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vendredi 18 mai 2012

L'Accaparement de terres: En Amérique latine, il y a effectivement de l’accaparement de terres.


Les 120 membres de mouvements et d’organisations sociales d’Amérique latine et des Caraïbes qui se sont rassemblés à Buenos Aires du 22 au 25 mars dans le cadre de la IIIe Conférence spéciale pour la souveraineté alimentaire (antérieure à la 32e Conférence régionale de la FAO — Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) ont émis la Déclaration de Buenos Aires, dans laquelle ils questionnent la position adoptée par la FAO en ce qui a trait à l’accaparement de terres en Amérique latine. 
Cette conférence a été organisée par le CIP [1], soit le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire. Pendant 4 jours, plus de 100 organisations sociales provenant de plus de 20 pays d’Amérique latine ont débattu des problématiques les plus pressantes dans le continent, ainsi que de leurs propositions politiques et solutions possibles en faveur de la souveraineté alimentaire.
La problématique de la terre a pris une place primordiale dans tous les débats. Celle de l’accaparement des terres s’est avérée l’une des principales barrières au développement de la souveraineté alimentaire. 
C’est pour cette raison que la présentation de la FAO, qui soulignait de récentes études sur l’accaparement de terres où l’on décrit le phénomène du land grabbing comme en étant à ses débuts et se limitant seulement à deux grands pays, soit l’Argentine et le Brésil, a alarmé les participants. Il a même suscité d’importants questionnements sur la position de la FAO dans le document final. 

Antécédents 

Devant l’accaparement global de terres qui prend place actuellement, la FAO encourage « l’investissement agricole responsable » en proposant « la création d’un consensus international sur les principes pour l’investissement agricole responsable (Principes IAR) [2] en collaboration avec d’autres institutions telles que UNCTAD (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement), le Fonds international du développement agricole (FIDA) et la Banque Mondiale.
Pendant le Forum social mondial de Dakar [3] et devant de telles propositions, les organisations de la société civile ont formulé l’Appel de Dakar contre l’accaparement de terres. Dans cet appel, on demande au Comité de sécurité alimentaire mondiale (CFS) de rejeter les principes d’investissement agricole responsable, car ils sont considérés comme un moyen illégitime et inapproprié pour confronter le phénomène de l’accaparement de terres.
En 2009, dans le contexte de la crise alimentaire globale, la FAO, l’IFAD et l’IIED (Institut international de l’environnement et du développement) ont publié un étude sur le progrès du phénomène du land grabbing, ou l’accaparement de terres en Afrique.  
Dans ce contexte, le Bureau régional de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes (RLC), a pris l’initiative de chercher des antécédents qui permettraient de vérifier dans quelle mesure le phénomène de l’accaparement de terres se manifestait en Amérique latine, le cas échéant.
Ayant cet objectif à l’esprit, la RLC a commissionné l’élaboration d’études nationales sur la dynamique de la concentration de terres pendant le dernier quinquennat, et ce, dans dix-sept pays de la région. 
Le 14 et 15 novembre 2011, la FAO a convoqué à Santiago, au Chili, une rencontre nommée « Dynamiques dans le marché de la terre en Amérique latine et les Caraïbes ». Les conclusions de ces études y ont été présentées, de même que la conclusion antérieurement mentionnée. 

Est-ce une question de public vs le privé ?

Selon les mouvements sociaux établis à Buenos Aires, ce travail de la FAO « montre un très grave aperçu de la situation de la terre en Amérique latine, ainsi que du processus d’internationalisation et d’accaparement qui a lieu autant dans la production d’aliments de base que dans les biocarburants, la production forestière, le tourisme, l’exploitation minière ou la préservation ». 
Ce qui a été étonnant, c’est le rapport final qui conclut que le phénomène du land grabbing(accaparement de terres) se trouve en phase initiale et limité à seulement deux grands pays, soit l’Argentine et le Brésil. Selon les organisations sociales, « ces conclusions sont le résultat d’une application des critères d’accaparement en un sens très limité : acquisition de larges étendues de terre destinées à la production d’aliments dans laquelle on retrouve au moins un gouvernement étranger parmi les agents/acteurs intervenants ». En effet, le bureau régional de la FAO en Amérique latine considère qu’on ne peut pas parler d’accaparement de terres lorsqu’il s’agit d’investisseurs privés. Selon la FAO, il ne peut y avoir accaparement que lorsqu’un investisseur souverain (d’État) y est impliqué.  
Un grand nombre d’organisations de la société civile ne peuvent accepter cette position. Il vaudrait la peine de souligner que des arguments similaires émergent ailleurs dans le monde dans le but de limiter le débat. En Australie, par exemple, où 12 % des terres agricoles reposent entre les mains d’investisseurs étrangers, certains groupes tentent de faire la différence entre les investisseurs privés et les investisseurs souverains afin de limiter la recherche de meilleurs contrôles et régulations uniquement au secteur public. Comme si l’investissement privé était quelque chose d’incontestable, ce qui fait bouger le monde. 
La prise de contrôle de vastes étendues de terres, de territoires et des droits qui y sont liés représente un problème pour le groupe Beidahuang (une entreprise d’État dans la province de Heioljiang) ou Hassad Food (crée par le gouvernement du Qatar) ou même pour une entreprise comme CalyxAgro (subsidiaire du groupe français Lois Dreyfus Commodities) ou Adecoagro (dirigé par l’investisseur américain hongrois George Soros).
Parmi les principales causes expliquant le développement de l’accaparement de terres en Amérique latine se trouve l’avancée brutale du l'agro-industrie dans tout le continent. C’est le même l'agro-industrie qui a mené l’humanité à la somme inédite de un milliard d’affamés. Il faut aussi souligner le rôle que joue l’exploitation minière dans des pays tels que l’Argentine, le Chili, le Pérou, l’Équateur, le Costa Rica, le Mexique et le Guatemala. D’égales importances, on retrouve les mégas projets hydroélectriques et les initiatives touristiques de grande envergure qui s’approprient des espaces communs. Finalement, parmi les causes d’accaparement de terres en Amérique latine, il est important de mentionner les fausses solutions au changement climatique, tels que les projets REDD+ et les plantations de monocultures pour la production de biomasse à des fins énergétiques. 
Les groupes rassemblés à Buenos Aires ont également abordé les problèmes que posent un autre rapport daté de juillet 2011, intitulé Rapport du groupe d’experts de haut niveau du comité de sécurité alimentaire mondiale (CFS) sur la possession de la terre et les investissements internationaux en agriculture. Cet autre rapport, proposé pour agir comme guide à l’intérieur du débat, passe d’une simple dénonciation du land grabbing à la reconnaissance du potentiel des investissements étrangers dans les terres.

Ce qui est fondamental, ce n’est pas de trouver la définition

La Déclaration [4] qui fut présentée cette semaine à la 32e Conférence régionale de la FAO aborde la question de l’accaparement de terres comme suit :
« Nous manifestons notre désaccord avec le rapport final élaboré par la FAO-ALC, intituléDynamiques sur le marché des terres en Amérique latine et les Caraïbes, où l’on déclare que le phénomène du land grabbing (accaparement de terres) se trouve en phase initiale et qu’il se limite à seulement deux grands pays, soit l’Argentine et le Brésil. Ces conclusions sont le résultat d’une application très limitée des critères d’accaparement : acquisition de larges étendues de terre destinées à la production d’aliments dans laquelle on retrouve au moins un gouvernement étranger parmi les agents/acteurs intervenants. En plus, ce document qui propose le document daté de juillet 2011 intitulé Rapport du Groupe d’experts du Comité de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA) sur la possession de la terre et les investissements internationaux dans l’agriculture pour servir de guide à l’intérieur du débat, passe d’une simple dénonciation de l’accaparement de terres à la reconnaissance du potentiel des investissements étrangers dans les terres.
Bien que les documents inclus dans le rapport de la FAO-ALC montrent un très grave aperçu de la situation de la terre en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que du processus d’internationalisation et d’accaparement qui a lieu autant dans la production d’aliments de base que dans les biocarburants, la production forestière, le tourisme, l’exploitation minière ou la préservation, nous comprenons que ces conclusions sont extrêmement dangereuses puisqu’on occulte et estompe, derrière une supposée rigueur scientifique et terminologique, un grave problème en ce qui concerne les superficies accaparées et les effets néfastes de l’accaparement sur les économies locales et sur la vie de millions de paysans de descendance africaine, d’autochtones, de petits entrepreneurs agricoles et de pêcheurs. »  
« Nous luttons contre l’accaparement des terres dans le monde entier à partir des organisations et des mouvements sociaux. Nous exigeons que la FAO-ALC reconsidère d’urgence cette position en écoutant les voix et les demandes des peuples et qu’elle ajuste ses actions devant le processus mis en place par la FAO à l’échelle internationale. Ce qui est important, ce n’est pas de trouver la meilleure définition de ce qui constitue ‘l’accaparement de terres’, mais bien de mettre fin, de toute urgence, au processus qui expulse quotidiennement les peuples de leurs territoires.
Dans ce sens, nous rejetons également la définition de ‘forêts’ établie par la FAO, car elle encourage l’accaparement de terres pour y établir de vastes monocultures. Permettre de les définir comme des ‘forêts’ ne fait que légitimer la monoculture à l’échelle industrielle, responsable des innombrables effets négatifs, incluant l’expulsion des communautés paysannes et autochtones. »

Dire non à tous les accaparements

GRAIN, de même que des centaines d’organisations sociales, est convaincu que la seule solution pour mettre un terme à l’accaparement de terres à l’échelle mondiale tout en suivant les propositions de l’Appel de Dakar, c’est d’en appeler aux parlements et aux gouvernements nationaux pour mettre une fin immédiate à tous les accaparements massifs de terres actuelles ou futures, et de restituer les terres volées.  
Le récent rapport de GRAIN [5], qui expose plus de 400 cas d’accaparements de terres sur une surface de près de 35 millions d’hectares dans 66 pays, est très éloquent à cet égard. Il est important de noter que parmi les cas répertoriés, des dizaines se trouvent en Amérique latine.

 Plus de renseignements 

1 - Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP)  www.foodsovereignty.org/fr
2 - Investissements agricoles étrangers et sécurité alimentaire www.fao.org/economic/est/issues/investissements-etrangers-dans-lagriculture/fr/
3 - Appel de Dakar contre l’accaparement de terres www.dakarappeal.org/index.php/fr/
4 - Déclaration de la IIIe Conférence spéciale pour la souveraineté alimentaire pour les droits et pour la vie. www.radiomundoreal.fm/5319-solucion-verdadera
5 -GRAIN publie un ensemble de données comprenant plus 400 cas d’accaparements de terres agricoles à l’échelle mondiale.  /e/4482

Haïti : Des organisations paysannes de l’Amérique Latine en visite dans le pays


Plus d’une quinzaine de dirigeants d’organisation des pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes ont offert leur solidarité à leurs homologues haïtiens et ont critiqué la mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah).


Cette délégation composés de représentants de la Coordination latino-américaine des organisations paysannes (Cloc) et de l’organisation mondiale paysanne Via Campesina, était en visite dans le pays durant deux jours, visite qui a été bouclée le lundi 14 mai 2012 par une rencontre avec des journalistes.


« La Minustah a échoué dans son objectif de rétablir l’ordre dans le pays », indique le membre de la commission politique de Cloc, Diego Montòn,


« Non seulement la Minustah n’a rien fait en faveur du peuple haïtien, mais la Minustah est un instrument de l’impérialisme américain », souligne Montòn.


Pour lui, « c’est une mission qui est au service du peuple américain, même quand les Américains n’ont pas de troupes sur le terrain ».


Par ailleurs, Diego Montòn s’est dit satisfait de son bref passage en Haïti.


« Contrairement à ce qu’on dit des Haïtiens, qu’ils sont un peuple violent, sauvage, la délégation a pu faire une autre expérience … c’est vraiment le contraire ».


La délégation, qui est arrivée en Haïti le dimanche 13 mai 2012, a rencontré plus d’une dizaine d’organisations paysannes, dont Tèt kole ti peyizan ayisyen et le Mouvement des paysans de Papaye (Mpp).


A en croire Montòn « cette solidarité permettra de constituer un groupe de pression afin de provoquer une grande mobilisation, qui forcera les dirigeants de leurs pays à retirer leurs troupes de la Minustah ».


La Cloc et la Via Campesina ont aussi mis l’accent sur les offensives des transnationales, notamment sur les terres.


La Via Campesina a décidé d’offrir sa solidarité, non seulement au peuple haïtien, mais également à tous les pays qui se trouvent dans le continent et qui sont victimes de répressions et violations de droits humains.


La Clorc est présente dans tous les pays de l’Amérique Latine. [jep kft gp apr 15/05/2012 09:45]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article12854

samedi 31 mars 2012

Guatemala: La marche des communautés indigènes et rurales pour la défense de leurs terres

Des centaines d'Indiens et de campesinos (paysans) guatémaltèques ont participé à une marche de 9 jours pour défendre leurs terres, protester contre les relocalisations forcées, et attirer l'attention sur tous les problèmes qui concernent les communautés rurales. Cultural Survival explique [en anglais] :
Cette marche est organisée par le Comite de Unidad Campesino, (CUC) [Comité pour l'unité paysanne] pour attirer l'attention de l'Etat du Guatemala ainsi que des médias locaux, nationaux et internationaux sur les problèmes auxquels sont confrontés les paysans et les Indiens des régions rurales qui forment la majorité du pays.

Le rapport poursuit :
Les responsables du mouvement ont publié un communiqué de presse,Déclaration de la Marche pour la Résistance, la Dignité, et la Défense de notre Terre et nos Territoires, qui formule les revendications suivantes - rappels des griefs depuis longtemps exprimés par les paysans et indigènes au Guatemala :
  • Suppression de la dette agraire imposée aux fermiers par l'Etat ; juste redistribution de la terre pour que chaque agriculteur ait au moins un terrain qui lui permette de cultiver de quoi subvenir à ses besoins
  • Fin des relocalisations forcées, en particulier dans la Vallée de la Polochic, Département d'Alta Verapaz, où le problème perdure. Des centaines de familles ont été violemment chassées de chez elles pour faire place à des plantations de palme africaine et de sucre en mars 2011.
  • Fin de la persécution et de la condamnation des populations indigènes qui combattent pour leurs droits, dont les 8 femmes autochtones de San Miguel Ixtahuacán contre qui un mandat d'arrêt est prononcé pour avoir dénoncé ce qui se passe dans la Mine de Marlin.
  • Annulation des concessions pour l'exploitation minière, pétrolière, hydroélectrique et pour la mono-culture.
  • Ratification des lois par le congrès en faveur des communautés autochtones démunies, dont la loi 4087, loi pour des médias communautaires, qui légaliserait la radio communautaire.
James Rodriguez, photographe et blogueur a publié un reportage photo [en espagnol] de l'arrivée des marcheurs dans la ville de Guatemala le 26 mars 2012 :
Después de 9 días y 212 kilómetros, la Marcha Indígena, Campesina y Popular por la defensa de la Madre Tierra, contra los desalojos, la criminalización y por el Desarrollo Rural Integral, llegó al centro de la Ciudad Capital. Según miembros del Comité de Unidad Campesina (CUC), se estima que alrededor de 15,000 personas participaron en esta novena y última jornada.
Après 9 jours et 212 kilomètres, la marche populaire des autochtones et des paysans pour la défense de notre Terre Nourricière, contre les expropriations, les condamnations, et pour un développement rural intégré, est arrivée au centre de la capitale. Selon les membres du Comité pour l'unité paysanne (CUC) près de 15000 personnes ont participé au 9ème et dernier jour de la marche.


Source:




jeudi 1 septembre 2011

La bataille pour les biens communs naturels : portée, expériences de lutte, et stratégies de neutralisation politique


> Par José Seoane
Cet article a initialement été publié en espagnol sur le Cetri, et il a été traduit par Manuela Geneix et Charlotte Renard, traductrices bénévoles pour rinoceros.
Je voudrais commencer en remerciant l’invitation à ouvrir cette rencontre. Non seulement pour l’importance qu’elle a, selon moi, dans son intention d’approfondir et de consolider l’articulation de différentes expériences et organisations ; mais aussi pour le challenge qu’elle nous lance, de par son appel à participation lui-même, à débattre des défis que suppose la construction des liens nécessaires entre les luttes de défense des biens communs de la nature. 
Ainsi, mon intervention d’aujourd’hui a pour objectif d’apporter quelques éclaircissements à ce sujet. Je vais commencer en partageant certains exemples actuels qui montrent l’importance et le rayonnement de ces luttes et du projet qui soutient et oriente nos actions. 
Ensuite, je ferai l’ébauche de quelques unes des raisons structurelles qui permettent d’expliquer et de montrer l’importance des batailles sociopolitiques auxquelles nous nous référons ; et que beaucoup appellent – parfois avec un certain mépris – des conflits environnementaux ou socio environnementaux mais qui, pour des raisons que je vais tenter d’expliquer, ont une projection sociopolitique centrale qui pointe du doigt le cœur des contradictions du capitalisme contemporain et de la forme que ce dernier prend dans ce que l’on appelle le Tiers Monde. 
Enfin, je proposerai une conceptualisation provisoire des principales stratégies qui influencent l’exercice des pouvoirs dominants vers la neutralisation du potentiel sociopolitique qui structure ces résistances et conflits. (...)
Lire la suite: http://www.rinoceros.org/article11030.html

jeudi 11 août 2011

Les nouveaux accapareurs de terres agricoles

Le mot « accapareur » était déjà utilisé avant la Révolution Française de 1789. Il désignait ceux qui entretenaient la famine pour s’enrichir par le marché noir, un des éléments déclencheurs de la Révolution. 
Aujourd’hui, l’accaparement des terres  préoccupe la FAO, organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agriculture et les ONG en Afrique et en Amérique latine. Tandis que certains observateurs estiment qu’il s’agit là d’une nouvelle forme de colonialisme.


Oppositions locales

Selon la FAO, pour réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 (objectif du Sommet de 1996), il est nécessaire d’investir au moins 30 milliards de dollars supplémentaires par an. Or les pays en développement n’ont pas la capacité à mobiliser de telles sommes et les aides publiques des pays développés stagnent. C’est le secteur privé qui a augmenté ses investissements en particulier sous forme d’achat de terres ou de bail à long terme. Les plus gros investisseurs sont les États du Golfe, la Chine et la Corée du Sud. Tandis que les pays investis sont essentiellement en Afrique et en Amérique latine. Parfois les populations locales s’opposent aux projets. Ce fut le cas à Madagascar après l’annonce du gouvernement de louer 1,3 million d’hectares, soit la moitié des terres arables, au sud-Coréen Daewoo pour un bail de 99 ans, afin de nourrir les Coréens... Le projet a été abandonné après la chute du président Marc Ravalomanana. D’autres évènements similaires ont eu lieu en Indonésie où 500 000 hectares devaient être dévolus à des investisseurs d’Arabie Saoudite ou encore aux Philippines où la Chine prévoyait d’investir 1,2 million d’hectares. « Des stratégies plus participatives auraient offert des solutions » explique la FAO, appelant, sans trop y croire, à un code de conduite plus contraignant.

Les fonds de pension

Malgré les conflits et controverses provoqués par ces tentatives d’acquisitions foncières, les fonds de pension continuent à s’y intéresser. Ces fonds, alimentés  par les cotisations de retraite de citoyens  japonais, norvégiens, hollandais, coréens ou américains pour les plus importants, sont destinés à réaliser des produits financiers pour servir les retraites. L’intérêt pour les investisseurs réside dans le fait que la terre est devenue un bon « fondamental », c’est-à-dire prometteur, d’un bon rapport offre/demande avec une population mondiale qui augmente et des ressources alimentaires qui deviennent limitées. Entre 2005 et 2010, ces investissements ont été multipliés par trois. Certes l’actif terre représente un montant infime  dans le total des investissements des fonds : entre 5 et 15 milliards de dollars sur 
23000 milliards d’actifs au total.

Bénéficier des infrastructures

L’intérêt des pays « bailleurs », aux moyens limités, est d’attirer des capitaux étrangers sous la forme d’investissements productifs dans l’agriculture. Cela constitue une solution de rattrapage pour des pays africains qui ont délaissé leur agriculture depuis plusieurs années. Les consciences se sont réveillées avec les dernières crises alimentaires. Le bénéfice attendu par les pays en développement réside dans la création d’emplois, le transfert de technologie et le développement d’infrastructures liées à ces investissements. Mais aussi la fourniture locale. Ainsi, Varin Agriculture, une entreprise indienne qui a loué 452 000 hectares à Madagascar pour  produire du riz, du blé et du maïs. 
La moitié de la production est destinée à l’approvisionnement local. 
Une toute autre démarche pour GEM Biofuels PLC basée dans l’île de Man, paradis fiscal britannique, pour produire dans le sud de Madagascar, des biocarburants à partir de jatropha. Un rapport de la FAO estime qu’il y a aussi des risques importants tant sur le plan social pour les paysans locaux de se voir privés de terres, que sur le plan économique quand il y a concurrence avec les productions locales. Risque environnemental aussi, si les pratiques ne sont pas respectueuses. 
Paul Pen