de la prochaine conférence sur le climat du 28 novembre au 9 décembre 2011, à Durban en Afrique du Sud.
Ils visent "en particulier le mécanisme de développement propre" (MDP) qui permet aux pays industrialisés ou à leurs entreprises de financer des projets dits "propres", selon la résolution dont l'AFP a consulté le projet.
La Chine, l'Inde et le Brésil ont raflé l'essentiel des 3.000 projets financés depuis 2005 par ce mécanisme, qui permet d'acheter des droits d'émettre des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement du climat, en échange par exemple d'un effort de reboisement ou de la valorisation énergétique de déchets.
Mais l'Afrique sub-saharienne participe à dose homéopathique à ce marché des crédits carbone selon l'Institut International de recherche sur l'Alimentation (IFPRI) à Washington qui chiffrait la dimension de ces projets en Afrique sud-saharienne à 1,4% en 2008.
Quatorze projets sur 18 étaient financés en Afrique du Sud et, seulement six liés à l'agriculture, selon une brochure de la Sacau, éditée en 2009.
Il y a eu peu d'évolution depuis, selon les responsables agricoles réunis récemment à Johannesburg par la Sacau pour préparer la conférence de Durban.
On serait à 4% de projets financés en Afrique par le MDP, selon l'agence pour l'alimentation et l'agriculture de l'ONU (FAO).
Savoir présenter les projets
Les questions ont fusé pour savoir comment accéder au marché carbone ou à la dizaine d'autres cagnottes comme le Fonds d'adaptation au changement climatique, qui a financé seulement deux projets africains en deux ans, l'un pour l'irrigation en Erythrée et l'autre contre l'érosion côtière au Sénégal.
"Les petits paysans n'ont pas le savoir nécessaire pour présenter des projets", a observé Mme Effatah Jele du syndicat des fermiers zambiens (ZNFU).
"J'ai une exploitation laitière et ce que je voudrais savoir c'est comment nourrir mes bêtes pour qu'elles émettent moins de gaz", dit-elle.
Les complications administratives et techniques rebutent les agriculteurs, pourtant prêts à s'adapter et qui déplorent déjà le changement climatique, avec des saisons de canne à sucre et des rendements sucriers en baisse à l'île Maurice, ou un calendrier des pluies erratique et des inondations plus fréquentes au Malawi et en Zambie.
"C'est très compliqué, très long", a reconnu la représentante de la FAO, Christina Seeberg-Elverfeldt, "mais possible", selon elle: il faut "se regrouper et monter des projets concernant au moins 50.000 agriculteurs".
La contrainte politique est perçue comme majeure. "Si le gouvernement n'est pas dans la boucle, ça semble très compliqué. Nos économies qui vivaient de l'agriculture deviennent des économies vivant de la politique, ça nous fait beaucoup de tort", a déploré Felix Jumbe, président des fermiers malawites (FUM).
"Pourquoi est-ce conçu de telle manière que cela coûte beaucoup d'argent" de monter un dossier, a interrogé Zanele Phiri, directrice du syndicat swazi (SNAU).
"Si l'on regarde le Mozambique, nous sommes un pays petit et jeune, nous avons donc besoin de compensations", a protesté Eugnelio Buquine (UNAC).
"Mais qu'est-ce qu'on voit avec REDD+ (un fonds pour la reforestation) ? Ils coupent des arbres indigènes pour planter des pins et des eucalyptus", relève-t-il.
© 2011 AFP

samedi 27 août 2011

QUELLES SONT LES CAUSES DE LA FAMINE ?

Nous vivons dans un monde d’abondance. Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), on produit aujourd’hui de la nourriture pour 12 milliards de personnes, alors que la planète compte 7 milliards d’êtres humains. De la nourriture, il y en a. Alors pourquoi dans ce cas une personne sur sept dans le monde souffre de la faim?

La menace alimentaire qui touche plus de 10 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique remet en lumière la fatalité d’une catastrophe qui n’a pourtant rien de naturelle. Sécheresses, inondations, conflits armés... tout cela contribue à aggraver une situation d’extrême vulnérabilité alimentaire, mais ce ne ce sont pas les seuls facteurs explicatifs.
La situation de famine dans la Corne de l’Afrique n’est pas une nouveauté. La Somalie vit une situation d’insécurité alimentaire depuis 20 ans. Et, périodiquement, les médias nous remuent de nos confortables divans en nous rappelant l’impact dramatique de la faim dans le monde. En 1984, près d’un million de morts en Ethiopie; en 1992, 300.000 somaliens ont perdu la vie à cause de la faim; en 2005, près de cinq millions de personnes au bord de la mort au Malawi, pour ne citer que quelques cas.
La faim n’est pas une fatalité inévitable qui affecterait seulement certains pays. Les causes de la faim sont politiques. Qui contrôle les ressources naturelles (terres, eau, semences) qui permettent la production de nourriture? A qui profitent les politiques agricoles et alimentaires? Aujourd’hui, les aliments sont devenus une marchandise et leur fonction principale, nous nourrir, est mise à l’arrière plan.
On pointe du doigt la sécheresse, avec les pertes de récoltes et de bétail consécutives, comme l’une des principales explications de la famine dans la Corne de l’Afrique. Mais alors comment expliquer que des pays tels que les Etats-Unis ou l’Australie, qui subissent régulièrement de graves sécheresses, ne souffrent pas de famines extrêmes? Evidement, les phénomènes météorologiques peuvent aggraver les problèmes alimentaires, mais ils ne suffisent pas à expliquer les causes de la faim. En ce qui concerne la production d’aliments, le contrôle des ressources naturelles est la clé pour comprendre pour qui et pourquoi on les produits.
Dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, l’accès à la terre et un bien rare. L’achat massif de sols fertiles de la part d’investisseurs étrangers (agro-industrie, gouvernements, fonds spéculatifs...) a provoqué l’expulsion de milliers de paysans de leurs terres, diminuant ainsi leur capacité à satisfaire leurs propres besoins alimentaires de manière autonome. Ainsi, tandis que le Programme Mondial Alimentaire tente de nourrir des milliers de réfugiés au Soudan, des gouvernements étrangers (Koweït, Emirats arabes unis, Corée...) y achètent des terres pour produire et exporter des aliments pour leurs propres populations.
Il faut également rappeler que la Somalie, malgré les sécheresses récurrentes, était un pays autosuffisant dans la production d’aliments jusqu’à la fin des années 1970. Sa souveraineté alimentaire a été mise en pièce au cours des trois décennies suivantes. A partir des années 1980, les politiques imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale pour que le pays puisse rembourser sa dette au Club de Paris se sont traduites par l’imposition d’un ensemble de mesures d’ajustement. En ce qui concerne l’agriculture, ces dernières impliquaient une politique de libéralisation commerciale et d’ouverture des marchés, permettant ainsi l’entrée massive de produits subsidiés - comme le riz et le blé - des multinationales agro-industrielles nord-américaines et européennes, qui ont commencé à vendre leurs produits en dessous de leur prix de production, faisant ainsi une concurrence déloyale aux produits autochtones.
Les dévaluations périodiques de la monnaie somalienne ont également provoqué une hausse des prix des intrants agricoles tandis que la politique en faveur des monocultures pour l’exportation a progressivement forcé les paysans à abandonner les campagnes. La même chose s’est produite dans d’autres pays, non seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine et en Asie.
La montée des prix des céréales de base est un autre des éléments désignés comme détonateurs des famines dans la Corne de l’Afrique. En Somalie, les prix du maïs et du sorgho rouge ont respectivement augmenté de 106 et 180% par rapport à l’année dernière. En Ethiopie, le coût du blé a augmenté de 85% par rapport à 2010. Et au Kenya, la valeur du maïs a augmenté de 55% en un an. Des hausses qui ont rendus ces aliments inaccessibles.
Mais quelles sont les raisons de cette escalade des prix? Plusieurs indices pointent la spéculation financière sur les matières premières alimentaires. Les prix des aliments sont déterminés dans les Bourses de valeurs, dont la plus importante, à l’échelle mondiale, est celle de Chicago, tandis qu’en Europe les aliments sont commercialisés dans les marchés à terme de Londres, Paris, Amsterdam et Francfort. Mais, aujourd’hui, la majeure partie de l’achat et de la vente de ces marchandises ne correspond pas à des échanges commerciaux réels.
On estime, d’après Mike Masters, responsable du fonds de pension Masters Capital Management, que 75% des investissements financiers dans le secteur agricole sont de caractère spéculatif. On achète et on vend des matières premières dans le but de spéculer avec elles en faisant un profit qui se répercute finalement dans l’augmentation du prix de la nourriture pour le consommateur final. Les mêmes banques, fonds à hauts risques, compagnies d’assurances, qui ont provoqué la crise des “subprimes” sont celles qui spéculent aujourd’hui avec la nourriture, profitant de marchés globaux profondément dérégulés et hautement rentables.
La crise alimentaire à l’échelle globale et la famine dans la Corne de l’Afrique en particulier sont les fruits de la globalisation alimentaire au service des intérêts privés. La chaîne de production, de distribution et de consommation des aliments est entre les mains d’une poignée de multinationales qui placent leurs intérêts particuliers au dessus des nécessités collectives. Tout au long de ces dernières décennies, elles ont miné, avec le soutien des institutions financières internationales, la capacité des Etats du sud à décider sur leurs politiques agricoles et alimentaires.
Revenons au début. Pourquoi la faim existe-t-elle dans un monde d’abondance? La production d’aliments a été multipliée par trois depuis les années 1970, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler depuis lors. Nous ne sommes donc pas face à un problème de production de nourriture, mais bien devant un problème d’accès à la nourriture. Comme le soulignait le rapporteurs de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, dans une interview au journal “El Pais”: “La faim est un problème politique. C’est une question de justice sociale et de politiques de redistribution”.
Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est urgent d’opter pour d’autres politiques agricoles et alimentaires qui mettent au centre de leur préoccupation les personnes et leurs besoins, ceux qui travaillent la terre et l’écosystème. Il s’agit de parvenir à ce que le mouvement international Via Campesina appelle la “souveraineté alimentaire”, et de récupérer la capacité de décider sur ce que nous mangeons. En reprenant un des slogans les plus connus du Mouvement du 15-M: “une démocratie réelle, maintenant” dans l’agriculture et l’alimentation est nécessaire.
Esther Vivas. 
Cet article a été publié comme opinion dans le journal “El País”, 30/07/2011.

vendredi 19 août 2011

Le Maroc plaide pour la création d'une Banque Africaine de Solidarité Alimentaire

Le Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et de la coopération, Mohamed Ouzzine, a plaidé jeudi à Rome pour la mise en place d'une Banque Africaine de Solidarité Alimentaire.
Intervenant au nom du Groupe des 77 plus la Chine, lors de la réunion opérationnelle de Haut niveau des Etats membres de la FAO au sujet de la région de la Corne de l' Afrique, M. Ouzzine a insisté sur la conjugaison des efforts afin de répondre aux besoins des populations sinistrées, indique un communiqué du ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération.
La communauté internationale a le devoir moral et humain d'agir en profondeur sur les causes multiples de cette crise, qui pourrait encore s'aggraver dans les mois à venir, a dit M. Ouzzine lors de cette réunion.
Les conditions climatiques ne peuvent expliquer, à elles seules, ce drame humanitaire, a-t-il ajouté. Le prix des denrées alimentaires ainsi que la volatilité des marchés des produits de base sont devenus, depuis quelques années, des phénomènes permanents amenuisant toutes les chances de réaliser une sécurité alimentaire durable et accessible aux plus vulnérables, a souligné le secrétaire d'Etat.
"Cette situation qui est le corollaire direct de plusieurs facteurs continue d'avoir des conséquences déstabilisantes au niveau social, voire politique", a-t-il indiqué, affirmant que "le facteur le plus déterminant reste celui de la spéculation financière et son impact sur les prix de produits de base, notamment dans les pays en développement importateurs de denrées alimentaires".
Les gouvernements des pays en développement se sont vus obligés de faire des ponctions budgétaires pour maintenir, au détriment de la croissance économique, les prix à des niveaux raisonnables, a-t-il noté.
"C'est dans cette perspective, que le Royaume du Maroc a estimé que toutes les actions prises au niveau international ne peuvent produire les effets escomptés, sans une amélioration significative de l'information et de la transparence sur les marchés", a-t-il relevé.
Tout en saluant les initiatives prises en juin dernier, sous l'impulsion de la France, par les ministres de l'agriculture du G20, qui ont adopté un plan d'action sur la volatilité des prix alimentaire et sur l'Agriculture, la question des réserves alimentaires d'urgence, mais aussi à long terme, est capitale pour atténuer la volatilité des prix des denrées alimentaires et assurer une sécurité alimentaire durable, a-t-il estimé.
Et d'ajouter que "les gouvernements gagneront à constituer des réserves, tant au niveau national que régional, qui permettront de juguler les augmentations excessives des prix agricoles en cas de faibles récoltes".
Selon M. Ouzzine, "c'est dans cet objectif, que le Maroc a appelé à la création, sous la coupole de la BAD, d'une banque Africaine de Solidarité Alimentaire".
Cette Banque, a-t-il précisé, pourrait s'appuyer sur les réseaux nationaux et sur les expériences qui existent dans d'autres continents, notamment en Europe. Elle devra aussi fédérer les synergies pour une utilisation optimale des denrées alimentaires et pour rendre le combat pour la sécurité alimentaire plus efficace en Afrique.
"Le Royaume du Maroc reste résolument convaincu que la résolution des conflits demeure une condition fondamentale à la résolution de la crise alimentaire, car sans paix ni stabilité politique, il serait difficilement envisageable d'investir dans une agriculture durable à même d'assurer des conditions de vie humaine aux paysans", a souligné M. Ouzzine.
L'aboutissement de toutes ces initiatives, a-t-il dit, demeure conditionné par la coordination entre les acteurs, la concrétisation des engagements et l'appui financier souscrit solennellement par les pays donateurs.
D'après lui, la concrétisation de ces objectifs demeure aussi tributaire de "la volonté collective de donner un contenu crédible à l'objectif universel, d'apporter les réponses qu'appelle la raréfaction endémique des ressources hydriques de la plupart des régions d'Afrique".
Les acquis accumulés, les leçons tirées des erreurs du passé et le potentiel de coopération et de partenariat disponible ont permis au Maroc, a-t- dit, "de s'engager avec humilité, fort d'un esprit de solidarité traditionnelle avec nos frères africains dans des chantiers ambitieux de partage des connaissances de bonnes pratiques et d'échanges".
"Qu'il s'agisse d'initiatives bilatérales ou de programmes tripartites, y compris ceux bénéficiant du partenariat de la FAO, la coopération sud sud n'est plus un simple slogan: c'est désormais une réalité palpable avec son actif et ses succès plus que prometteurs", a conclu M. Ouzzine.
La catastrophe humanitaire qui sévit dans la région de la Corne de l'Afrique est la plus grave dans l'histoire de l'humanité, touchant plus de 12 millions de personnes.
Le 25 juillet dernier, la Présidence française du G20 a demandé à la FAO d'organiser une réunion d'urgence au niveau ministériel à ce propos.
Cette réunion a pour objectif de sensibiliser l'opinion publique et de créer un forum afin de mobiliser les moyens pour faire face à la crise alimentaire.

jeudi 11 août 2011

Les nouveaux accapareurs de terres agricoles

Le mot « accapareur » était déjà utilisé avant la Révolution Française de 1789. Il désignait ceux qui entretenaient la famine pour s’enrichir par le marché noir, un des éléments déclencheurs de la Révolution. 
Aujourd’hui, l’accaparement des terres  préoccupe la FAO, organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agriculture et les ONG en Afrique et en Amérique latine. Tandis que certains observateurs estiment qu’il s’agit là d’une nouvelle forme de colonialisme.


Oppositions locales

Selon la FAO, pour réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 (objectif du Sommet de 1996), il est nécessaire d’investir au moins 30 milliards de dollars supplémentaires par an. Or les pays en développement n’ont pas la capacité à mobiliser de telles sommes et les aides publiques des pays développés stagnent. C’est le secteur privé qui a augmenté ses investissements en particulier sous forme d’achat de terres ou de bail à long terme. Les plus gros investisseurs sont les États du Golfe, la Chine et la Corée du Sud. Tandis que les pays investis sont essentiellement en Afrique et en Amérique latine. Parfois les populations locales s’opposent aux projets. Ce fut le cas à Madagascar après l’annonce du gouvernement de louer 1,3 million d’hectares, soit la moitié des terres arables, au sud-Coréen Daewoo pour un bail de 99 ans, afin de nourrir les Coréens... Le projet a été abandonné après la chute du président Marc Ravalomanana. D’autres évènements similaires ont eu lieu en Indonésie où 500 000 hectares devaient être dévolus à des investisseurs d’Arabie Saoudite ou encore aux Philippines où la Chine prévoyait d’investir 1,2 million d’hectares. « Des stratégies plus participatives auraient offert des solutions » explique la FAO, appelant, sans trop y croire, à un code de conduite plus contraignant.

Les fonds de pension

Malgré les conflits et controverses provoqués par ces tentatives d’acquisitions foncières, les fonds de pension continuent à s’y intéresser. Ces fonds, alimentés  par les cotisations de retraite de citoyens  japonais, norvégiens, hollandais, coréens ou américains pour les plus importants, sont destinés à réaliser des produits financiers pour servir les retraites. L’intérêt pour les investisseurs réside dans le fait que la terre est devenue un bon « fondamental », c’est-à-dire prometteur, d’un bon rapport offre/demande avec une population mondiale qui augmente et des ressources alimentaires qui deviennent limitées. Entre 2005 et 2010, ces investissements ont été multipliés par trois. Certes l’actif terre représente un montant infime  dans le total des investissements des fonds : entre 5 et 15 milliards de dollars sur 
23000 milliards d’actifs au total.

Bénéficier des infrastructures

L’intérêt des pays « bailleurs », aux moyens limités, est d’attirer des capitaux étrangers sous la forme d’investissements productifs dans l’agriculture. Cela constitue une solution de rattrapage pour des pays africains qui ont délaissé leur agriculture depuis plusieurs années. Les consciences se sont réveillées avec les dernières crises alimentaires. Le bénéfice attendu par les pays en développement réside dans la création d’emplois, le transfert de technologie et le développement d’infrastructures liées à ces investissements. Mais aussi la fourniture locale. Ainsi, Varin Agriculture, une entreprise indienne qui a loué 452 000 hectares à Madagascar pour  produire du riz, du blé et du maïs. 
La moitié de la production est destinée à l’approvisionnement local. 
Une toute autre démarche pour GEM Biofuels PLC basée dans l’île de Man, paradis fiscal britannique, pour produire dans le sud de Madagascar, des biocarburants à partir de jatropha. Un rapport de la FAO estime qu’il y a aussi des risques importants tant sur le plan social pour les paysans locaux de se voir privés de terres, que sur le plan économique quand il y a concurrence avec les productions locales. Risque environnemental aussi, si les pratiques ne sont pas respectueuses. 
Paul Pen

samedi 6 août 2011

Les points chauds de la crise alimentaire

Contre-courant - Écrit par La rédaction - Jeudi, 04 Août 2011 16:29   



Oxfam publie une carte interactive des « points chauds pour l’insécurité alimentaire » dans le monde. Manière de rappeler à la communauté internationale son devoir d'action. Mais les priorités divergent, comme l'illustre la question des agrocarburants.


Au-delà de la famine en Somalie, qui menace des millions de personnes, le nombre de ceux qui n'ont pas assez à manger dans le monde « pourrait rapidement dépasser le milliard », rappelle l'ONG Oxfam. La carte interactive qu'elle vient de publier entend donner une « vision globale de la crise alimentaire mondiale ». Elle pointe les pays les plus touchés par la malnutrition, mais aussi ceux où la flambée des prix est « à l’origine d’instabilité et de violences ». Et analyse pour chacun d'eux - assez sommairement - la situation, les causes et les conséquences:

C'est aussi l'occasion pour Ofam de relancer sa campagne "Cultivons" à destination du G20. Une pétition circule pour pousser les grandes économies à adopter des mesures alors que l'envolée des prix « risque encore d’empirer à l’avenir ».
Lutter contre la volatilité des prix alimentaires, c'est déjà l'une des priorités affichées par la présidence française du G20. Un sommet des ministres de l'agriculture a débouché sur un « plan d'action sur la volatilité des prix alimentaires et de l'agriculture » le 23 juin. Un plan très largement insuffisant aux yeux d'Oxfam, qui l'avait alors qualifié de « cataplasme sur une jambe de bois ».

L'impact et l'impasse des agrocarburants

Un plan éloigné, également, des préconisations publiées en juillet par la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (et relevées le 3 août par LeMonde.fr). Dans ce rapport, les experts insistent notamment sur le rôle joué dans la crise alimentaire par le « boom des agrocarburants », ces dix dernières années, qui « a eu un impact majeur sur l'évolution de la demande mondiale en céréales et huiles végétales » (1). Ils accaparent désormais près de 40% de la culture de maïs aux Etats-Unis. Cette expansion des cultures destinées à produire des agrocarburants « met en lumière la tension entre une demande potentiellement illimitée (d''énergie, dans ce cas) et les contraintes d'un monde aux ressources finies », juge le rapport.

Les experts appellent clairement les gouvernements - en tête, les Etats-Unis et l'Union européenne - à abolir les subventions et autres mesures qui avantagent la production d'agrocarburants, au détriment de la production agricole alimentaire. Mais deux semaines plus tôt, le plan d'action des ministres du G20 évoquait certes la question des agrocarburants... pour mieux l'enterrer (2).
Sur cette question, comme sur celle de la spéculation ou des investissements, Oxfam espère encore des chefs d'Etat du G20 qu'ils « décideront d'une véritable action » lors du sommet de novembre à Cannes. Et compte surtout sur le Comité sur la sécurité alimentaire de la FAO qui se réunira en octobre à Rome.



(1) L'accusation n'est pas nouvelle, nous en parlions lors du sommet de Copenhague en 2009 ; et il y a un an, l'ONG les Amis de la Terre dénonçaient la « main basse » sur les terres africaines.

(2) Et de quelle manière : « Nous reconnaissons la nécessité d’analyser plus avant l'ensemble des facteurs qui influencent les relations entre la production de biocarburants et (1) la disponibilité alimentaire, (2) la réponse de l’agriculture à l’augmentation des prix et à la volatilité, (3) la durabilité de la production agricole, et d'approfondir l'analyse des réponses possibles en terme de politiques publiques, tout en reconnaissant le rôle que peuvent jouer ces biocarburants dans la réduction des gaz à effet de serre, la sécurité énergétique et le développement rural. »