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samedi 27 août 2011

Quand la diplomatie américaine était au service de Monsanto


Des documents révélés par Wikileaks montrent que le gouvernement Bush surveillait de près les débats sur les OGM en France.

Une chercheuse soigne un plant de soja dans une serre de Monsanto à Chesterfield, dans le Missouri (Peter Newcomb/Reuters)

« L'Europe recule plutôt que d'avancer [sur la question des biotechnologies], avec la France, qui joue un rôle de premier plan, l'Autriche, l'Italie et même la Commission. Passer à des représailles montrerait clairement que la voie actuelle a un coût réel pour les intérêts européens, et pourrait aider à renforcer ceux qui soutiennent les biotechnologies en Europe. »
La prose est signée Craig Stapleton, ambassadeur américain à Paris sous l'administration Bush. Elle fait partie d'une série de câbles diplomatiques confidentiels publiés par Wikileaks cette semaine.
Truthout révèle que, dans la plupart des câbles, la France est désignée comme le principal barrage au développement des cultures OGM au sein de l'Union européenne, depuis 2007, face aux offensives de grands producteurs commeMonsantoDow Agro-Sciences ou DuPont.
Face à ce blocage, la diplomatie américaine a fait pression sur les dirigeants politiques et les représentants du monde agricole. Les télégrammes diplomatiques mis en ligne sur Wikileaks montrent les méthodes employées.

José Bové et les faucheurs inquiètent l'ambassade américaine

En 2007, l'ambassade américaine à Paris fait ainsi état ​​d'une rencontre entre les diplomates américains et trois représentants des firmes concernées. A l'époque, José Bové est candidat à l'élection présidentielle.
Un premier télégramme du 13 août 2007 inventorie les opposants français aux OGM et signale que « les autorités françaises ont confirmé qu'elles ne défendraient aucune nouvelle mesure biotech avant la tenue d'un congrès environnemental soutenu par le gouvernement », le Grenelle de l'Environnement.
Un autre « câble » rend compte de l'inquiétude des dirigeants de l'agroalimentaire américain face à l'accroissement des saccages de récoltes transgéniques.
Leur embarras porte aussi sur une « mesure qui pourrait contraindre les agriculteurs français à rendre public les emplacements de leurs plans d'OGM » :
« Ils expriment leur inquiétude face à la lenteur de l'Europe quant à l'adoption des procédés biotechnologiques et à la possible politisation des décisions prises par la France en matière de régulation, avant les élections présidentielles. »


Kosciusko-Morizet face au « Mon 810 »

Toujours en 2007, Craig Stapleton, évoque des discussions musclées, après le rejet d'un projet de loi favorable aux biotechnologies par le parlement français. Ce qui a fait échouer la labellisation du Mon 810, une variété de maïs jusque-là bannie, produit par Monsanto.
Un câble de 2008 montre qu'un an plus tard, la pilule n'est toujours pas passée. Il revient sur le débat houleux qui a opposé la secrétaire d'Etat chargée de l'écologie », Nathalie Kosciusko-Morizet à François Fillon et Jean-François Copé :
« Le gouvernement a perdu le contrôle sur la question [des OGM], y compris au sein de son propre parti. Les perspectives quant à l'avenir commercial des cultures biotechs sont des plus incertaines. Pour la récolte de maïs de 2008, c'est fichu, et il y a peu d'espoir pour les récoltes qui suivront, avant 2009 ou 2010.
Le gouvernement français sait que l'Europe fait face à des représailles à l'Organisation mondiale du commerce pour sa lenteur à approuver les biotechnologies et les interdictions illégales décidées par ses Etats membres.
Manifestement, le gouvernement français comprend que c'est le prix qu'il pourrait avoir à payer pour maintenir son moratoire sur les cultures biotechs. »


Coup dur pour l'exportation américaine

L'interdiction des OGM est susceptible de porter un sérieux coup aux exportations américaines. Selon le département de l'Agriculture américain, 97% du soja, 75% du maïs et 73% du coton qui poussent aux Etats-Unis utilisent des herbicides adaptés aux cultures transgéniques, comme le Round'up de Monsanto.
Un câble de 2007 précise :
« L'interdiction pourrait amputer les exportations vers la France de 30 à 50 millions de dollars. »
L'année suivante, la diplomatie américaine s'alarme de la sortie du documentaire de la journaliste française Marie-Monique Robin, auteure du « Monde selon Monsanto ».
Il est alors question de mettre au point des « talking points » pour mieux protéger les intérêts de Monsanto. Soit des « éléments de langage » bien rodés à servir aux détracteurs de Monsanto. Le site Dissenter cite un câble daté du 4 février 2008 :
« Le film et le livre ne diabolisent pas seulement Monsanto. Ils dénoncent aussi l'action gouvernementale américaine par son manque d'éthique et d'intégrité scientifique […]
Le livre et le films sont sur le point d'être traduits en anglais et dans d'autres langues. Le pays demande à une agence de Washington de fournir des “talking points” à utiliser face à un éventail d'interlocuteurs au sein d'une base listant les questions éventuelles. »


« Le monde selon Monsanto », l'épine dans le pied

Interviewée en 2008 par Rue89, MM Robin évoquait déjà l'extraordinaire pouvoir d'influence de la firme américaine. (Voir la vidéo)
Contactée au téléphone, elle ne se montre pas plus étonnée que ça :
« Ça ne fait que confirmer que les points soulevés dans le film les ont vraiment ennuyés : les liens entre Monsanto et le gouvernement américain, et tout le reste.
Monsanto, par le biais diplomatique, a eu assez de pouvoir pour faire en sorte que l'Espagne mette mon film dans un tiroir. Ca me prouve au moins que je n'étais pas paranoïaque. »


« Monsanto a perdu l'opinion publique depuis longtemps »

En marge du marché européen, les documents sortis par Wikileaks révèlent aussi comment les ambassades américaines font la promotion de « programmes de sensibilisation à la biotechnologie » en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.
Récemment, « Truthout » montrait comment Monsanto agissait en Afrique par le biais de fondations caritatives, comme celle de Bill et Melissa Gates. Des câbles publiés cette semaine confirment que les diplomates américains s'activent en Tunisie, enAfrique du Sud et au Mozambique.
Mais l'effervescence des ambassades ne change pas grand-chose à la donne. Au final, les OGM reculent dans le monde depuis deux ans. En Europe, l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la Bulgarie ont interdit le maïs Mon 810, qui exsude de la BT toxine et tue certains insectes nuisibles.
Comme quoi le lobbying « n'a pas été très efficace », conclut Monique Robin. « Malgré toutes les pressions diplomatiques américaines, Monsanto a perdu l'opinion publique depuis longtemps, de toute façon. »
Photo : une chercheuse soigne un plant de soja dans une serre de Monsanto à Chesterfield, dans le Missouri (Peter Newcomb/Reuters)



Source:
http://www.rue89.com/2011/08/27/quand-la-diplomatie-americaine-etait-au-service-de-monsanto-219541 

lundi 15 août 2011

Le sucre ne manque pas de sel


C’est la crise. L’euro menace de se casser la figure. L’Oncle Sam est au bord de la faillite. Plutôt que de vous précipiter sur l’or, c’est le moment d’acheter du sucre ! À la rentrée les cours vont s’envoler. Les experts ont sorti leur calculette : il coutera jusqu’à 40 % plus cher.

La faute au Indiens et aux Chinois, qui raffolent de la malbouffe. Or, pour rendre goûteux ses plats industriels bourrés de mauvais gras, l’agroalimentaire les farcit de sucre. Un esquimau, c’est 6 morceaux de sucre pour 20 grammes de beurre. Idem pour les sodas – comptez pour une cannette l’équivalent de 8 morceaux de sucre. Et puis, ce qu’il y a de bien avec le sucre, c’est que plus on en mange, plus on aime ça.

Une équipe de chercheurs du CNRS de Bordeaux avait démontré dès 2007, grâce à des rats, que le sucre pouvait rendre plus accro que la cocaïne. Les pauvres bêtes qui avaient goûté aux deux substances à haute dose pendant trois semaines ont opté, quand il a fallu choisir, à 94 % pour la boisson sucrée plutôt que pour la cocaïne en intraveineuse. Même résultat en remplaçant la cocaïne par de l’héroïne.

Plus récemment, des scientifiques américains de la prestigieuse université de Princeton ont découvert que des rats qu’on cessait brutalement de gaver de sucre souffraient d’un méchant syndrome de sevrage, avec bouffées de stress, anxiété et chute dans le cerveau de la dopamine, l’hormone qui nous fait voir la vie en rose. Bref, notre cerveau se fiche bien de savoir que l’excès de sucre participe à l’épidémie de diabète sucré, ou encore que c’est un fertilisant pour les cellules cancéreuses. On peut aussi compter sur le lobby du sucre pour empêcher qu’on dénigre la poudre blanche.

Le Cedus, le Centre d’Études et de Documentation du Sucre, a créé un outil pour surveiller ce qui se dit sur le sucre sur Internet. La moindre critique est détectée, décortiquée et démentie, si nécessaire, par une réponse. Dans sa revue « Grain de sucre » (N° 24), le Cedus s’enthousiasme de l’efficacité du système. Et de citer le cas de cet internaute qui a avoué, sur un site, « faire une addiction au sucre ». Ni une ni deux, le Cedus a posté un message pour expliquer sans rire que « l’addiction au sucre n’a jamais été mise en évidence chez l’homme  ». C’est ce qui s’appelle sucrer l’info ?
Le Canard Enchaîné N° 4737 du 10 août 2011

LA RESTAURATION RAPIDE NE CONNAÎT PAS LA CRISE

http://www.toute-la-franchise.com/vie-de-la-franchise-A4291-la-restauration-rapide-ne-connait-p.html

jeudi 14 juillet 2011

La Hongrie dégaine la « taxe hamburger » pour lutter contre la malbouffe

Le Parlement hongrois vient de se prononcer en faveur de l’imposition d’une taxe « taxe hamburger ». Les mesures qui y sont associées seront instaurées en Hongrie dès septembre prochain, elles visent à lutter contre la malbouffe grandissante dans le pays.
Lire la suite:
http://www.ecologie.tv/sante/la-hongrie-degaine-la-taxe-hamburger-pour-lutter-contre-la-malbouffe-14072011-3001.html

dimanche 5 juin 2011

Le reblochon met K.O. McDo


Voilà dix ans, McDo lançait à grand tapage trois hamburgers : « McCheese recette au Beaufort fondu », « McCheese sauce Reblochon » et « McCheese sauce à la tomme de Savoie fondue ». Objectif : redorer son image après le fameux démontage de Millau par José Bové.

Patatras ! La Répression des Fraudes découvre que le prétendu hamburger au Beaufort n’en contient que 51 %, le reste étant pour l’essentiel du Cheddar. Dans les deux autres recettes, on tombe à 8,5 % de reblochon et à 6 % de tomme. Les Fraudes portent plainte. Cinq ans plus tard, McDonald’s France est condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à 15 000 euros d’amende, auxquels s’ajoutent 150 000 euros de dommages et intérêts pour chacun des trois syndicats du Beaufort, du Reblochon et de la tomme, qui s’étaient portés partie civile pour défendre l’honneur de leur frometon AOC.

Furax, le roi du hamburger fait appel. Résultat : les juges confirment qu’il y a tromperie pour le McCheese au Beaufort tout en faisant fondre l’amende de 10 000 euros et les dommages et intérêts à 50 000 euros pour le syndicat de défense du Beaufort. Mais surtout, la cour d’appel relaxe 
McDo France pour la tomme et le Reblochon. Tout ça parce qu’il s’agit de sauces et que, disent les juges, il n’existe pas de « dispositions régissant la composition d’une sauce ». Tant pis si la firme tartine son « McCheese sauce au Reblochon » avec une mixture concoctée par Amora et si on ne trouve qu’un gramme de reblochon dans le hamburger.

Pour alimenter toute sa campagne, McDo s’est ainsi contenté de 300 kilos de Reblochon (contre 16 000 tonnes produites chaque année). Un verdict qui a fait saliver l’agroalimentaire puisqu’il autorisait à mettre des produits AOC à toutes les sauces. C’est la cour de cassation qui a sauvé nos papilles. Dans un ultime coup de gong judiciaire, la cour d’appel de Versailles vient de condamner McDo pour ses « McCheese sauce au Reblochon » et « sauce à la tomme de Savoie fondue ».

Chez McDo, on a décidé, cette fois, de ne pas en faire un fromage…
Le Canard Enchaîné N° 4727 du 1er juin 2011

mercredi 20 avril 2011

McDo se surpasse dans l’écotartufferie


Par SuperNo

J’ai (re)commencé à parler de décroissance, et je prépare un (très) long billet pour tenter d’expliquer où en sont les organisations politiques qui s’en réclament, quelles sont leurs idées, et comment elles comptent les mettre en œuvre. En attendant, la précampagne présidentielle est déjà lancée, et cette semaine a vu la déclaration hypermédiatisée de la candidature de Nicolas Bertrand Hulot, déjà quasiment assuré de représenter les Verts, et qui va devoir s’employer à faire oublier son lourd passé d’hélicologiste sponsorisé par les multinationales, et notamment par l’industrie nucléaire. C’est pas gagné.

Si, dans un effort surhumain pour positiver, on ne doit retenir qu’une seule chose de cette nouvelle, c’est que "l’écologie" en général ne sera peut-être pas totalement absente du débat présidentiel. Bien sûr on va nous abreuver de rodomontades au sujet de la "sécurité" ou de la "laïcité", des habituelles promesses de Gascons sur l’"emploi" et le "pouvoir d’achat", tentatives pitoyables pour dissimuler leur seul but : jouer les importants, faire dans leur culotte en se faisant appeler "monsieur le ministre", se vautrer pendant 5 ans dans les douillets fauteuils des ministères, avec huissiers en livrée, chauffeur et grosse bagnole qui fait pin-pom et grille les feux rouges. Tout ça pour faire une politique d’oppression populaire, sur fond de "diminution des déficits", avec le carcan des lois ultralibérales de la Commission Européenne et l’épée de Damoclès des diktats des agences de notation.

L’écologie, dans ce contexte, est fréquemment utilisée comme manœuvre dilatoire, comme le foutage de gueule du "Grenelle de l’environnement" l’a si bien démontré. Quand on a des choses à se faire pardonner, on peut parler d’écologie. Ou du moins faire semblant. Attention, il s’agit de "l’écologie light", celle qui met en exergue la nature et les petits oiseaux, mais qui s’interdit totalement de remettre en cause de quelque manière que ce soit le système économique en place et en particulier son dogme de la croissance, que l’on consent tout juste à repeindre en vert. Jamais un de ces tartuffes ne fait le rapprochement entre l’effondrement généralisé du monde, et l’économie libérale de la "croissance infinie".

Un ami lyonnais m’a rapporté cette anecdocte édifiante : dans les "restaurantsMcDo, du moins celui de Lyon Bellecour, mais c’est probalement généralisé, la "déco" a été totalement refaite, et elle est désormais tout à la gloire de "l’écologie" et du "développement durable". Si, si. Je n’ai pas eu le courage de pousser la conscience professionnelle jusqu’à vérifier moins-même (j’ai récemment trouvé l’argument définitif pour dissuader mes enfants de se rendre dans ces lieux de perdition, depuis qu’un pauvre gamin est mort d’une intoxication dans un fast food (c’était pas un McDo, c’était un Quick, mais le système est exactement le même), quand ils me sollicitent pour "aller au McDo", je leur réponds : tu veux mourir à ton âge ?) J’ai néanmoins sollicité la contre-expertise d’un autre témoin indépendant qui m’a confirmé en tout point l’exactitude de la chose. Les murs sont peints d’histoires qui parlent d’effet de serre, de réchauffement climatique, et tout à la gloire des efforts de McDo dans le domaine du "développement durable". Ceux-là même qui avaient été reconnus et vantés par "Dominique Voynet", jadis ministre "écolo" totalement impuissante et vouée à jouer les faire-valoir et accompagner la marche terrifiante de l’économie capitaliste : "McDonald’s est légitime pour parler environnement à ses clients", avait-elle décrété en 2007. En retour bien mérité, Voynet s’était fait pourrir par nombre de ses camarades de parti (qui ne sont pas tous stupides, loin de là) et par le journal "La Décroissance", qui l’avait représentée sous les traits du clown de McDo.

Mais le pire, dans ce fameux McDo, ce sont des écrans LCD sur tous les murs ! Place Bellecour, à Lyon, ils diffusent les messages suivants : 

"La terre appartient à nos enfants" (Les pauvres, bonjour la tronche de l’héritage) "6 milliards d’hommes, une seule planète" (Et 33 000 McDo, 24 milliards de dollars de chiffre d’affaires dont 4.9 milliards de dollars de bénéfices) "Nos enfants nous regardent" (Et c’est pas beau à voir) "Protégeons les forêts" (Et c’est un des plus gros pilleurs de la planète qui vous le dit !) "La nature pour projet" (Non non, le vrai projet, ce sont les bénéfices, d’ailleurs les actionnaires sont un peu déçus des derniers résultats ) "Le défi de l’énergie" (Sur un écran LCD, il fallait oser…) "Plus de respect, moins de CO²" (et plus de foutage de gueule)

Chacun de ces écrans doit consommer tranquillement ses 3kWh/jour, et en fonction des pays et de l’origine de l’électricité, cela fait tourner les centrales au gaz ou au charbon (bonjour le CO²) ou alors les centrales nucléaires, dont n’importe qui sait désormais que c’est encore pire. Evidemment, McDo n’est pas le seul, puisque ces saloperies d’écrans, majoritairement employés pour faire de la pub (dont on voit clairement combien l’interdiction serait une bouffée d’air pour la planète), fleurissent aussi dans le métro, les commerces, les cinémas, et même la voie publique, pied de nez insupportable à l’écologie (la vraie). Ajoutons à cela que McDo commence, comme la SNCF, comme les péages d’autoroute, comme les hypermarchés, comme les cinémas, à remplacer les humains par des machines, avec la généralisation des caisses automatiques.

Cette histoire ridicule pourrait faire sourire. Elle est en fait très instructive et pédagogique pour faire comprendre ce que sont réellement l’écologie et la décroissance, et pour apprendre aux naïfs et aux débutants à démasquer les tartuffes. Dans ce que Sarkozy, NKM ou Hulot appellent "écologie", McDo a probablement sa place. Il lui suffit d’afficher quelques bonnes intentions, de servir des salades, peut-être même des trucs bio (toujours pour l’image, mais celui qui va chez McDo pour manger bio devrait d’urgence consulter un psy !), sous les applaudissements lourdement sollicités. Alors qu’en fait, McDo est un des symptômes les plus emblématiques de notre société capitaliste, vouée à la croissance. C’est simple, dans un monde normal, McDo n’existerait pas. On mangerait en prenant son temps (le temps de discuter, par exemple), des aliments sains, locaux, non transformés, qui n’engraisseraient pas les actionnaires de multinationales, dans un endroit sans pub et sans écrans LCD, loin des zones commerciales qui n’existeraient d’ailleurs pas non plus.

Ensevelir le monde entier sous une couche uniforme de la même merde standardisée, calibrée, calculée pour être fabriquée par gigatonnes, au coût le plus bas, dans un processus de fabrication infernal qui va de la déforestation aux OGM, en passant par les élevages concentrationnaires, l’agrochimie, et les abattoirs dantesques. S’appuyer sur des chanteurs à la mode ou des sportifs cupides pour généraliser une espèce d’idéologie mondialisée, ramollir les cerveaux, les conditionner pour mieux les exploiter. Et si on revient à des considérations terre à terre, bouffer chezMcDo, c’est être abruti par la pub, se rendre dans une de ces infâmes zones commerciales qui défigurent tout, faire la queue debout pendant un moment déraisonnable et dans un brouhaha insupportable, commander des trucs avec des noms anglosaxons parfaitement grotesques, être servi par des néo-esclaves précaires qui sont obligés de faire semblant de sourire mais qui se voudraient ailleurs (ce que Naomi Klein appelle les McJobs, qui préparent les jeunes à se résigner à n’avoir qu’un métier de merde sous-payé pour le restant de leur jour, et de s’en estimer heureux), bouffer avec les doigts et machouiller des trucs infâmes, des aberrations diététiques, grasses, sucrées, totalement insipides, en un quart d’heure (ben oui, après il faut se dépêcher pour aller faire les courses au supermarché), le tout pour un prix supérieur à celui d’un honnête plat du jour dans n’importe quelle bonne gargotte. La belle vie, quoi.

C’est contre cette délisquescence totale de la manière de se nourrir et plus généralement de vivre qu’est né le collectif "Slow food" . McDo écolo parce qu’il recycle quelques emballages, ça me fait un peu penser à Dutroux qui ferait un don à une fondation pour l’enfance maltraitée. Sauf que Dutroux, lui, il ne le fait pas, il trouverait ça trop gros…

vendredi 15 avril 2011

Ça cloche à la cantoche


Ça devait être du gâteau. Le 13 juillet dernier, les parlementaires ont voté une loi pour en finir avec la malbouffe à la cantine. Objectif : lutter contre l’épidémie d’obésité qui sévit dans les cours de récré. Plus de 14 % des écoliers affichent un excès de poids sur la balance.

Au menu : moins de sucre dans les desserts, plus de vrais fromages et moins de spécialités fromagères à tartiner, plus de légumes, de fruits, moins de poissons panés… Pas de quoi s’emballer. Il s’agissait juste de rendre obligatoire une vieille circulaire de 2001 sur la composition des repas en restaurant scolaire. 
Un texte sur lequel s’assoient la moitié des cantines, dixit l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation.

En 2007, l’Anses, qu’on appelait alors l’Afssa, a mis les pieds dans le plat en révélant dans un audit que 11 % des cantines scolaires n’avaient carrément jamais entendu parler de la circulaire ! Dans certaines cantoches, on vous fabrique un repas avec 90 centimes d’euros, quand de l’avis de tous les experts, il faut y mettre au minimum 1 euro pour éviter que les nutritionnistes tombent dans les pommes en voyant le contenu des assiettes.

Pourtant il aura suffi qu’une obscure Commission Consultative d’Évaluation des Normes émette un avis défavorable pour que la loi du 13 juillet soit privée de décret, donc inapplicable, et que la vieille circulaire de 2001 reste lettre morte. Composée d’une cinquantaine de membres, la CCEN, qui dépend du ministère de l’Intérieur, a jugé que la mesure allait coûter chérot aux collectivités locales et qu’elle n’était donc pas « strictement nécessaire ».

Sauf que, comme l’avait calculé l’Inserm, le surcoût pour le contribuable d’un repas équilibré à l’école, c’est peanuts (moins de 1 %). De là à imaginer que les élus se sont faits bourrer le mou par les poids lourds de la restauration scolaire…

Le plus savoureux est que la mesure qui vient d’être renvoyée en cuisine était, parmi les 80 et quelques propositions du rapport anti obésité de la député UMP Valérie Boyer, la seule qui ne s’était pas fait sucrer. Autant dire que les 6 millions d’élèves qui vont à la cantoche mangeront équilibré… le jour où les poules (de batterie) auront des dents.
Le Canard Enchaîné N° 4720 du 13 avril 2011