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mercredi 23 mai 2012
vendredi 13 avril 2012
Se nourrir sans argent, en recyclant des montagnes de nourritures gaspillées
Comment faire pour manger quand on a décidé de se passer d’argent ? Rien de bien compliqué, semble-t-il, pour Benjamin et ses acolytes. Les trois jeunes Européens, sur les routes du monde depuis plus d’un an, trouvent tous les jours de quoi s’alimenter, principalement en glanant parmi les tonnes de nourriture gaspillée chaque jour. Ils comptent aussi sur la générosité des habitants croisés en route.
Se nourrir sans utiliser d’argent peut paraître impossible. Au cours de notre voyage, dans les pays économiquement développés, nous nous sommes pourtant débrouillés en « recyclant » la nourriture dans les poubelles des supermarchés et des boulangeries, ou en demandant directement si nous pouvions « sauver » la nourriture destinée à la poubelle. Bien souvent, les directeurs des magasins acceptent. Parfois certains refusent, allant même jusqu’à jeter de l’eau de javel sur les poubelles pour être sûrs que personne n’ira fouiller dedans !
En général, nous mangeons très bien. Même s’il nous arrive de ne manger que du pain, ou des fruits. Nous sommes tellement habitués, avec l’argent, à avoir tout tout de suite que nous perdons la valeur des aliments. Nous oublions le plaisir de manger, d’apprécier un fruit, un plat bien cuisiné. Au Maroc, les gens nous ont souvent invités pour un thé ou un couscous. C’est là, au cours de notre voyage, que nous avons rencontrés les gens les plus chaleureux et les plus généreux, toujours prêts à partager. Il y a au Maroc beaucoup moins de gaspillage qu’en France, sauf dans les lieux touristiques, qui regorgent de restaurants étrangers, et dans lesquels nous pouvions recycler pas mal de nourriture.
En Amérique latine, les gens nous ont beaucoup offert à manger. Nous recyclions dans les lieux touristiques et bénéficions de la générosité des gens dans les petits villages. Même dans les lieux les plus pauvres, les gens jettent de la nourriture, comme dans les marchés, où l’on trouve toujours quelques fruits ou légumes abîmés. Au Mexique, par exemple, les fruits et les légumes sont abondants, et nous récupérons des kilos de nourriture que nous cuisinons et partageons.
Poubelles cadenassées
Notre récent voyage aux États-Unis fut un grand choc. Nous avons mangé comme des rois, de la nourriture bio et végétarienne, qui termine dans les poubelles des grands supermarchés. Des tonnes et des tonnes de nourriture qui se perdent chaque jour, parfois sous le nez des pauvres de ce pays. La plupart des gérants ferment les poubelles avec des cadenas.
Lorsque nous trouverons un terrain, nous voulons pouvoir semer nos propres graines et produire notre propre nourriture, pour ne plus dépendre des restes du système. Mais d’ici là, voyant toute cette nourriture gâchée, nous nous faisons presque un devoir de la recycler. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO), plus d’un milliard d’être humains souffrent de malnutrition et plus d’un milliard souffrent d’obésité. Nous produisons dans le monde suffisamment de nourriture pour 12 milliards d’êtres humains, estime la FAO. Mais plus d’un tiers de la nourriture produite termine à la poubelle. Un taux de gaspillage qui s’élève à 50 % dans certains pays comme les États-Unis !
Une injustice liée à l’idée de l’abondance, véhiculée par le système capitaliste : des supermarchés pleins de nourriture, de tout à chaque instant, des produits qui périment trop vite, qui viennent de trop loin. Très peu de restaurants, de boulangeries ou de supermarchés ne jettent pas de nourriture. Beaucoup nous critiquent en disant que nous profitons du système, que manger les restes, ce n’est pas l’auto-suffisance. Ils ont raison : nous ne prétendons pas vivre en dehors du système. Au contraire, nous voulons y rester pour participer au changement.
Benjamin Lesage
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La Fourchette en colère
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vendredi 6 avril 2012
La Chine devient le premier marché alimentaire du monde
La Chine est devenue le premier marché alimentaire du monde ($963,73 milliards) en 2011, devançant les Etats-Unis ($908 milliards).
Tous les pays de la zone BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) se retrouveront parmi les cinq plus importants marchés alimentaires du monde d’ici 2015. La Russie, le 6e marché alimentaire mondial devant la France (7e) en 2011, montera au 4e rang mondial vers 2015. L’Inde atteindra le 3e rang mondial vers 2015 et le Japon reculera du 3e au 6e rang.
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La Fourchette en colère
vendredi 2 mars 2012
« La faim est faite de faim d’homme et peut-être éliminée par les hommes »
Interview de Jean Ziegler par Éric Toussaint à l’occasion de la sortie de son dernier livre en date :Destruction massive, géopolitique de la faim, Éditions du Seuil, Paris, 2012.
Pour tous ceux et celles qui veulent comprendre les enjeux de la faim dans le monde, la lecture de ce livre est indispensable. Écrit dans un style à la fois vivant et simple (sans jamais être simpliste), ce nouveau livre de Jean Ziegler, ex-rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, apporte les clés nécessaires à la compréhension des causes du maintien d’un sixième de l’humanité dans la sous-alimentation conduisant à la mort ou tout au moins à la négation des droits humains les plus élémentaires. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse des causes, le livre plaide pour un changement radical de système.
Avant de répondre à votre question, je voudrais dire l’étendue du désastre.
Le massacre annuel de dizaines de millions d’être humains par la faim est le scandale de notre siècle. Toutes les cinq secondes, un enfant âgé de moins de dix ans meurt de faim, 37 000 personnes meurent de faim tous les jours et 1 milliard – sur les 7 milliards que nous sommes – sont mutilés par la sous-alimentation permanente… cela sur une planète qui déborde de richesses !
Le même rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de la FAO qui donne les chiffres des victimes dit que l’agriculture mondiale dans l’étape actuelle de ses forces de production pourrait nourrir normalement (2 200 calories / individu adulte par jour) 12 milliards d’êtres humains, donc presque le double de l’humanité actuelle.
Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’existe donc aucune fatalité, aucun manque objectif. Un enfant qui meurt de faim est assassiné.
Pendant huit ans, j’ai été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Ce livre est le récit de mes combats, de mes échecs, de mes occasionnelles et fragiles victoires, de mes trahisons aussi.
Le problème des affamés n’est pas la disponibilité générale des aliments sur terre, mais leur propre accès à la nourriture, essentiellement leur manque de moyens monétaires pour les acquérir.
La faim structurelle est celle qui tue quotidiennement à cause des forces de production insuffisamment développées dans les campagnes de l’hémisphère sud.
La faim conjoncturelle, par contre, frappe lorsqu’une économie s’effondre brusquement, par suite d’une catastrophe climatique ou la guerre.
Je viens à votre question. Le lien entre la dette et la destruction par la faim est particulièrement évident dans le combat contre la faim conjoncturelle.
Entre 2008 et 2010, le Programme alimentaire mondial a perdu pratiquement la moitié de son budget : il était de 6 milliards de dollars en 2008, il est de 3,2 milliards aujourd’hui. Les États industriels se sont massivement endettés pour refinancer leurs banques… et ont biffé ou fortement réduit leurs contributions au PAM. Or, le PAM est chargé de l’aide alimentaire urgente en cas de catastrophe climatique ou de guerre.
Conséquence : le Programme alimentaire mondial ne peut plus acheter suffisamment de nourriture pour l’aide d’urgence en cas de famine : comme aujourd’hui dans la Corne de l’Afrique où les fonctionnaires de l’ONU refusent chaque jour l’entrée à des centaines de familles, réfugiées de la faim, devant les 17 camps d’accueil installés dans la région. La dette est responsable de la destruction de centaines de milliers d’êtres humains.
La crise financière de 2007/2008 provoquée par le banditisme bancaire a eu notamment deux conséquences.
La première : Les fonds spéculatifs (hedge funds) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant des marchés financiers pour s’orienter vers les marchés des matières premières, notamment celui des matières premières agricoles. Si l’on regarde les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, leurs prix ont explosé. En 18 mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1 010 dollars et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.
Une deuxième conséquence est la ruée des hedge funds et autres spéculateurs sur les terres arables de l’hémisphère sud.
La première : Les fonds spéculatifs (hedge funds) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant des marchés financiers pour s’orienter vers les marchés des matières premières, notamment celui des matières premières agricoles. Si l’on regarde les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, leurs prix ont explosé. En 18 mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1 010 dollars et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.
Une deuxième conséquence est la ruée des hedge funds et autres spéculateurs sur les terres arables de l’hémisphère sud.
Selon la Banque mondiale, l’année dernière, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des fonds d’investissements et des multinationales uniquement en Afrique. Avec pour résultat, l’expulsion des petits paysans. Ce qu’il faut dénoncer, c’est le rôle de la Banque mondiale, mais aussi celui de la Banque africaine de développement, qui financent ces vols de terre. Pour se justifier, elles ont une théorie pernicieuse qui est de dire que la productivité agricole est très basse en Afrique. Ce qui est vrai. Mais ce n’est pas parce que les paysans africains sont moins compétents ou moins travailleurs que les paysans français. C’est parce que ces pays sont étranglés par leur dette extérieure. Ils n’ont donc pas d’argent pour constituer des réserves en cas de catastrophes ni pour investir dans l’agriculture de subsistance. Il est faux de dire que la solution viendra de la cession des terres aux multinationales.
Ce qu’il faut faire, c’est mettre ces pays en état d’investir dans l’agriculture et de donner à leurs paysans les instruments minimaux pour augmenter leur productivité : les outils, l’irrigation, les semences sélectionnées, les engrais...
Exemple : 3,8 % des terres arables d’Afrique sont irriguées. Sur tout le continent, il n’existe que 250 000 animaux de trait et quelques milliers de tracteurs seulement. Les engrais minéraux, les semences sélectionnées sont largement absents.
La faim est faite de main d’homme et peut-être éliminée par les hommes.
Les principaux ennemis du droit à l’alimentation sont la dizaine de sociétés transcontinentales privées qui dominent presque complètement le marché alimentaire. Elles fixent les prix, contrôlent les stocks et décident qui va vivre ou mourir puisque seul celui qui a de l’argent a accès à la nourriture. L’année dernière, par exemple, Cargill a contrôlé plus de 26 % de tout le blé commercialisé dans le monde. Ensuite, ces trusts disposent d’organisations mercenaires : l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ce sont les trois cavaliers de l’Apocalypse. S’ils reconnaissent que la faim est terrible, ils estiment que toute intervention dans le marché est un péché. A leurs yeux, réclamer une réforme agraire, un salaire minimum ou le subventionnement des aliments de base, par exemple, pour sauver les vies des plus pauvres est une hérésie. Selon les grands trusts qui, ensemble, contrôlent près du 85 % du marché alimentaire, la faim ne sera vaincue qu’avec la libéralisation totale du marché et la privatisation de tous les secteurs publics.
Cette théorie néolibérale est meurtrière et obscurantiste. L’Union soviétique a implosé en 1991 (c’était une bonne chose). Jusque-là, un homme sur trois vivait sous un régime communiste et le mode de production capitaliste était limité régionalement. Mais en vingt ans, le capitalisme financier s’est répandu comme un feu de brousse à travers le monde. Il a engendré une instance unique de régulation : le marché mondial, la soi-disant main invisible. Les États ont perdu de leur souveraineté et la pyramide des martyrs a augmenté. Si les néolibéraux avaient raison, la libéralisation et la privatisation auraient dû résorber la faim. Or, c’est le contraire qui s’est produit. La pyramide des martyrs ne cesse de grandir. Le meurtre collectif par la faim devient chaque jour plus effrayant.
Mais, malgré son titre - Destruction massive - mon livre est un livre d’espoir.
Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. II existe des mesures concrètes que nous, citoyens et citoyennes des États démocratiques d’Europe, pouvons imposer immédiatement ; interdire la spéculation boursière sur les produits alimentaires ; faire cesser le vol de terres arables par les sociétés multinationales ; empêcher le dumping agricole ; obtenir l’annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres pour qu’ils puissent investir dans leur agriculture vivrière ; en finir avec les agrocarburants... Tout cela peut être obtenu si nos peuples se mobilisent. J’ai écrit Destruction massive, géopolitique de la faim pour fortifier la conscience des citoyens. Je le répète, pendant que nous discutons, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Les charniers sont là. Et les responsables sont identifiables.
De plus, de formidables insurrections paysannes – totalement ignorées par la grande presse en Occident – ont lieu actuellement dans nombre de pays du Sud : aux Philippines, en Indonésie, au Honduras, au nord du Brésil. Les paysans envahissent les terres volées par les sociétés multinationales, se battent, meurent souvent, mais sont aussi parfois victorieux.
Georges Bernanos écrit : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres ».
L’ordre cannibale du monde peut être détruit et le bonheur matériel assuré pour tous. Je suis confiant : en Europe l’insurrection des consciences est proche.
Le projet d’une convention internationale protégeant les droits des paysans (droit à la terre, droit aux semences, droit à l’eau, etc.) sera soumis en juin au Conseil de Droits de l’homme. Elle matérialise le principe de l’obligation extraterritoriale des États. Concrètement : l’État français pourrait être tenu pour responsable des violations des Droits des paysans camerounais ou béninois par les sociétés de Vincent Bolloré ou de Vilgrain.
La bataille est indécise.
La bataille est indécise.
L’obscurantisme néolibéral empoisonne la plupart des gouvernements et une majeure partie de l’opinion publique. Les analyses et les combats du CADTM sont essentiels. Jean-Paul Sartre écrit : « Connaître l’ennemi, combattre l’ennemi ». Cette double exigence est magnifiquement assumée par le CADTM.
Jean Ziegler, auteur de Destruction massive, géopolitique de la faim, Éditions du Seuil ; (aussi : L’or du Maniema, roman, réédition dans la coll. Points, Seuil)
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La Fourchette en colère
José Bové change la Pac au salon de l'Agriculture
http://cdurable.info/Changeons-de-cap-PAC-Agriculture-paysanne-citoyens-Jose-Bove-Gilles-Luneau.html
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Quelle est la politique du directeur général de la FAO pour la Corne de l’Afrique ?
L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation est une des institutions du système des Nations Unies (FAO). La FAO joue un rôle important, même si son effectivité est relative dans un monde de plus en plus dominé par le néolibéralisme et la spéculation financière et où le rôle de l’Etat comme régulateur a disparu. Les maîtres du monde ne veulent pas de régulation ni de dirigeantes/dirigeants qui les contrôlent.
Depuis janvier dernier le nouveau directeur général de la FAO est José Graziano Da Silva, un Brésilien. Il a été élu le 26 de juin 2011 au deuxième tour par une courte marge face à un Européen, Miguel Angel Moratinos, ex ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du gouvernement de Jose Luis Rodriguez Zapatero (chef du gouvernement socialiste espagnol). Il a remplacé à Jacques Diouf, un fonctionnaire international du Sénégal, qui a passé 18 ans (soit 3 mandats) à la direction de cet organisme international. Il est le premier latinoaméricain à occuper ce poste.
Mais qui est réellement José Graziano Da Silva ? Son origine et son pays ne peuvent des points explicatifs sur les actions d’une/responsable. Cependant son parcours professionnel et sa conviction à résoudre des problèmes importants comme la sous-alimentation et la sécurité alimentaire sont des éléments importants à prendre en considération. Il est né el 17 novembre 1949 aux Etats-Unis de parents Brésiliens. Il est agronome de formation, et écrivain. Auteur de nombreux livres sur les problèmes de l’agriculture de son pays, le Brésil.
Docteur en Economie, il fut professeur d’Economie Agricole à l’université d’Etat de Campinas (Brésil) ; il a été le conseiller de la Fédération des Agriculteurs de l’Etat de San Paolo. Entre 2003 et 2004, il a occupé sous les gouvernements du président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministère de la Sécurité Alimentaire ; il fut principal responsable de la mise en place et de l’application du programme ambitieux de Lula Fome Zero, zéro faim en portugais. Alimenter des millions de Brésiliennes et Brésiliens a été un des chevaux de bataille de l’ex syndicaliste, Lula. Son programme a permit de sortir de la pauvreté à environ 30 millions de personnes les 8 ans des deux mandats présidentiels de Lula. En mars 2006, il fut le Représentant Régional et sous-directeur de la FOA pour l’Amérique latine. Dans les gouvernements de Lula Da Silva, il a occupé le ministère de Sécurité Alimentaire.
Quel est l’intérêt d’occuper le poste de Directeur Général ? L’intérêt peut être symbolique ou l’apport d’une expérience personnelle ou collective démontrée dans un contexte national et/ou régional. Mais étant un poste d’un organisme international, on peut ne pas négliger ou sous-estimer l’intérêt des Etats, principaux acteurs des relations internationales et contributeurs du budget de l’organisation internationale. Sa victoire est celle d’un dirigeant atypique, qui a marqué non seulement la vie politique brésilienne, mais aussi les relations internationales : Lula da Silva. Personne ne doute que le Brésil est une puissance émergente (membre du groupe BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud), qui a les moyens de sa politique internationale, qui participe et a une voix dans les négociations internationales par exemple sur le réchauffement climatique comme au Sommet de Copenhague au Danemark en 2009.
Comme puissance économique, le Brésil aspire donc à occuper des postes prestigieux. L’autre puissance émergente, deuxième économie du monde, la Chine a aussi une citoyenne à la tête d’une institution onusienne, Magareth Chain à Directrice général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Comme lectrices et lecteurs de la Nation mais aussi citoyennes et citoyens de la Corne de l’Afrique, nous devons nous poser la question suivante, qui me paraît très importante pour notre vie : qu’est-ce que la FAO dirigé par José Grazaniao da Silva va apporter comme solution aux problèmes récurrents en matière alimentaire et de sécurité alimentaire de cette région ? Son expérience dans son pays natal de la Faim Zéro est-elle transposable dans d’autres contextes socio-cultures, politiques et climatiques ? Durant l’été dernier, des images horribles d’enfants, des hommes et des femmes, des mères impuissantes face à la mort lente de leurs enfants ont fait le tour du monde. Il y a eu une mobilisation, qui a apporté un répit à la souffrance, mais non une solution définitive.
Pourquoi la Corne de l’Afrique est-elle si marquée par les sécheresses et les famines plus que d’autres régions africaines et du monde ? Pourquoi les gouvernements et les sociétés civiles réagissent toujours quand il y a une catastrophe ? Pourquoi les mécanismes de la lutte contre la sécheresse et la famine de l’IGAD ne fonctionnent pas bien ?
Dans l’action d’un responsable, les gestes, les symboles et les moments sont importants pour analyser non seulement la mise en place de son programme, mais aussi son accomplissement. Mais on ne peut encore tirer des conclusions du programme du Directeur Général de la FAO sur la Corne de l’Afrique. Lors de sa prise de fonction en janvier dernier à Rome il affirmait que l’Afrique serait sa priorité durant son mandat (jusqu’en 2015) et qu’il allait assister au dernier Sommet du Syndicat des Chefs d’Etat suivant l’expression du président Ougandais Yuweri Musevni à l’endroit de l’Union Africaine. Sa position et et son discours montrent au moins un certain intérêt de sa part à Corne de la mort et de « sang » en reprenant l’expression de l’écrivain Abdourhaman Wabéri. José Graziano da Silva vient d’effectuer une visite au village de Dollow de la région de Gedo en Somalie, afin d’évaluer par lui-même la situation et d’observer le travail accompli par la FAO et ses partenaires pour comme il dit « j’ai eu le privilège de rencontrer agriculteurs et éleveurs somaliens.
J’ai été témoin de l’impact de notre action sur leur existence. » Quelle est l’action de la FAO ? Il n’explique pas en quoi consiste l’action entreprise par l’organisation qu’il dirige. C’est une première position du principal responsable de la FAO sur les questions alimentaires dans cette maudite région. Il a le temps de disserter sa thèse sur la résolution de ces questions.
Les conséquences des famines, les sécheresses récurrentes et l’insécurité alimentaire de cette région ne sont pas seulement le fait de la très faible pluviométrie. Se limiter seulement aux facteurs climatiques c’est faire semblant d’ignorer d’autres facteurs plus mortels comme la vente des terres arables et l’inclusion de l’agriculture dans le commerce mondial ou mieux dans les spéculations mondiales. Dans les informations de la presse internationale sur la famine durant l’été, des chercheures/chercheurs universitaires évoquaient la vente des terres arables de la Somalie de la région du fleuve Shebelle à des entreprises étrangères. L’origine des crises alimentaires dans le monde depuis qu’on parle de changement climatique a changé. Si la pluviométrie est une cause principale, on ne peut négliger la politique de beaucoup de gouvernements africains comme au l’Ethiopie, le Madagascar, le Mali qui vendent des terres fertiles à des entreprises des pays comme la Corée du Sud, le Qatar, le Barhein… C’est enlever aux agricultrices et agriculteurs la liberté de cultiver, donc de nourrir des aliments (et non pas être dépendants de l’aide et de l’humiliation des donations étrangères) leurs terres natales.
Au contraire il faut les aider, les subventionner. Sans subventions on peut nourrir des milliers de personnes. Et les grands pays comme les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon (pour le riz) soutiennent leurs agricultures et leurs élevages. Ce n’est pas en vendant ces terres qu’on peut lutter les famines. Et il est du devoir de l’Etat de subvenir la première nécessité de ses populations. La liberté des mouvements financiers constitue le nouveau holocauste pour beaucoup de citoyennes et citoyens de certains pays du Sud.
Mohamed Abdillahi Bahdon
Sidwaya
Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article46501&rubrique21
Mais qui est réellement José Graziano Da Silva ? Son origine et son pays ne peuvent des points explicatifs sur les actions d’une/responsable. Cependant son parcours professionnel et sa conviction à résoudre des problèmes importants comme la sous-alimentation et la sécurité alimentaire sont des éléments importants à prendre en considération. Il est né el 17 novembre 1949 aux Etats-Unis de parents Brésiliens. Il est agronome de formation, et écrivain. Auteur de nombreux livres sur les problèmes de l’agriculture de son pays, le Brésil.
Docteur en Economie, il fut professeur d’Economie Agricole à l’université d’Etat de Campinas (Brésil) ; il a été le conseiller de la Fédération des Agriculteurs de l’Etat de San Paolo. Entre 2003 et 2004, il a occupé sous les gouvernements du président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministère de la Sécurité Alimentaire ; il fut principal responsable de la mise en place et de l’application du programme ambitieux de Lula Fome Zero, zéro faim en portugais. Alimenter des millions de Brésiliennes et Brésiliens a été un des chevaux de bataille de l’ex syndicaliste, Lula. Son programme a permit de sortir de la pauvreté à environ 30 millions de personnes les 8 ans des deux mandats présidentiels de Lula. En mars 2006, il fut le Représentant Régional et sous-directeur de la FOA pour l’Amérique latine. Dans les gouvernements de Lula Da Silva, il a occupé le ministère de Sécurité Alimentaire.
Quel est l’intérêt d’occuper le poste de Directeur Général ? L’intérêt peut être symbolique ou l’apport d’une expérience personnelle ou collective démontrée dans un contexte national et/ou régional. Mais étant un poste d’un organisme international, on peut ne pas négliger ou sous-estimer l’intérêt des Etats, principaux acteurs des relations internationales et contributeurs du budget de l’organisation internationale. Sa victoire est celle d’un dirigeant atypique, qui a marqué non seulement la vie politique brésilienne, mais aussi les relations internationales : Lula da Silva. Personne ne doute que le Brésil est une puissance émergente (membre du groupe BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud), qui a les moyens de sa politique internationale, qui participe et a une voix dans les négociations internationales par exemple sur le réchauffement climatique comme au Sommet de Copenhague au Danemark en 2009.
Comme puissance économique, le Brésil aspire donc à occuper des postes prestigieux. L’autre puissance émergente, deuxième économie du monde, la Chine a aussi une citoyenne à la tête d’une institution onusienne, Magareth Chain à Directrice général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Comme lectrices et lecteurs de la Nation mais aussi citoyennes et citoyens de la Corne de l’Afrique, nous devons nous poser la question suivante, qui me paraît très importante pour notre vie : qu’est-ce que la FAO dirigé par José Grazaniao da Silva va apporter comme solution aux problèmes récurrents en matière alimentaire et de sécurité alimentaire de cette région ? Son expérience dans son pays natal de la Faim Zéro est-elle transposable dans d’autres contextes socio-cultures, politiques et climatiques ? Durant l’été dernier, des images horribles d’enfants, des hommes et des femmes, des mères impuissantes face à la mort lente de leurs enfants ont fait le tour du monde. Il y a eu une mobilisation, qui a apporté un répit à la souffrance, mais non une solution définitive.
Pourquoi la Corne de l’Afrique est-elle si marquée par les sécheresses et les famines plus que d’autres régions africaines et du monde ? Pourquoi les gouvernements et les sociétés civiles réagissent toujours quand il y a une catastrophe ? Pourquoi les mécanismes de la lutte contre la sécheresse et la famine de l’IGAD ne fonctionnent pas bien ?
Dans l’action d’un responsable, les gestes, les symboles et les moments sont importants pour analyser non seulement la mise en place de son programme, mais aussi son accomplissement. Mais on ne peut encore tirer des conclusions du programme du Directeur Général de la FAO sur la Corne de l’Afrique. Lors de sa prise de fonction en janvier dernier à Rome il affirmait que l’Afrique serait sa priorité durant son mandat (jusqu’en 2015) et qu’il allait assister au dernier Sommet du Syndicat des Chefs d’Etat suivant l’expression du président Ougandais Yuweri Musevni à l’endroit de l’Union Africaine. Sa position et et son discours montrent au moins un certain intérêt de sa part à Corne de la mort et de « sang » en reprenant l’expression de l’écrivain Abdourhaman Wabéri. José Graziano da Silva vient d’effectuer une visite au village de Dollow de la région de Gedo en Somalie, afin d’évaluer par lui-même la situation et d’observer le travail accompli par la FAO et ses partenaires pour comme il dit « j’ai eu le privilège de rencontrer agriculteurs et éleveurs somaliens.
J’ai été témoin de l’impact de notre action sur leur existence. » Quelle est l’action de la FAO ? Il n’explique pas en quoi consiste l’action entreprise par l’organisation qu’il dirige. C’est une première position du principal responsable de la FAO sur les questions alimentaires dans cette maudite région. Il a le temps de disserter sa thèse sur la résolution de ces questions.
Les conséquences des famines, les sécheresses récurrentes et l’insécurité alimentaire de cette région ne sont pas seulement le fait de la très faible pluviométrie. Se limiter seulement aux facteurs climatiques c’est faire semblant d’ignorer d’autres facteurs plus mortels comme la vente des terres arables et l’inclusion de l’agriculture dans le commerce mondial ou mieux dans les spéculations mondiales. Dans les informations de la presse internationale sur la famine durant l’été, des chercheures/chercheurs universitaires évoquaient la vente des terres arables de la Somalie de la région du fleuve Shebelle à des entreprises étrangères. L’origine des crises alimentaires dans le monde depuis qu’on parle de changement climatique a changé. Si la pluviométrie est une cause principale, on ne peut négliger la politique de beaucoup de gouvernements africains comme au l’Ethiopie, le Madagascar, le Mali qui vendent des terres fertiles à des entreprises des pays comme la Corée du Sud, le Qatar, le Barhein… C’est enlever aux agricultrices et agriculteurs la liberté de cultiver, donc de nourrir des aliments (et non pas être dépendants de l’aide et de l’humiliation des donations étrangères) leurs terres natales.
Au contraire il faut les aider, les subventionner. Sans subventions on peut nourrir des milliers de personnes. Et les grands pays comme les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon (pour le riz) soutiennent leurs agricultures et leurs élevages. Ce n’est pas en vendant ces terres qu’on peut lutter les famines. Et il est du devoir de l’Etat de subvenir la première nécessité de ses populations. La liberté des mouvements financiers constitue le nouveau holocauste pour beaucoup de citoyennes et citoyens de certains pays du Sud.
Mohamed Abdillahi Bahdon
Sidwaya
Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article46501&rubrique21
Publié par
La Fourchette en colère
dimanche 8 janvier 2012
mardi 3 janvier 2012
Les prix alimentaires vont rester volatils, selon la FAO
Le nouveau directeur général de l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), José Graziano da Silva, a estimé mardi que les prix des produits alimentaires allaient rester volatils dans un proche avenir.
"Nous nous attendons à ce que les prix n'augmentent pas mais ne baissent pas non plus rapidement, il y aura des réductions de prix mais ça ne sera pas une chute drastique, la volatilité va rester", a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse.
FAIBLES STOCKS ALIMENTAIRES
"Les faibles stocks alimentaires créent les conditions pour la spéculation" sur les prix des produits alimentaires, a estimé le nouveau patron de la FAO, plaidant pour un renforcement de la production agricole et une augmentation des stocks.
Lors de la publication de son indice sur les prix alimentaires en novembre dernier, la FAO avait déjà rappelé que la volatilité sur les marchés nuisait à la sécurité alimentaire mondiale. L'agence avait alors prévu un maintien des prix à un niveau élevé en 2012 et souligné que le coût de la nourriture avait augmenté de plus d'un tiers au cours de l'année passée dans les pays les plus pauvres.
La France fait pression pour parvenir à davantage de transparence sur les marchés des produits alimentaires. Les prix alimentaires élevés sont considérés comme l'un des facteurs ayant déclenché la famine en Somalie et le Printemps arabe.
Publié par
La Fourchette en colère
dimanche 1 janvier 2012
Géopolitique de l’alimentation
Publié le 30/12/2011
Derrière les bouches, les ventres et les plaisirs de la table, se cachent et se camouflent des intérêts financiers, géostratégiques et géopolitiques de premier ordre.
Par Jean-Baptiste Noé
À côté des armes, des alliances internationales, de l’approvisionnement en matières premières et du terrorisme, les plaisirs de la bouche et de la table peuvent sembler bien dérisoires. Pour autant, l’alimentation n’est pas si anodine, nous pouvons même dire qu’elle est première. Si se nourrir est propre à chaque homme, la façon de se nourrir est propre à chaque peuple, à chaque civilisation, à chaque culture. Étudier la façon dont un peuple se nourrit, s’alimente, c’est comprendre comment il raisonne et comment il fonctionne. De la même façon qu’une langue ne sert pas qu’à parler mais aussi à penser, la nourriture – ce que l’on ingère, ce que l’on estime bon à ingérer, à cuisiner – définit la grammaire des peuples. Nous allons donner quelques exemples qui permettent d’illustrer ces propos.
Alimentation et anthropologie des peuples
Lorsque Jules César, en 52, entre en Gaule avec son armée, il constate que le Rhin forme une frontière culturelle. En-deçà du Rhin, note-t-il dans sa Guerre des Gaules, se trouve le peuple Gaulois, peuple qui boit du vin et qui est, du point de vue de la civilisation, proche des Romains. Au-delà du fleuve habitent les Germains, peuple qui boit de la cervoise, et qui est fort éloigné de la pensée et des modes de vie romaines. Le Rhin comme frontière, entre le peuple du vin et le peuple de la cervoise, le Rhin comme illustration de l’antagonisme culturel, voici dressée ce qui sera la fracture de l’Europe pour les siècles à venir et qui, à biens des égards, l’est encore aujourd’hui. La France est le premier pays producteur de vin, et un de ses premiers consommateurs, quand l’Allemagne est un pays de la bière. Et l’antagonisme des Gaulois et des Germains a déchiré l’Europe jusqu’à la réconciliation des années 1960-1980. Jacques Bainville, dans son Histoire de deux peuples, a montré toute la portée géopolitique de cette opposition. [1]
Si l’on reste dans le domaine du vin nous constatons que cette boisson est consommée par les peuples sédentaires, alors que les peuples nomades, qui ne peuvent pas planter une vigne et attendre plusieurs années que celle-ci produise un vin correct, ont rejeté le vin, jusqu’à le déclarer impur. De là vient ce refus du vin dans l’islam, quand les chrétiens et les juifs y accordent une place de choix dans leur religion. [2] Derrière une interdiction alimentaire se dessine toute une philosophie qui sépare le nomade du sédentaire, le monde urbain du monde des tentes, et par là la façon de faire la guerre et de concevoir le monde. [3] Nous voyons comment une frontière alimentaire est la partie visible qui dessine une frontière politique et culturelle. Frontières alimentaires et frontières culturelles
Quelles sont donc les grandes frontières alimentaires qui partagent le monde ? L’Europe est le continent du blé et du vin quand l’Asie est celui du riz, qui se mange et qui se boit. En Amérique règne le maïs, réduit en farine et consommé sous forme de galette, et le chocolat, boisson des dieux et des rites religieux, avant que celui-ci ne devienne un dessert, une fois importé en Europe. En Afrique ce sont le sorgho et le mil qui sont cultivés comme céréales majoritaires.
Le monde est aussi traversé par les frontières du cru et du cuit. Nous savons comment la consommation de poisson cru au Japon est le nec plus ultra de la gastronomie. Ce poisson a très peu de goût et cela est voulu : cela correspond à la philosophie bouddhiste qui prône l’extinction des plaisirs et des sentiments. La nourriture ne doit donc procurer aucune sensation, bonne ou mauvaise. Nous sommes très loin de la vision de l’Europe latine et catholique, où la nourriture se veut bombance et fête. Le cuit et le rôti sont au contraire valorisés : le cru est perçu comme aliment barbare et vil. Cette différence gastronomique majeure ne peut qu’embarrasser les ambassades lors des repas internationaux.
Le pouvoir de la table
C’est ici qu’intervient la gastronomie comme facteur de la puissance. Airbus, le nucléaire, le TGV sont des éléments tangibles de la vigueur industrielle de la France, mais le champagne, le cognac, le foie gras contribuent à la puissance culturelle française, aussi bien qu’à sa puissance économique. En dépit de sa petite superficie la France est le deuxième pays agricole mondial – derrière les États-Unis. Les exportations alimentaires françaises permettent d’équilibrer la balance commerciale, et lui assure chaque année l’entrée d’un nombre important de devises. En 2008 l’agriculture et le secteur agroalimentaire totalisaient 51 milliards d’euros d’exportation, soit 10.6% de la valeur des exportations françaises. [4] L’industrie automobile a rapporté, toujours en 2008, 46.1 milliards d’euros et la vente d’énergie 25.9 milliards. En 2007 les exportations de bordeaux, de bourgogne et de champagne ont rapporté 6.72 milliards d’euros à la France, soit l’équivalent de 129 Airbus, de 288 TGV ou encore de 92 satellites. Au total, le solde excédentaire des exportations de vins et spiritueux s’élève à 9,34 milliards d’euros ; c’est le deuxième poste excédentaire français pour les exportations. Belle victoire du monde rural sur la finance ; le blé et la vigne rapportent plus d’argent à la France que la bourse et la corbeille. On aurait tort de négliger cet aspect de la puissance. Dans la lutte hégémonique que se livre les nations au sein de la géopolitique mondiale la culture est un facteur essentiel, et l’alimentation y contribue fortement.
La gouvernance de la table
Tenir le ventre est un habile moyen de tenir les peuples. Jusqu’au XIXe siècle l’usage du sel a été fondamental en Europe pour assurer la conservation des aliments. Cela a conféré aux régions salines une puissance économique et politique de premier ordre. Que ces salines soient maritimes, comme en Bretagne ou près de La Rochelle, ou qu’elles soient terrestres, comme dans le Jura, ou à Hallein en Autriche, le contrôle de la production et des routes commerciales du sel ont été un enjeu important, de même niveau que le pétrole ou le gaz aujourd’hui.
Au sel peuvent s’ajouter les épices. On imagine mal désormais déclarer la guerre pour contrôler le poivre de Ceylan ou la coriandre d’Indonésie. Pour autant ces épices ont fait la fortune des compagnies maritimes et des îles et des ports servant d’escale aux navires. Cette géopolitique épicée et savoureuse, bien qu’elle aussi tournée vers la finance et vers la poudre, a disparu. En apparence seulement car quand Coca Cola pèse sur les cours de la vanille pour aromatiser ses boissons, ou que les grands confiseurs, comme Nestlé ou Kraft, achètent des milliers de tonnes de sucre et de chocolat pour la fabrication de leurs barres et autres bonbons, la guerre des approvisionnements rejoint celle des palais. Les attaques et les stratégies commerciales mondiales échappent souvent au simple consommateur. Les routes du sucre ont contribué à dessiner une géopolitique mondiale tant les zones d’approvisionnement et de consommation étaient différentes. C’est pour cultiver la canne que les Européens ont acheté des esclaves aux tribus africaines et les ont transplantés dans les Antilles et au Brésil. C’est pour alimenter le marché français en sucre que Napoléon, privé de cette matière par son blocus, a développé la culture de la betterave en Picardie, apportant une nouvelle richesse à cette région.
Si l’on reste dans les douceurs, que connaît-on de l’influence réelle des compagnies fruitières américaines dans les interventions en Amérique Latine ? La guerre de la banane et des fruits exotiques n’a pas été que commerciale, et l’on sait qu’un certain nombre de gouvernants ont été changés pour sécuriser l’approvisionnement en fruits du marché américain.
Nourrir le monde reste l’éternel défi des années à venir. Derrière ces bouches, ces ventres, ces plaisirs, se cachent et se camouflent des intérêts financiers, géostratégiques et géopolitiques de premier ordre. C’est peut être moins impressionnant que le pétrole, peut être moins bruyant que le cliquetis des armes, mais c’est tout aussi fondamental dans la valse de la réalité diplomatique du monde actuel.
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Sur le web
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Notes: [1] Une partie des œuvres de Jacques Bainville ont été rééditées chez Bouquins en 2011.
[2] Voir Jean-Baptiste Noé, Histoire du Vin et de l’Eglise, chapitre 9, « Symboles du vin ».
[3] Gabriel Martinez-Gros, « Les conquêtes arabes (630-750) » in L’exportation armée des idées et des systèmes, Cahiers du CEHD n°34, 2008.
[4] Chiffres fournis par l’INSEE dans ses enquêtes annuelles.
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La Fourchette en colère
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