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mercredi 14 décembre 2011

Des systèmes alimentaires durables, enjeu crucial pour l'avenir

Une étude menée par l'Inra et le Cirad dresse un état des lieux 
des déterminants majeurs qui ont présidé aux évolutions 
passées des systèmes alimentaires et identifie les points 
critiques des filières, en soulignant leur nécessaire réorientation.

lundi 31 octobre 2011

Projets verts: chiche, disent les paysans africains mais quel financement?

La contrainte politique est perçue comme majeure. "Si le gouvernement n'est pas dans la boucle, ça semble très compliqué. Nos économies qui vivaient de l'agriculture deviennent des économies vivant de la politique, ça nous fait beaucoup de tort", a déploré Felix Jumbe, président des fermiers malawites (FUM). ( © AFP Gianluigi Guercia)

JOHANNESBURG (AFP) - Le mécanisme qui finance des projets verts dans les pays en développement pourrait être l'un des outils phares pour prolonger le protocole de Kyoto après 2012, mais les agriculteurs africains, concernés au premier chef, y accèdent difficilement.
Les syndicats agricoles d'Afrique australe (Sacau) ont lancé un "appel à une simplification des mécanismes de financement", dans une résolution destinée aux négociateurs de la prochaine conférence sur le climat du 28 novembre au 9 décembre 2011, à Durban en Afrique du Sud.
Ils visent "en particulier le mécanisme de développement propre" (MDP) qui permet aux pays industrialisés ou à leurs entreprises de financer des projets dits "propres", selon la résolution dont l'AFP a consulté le projet.
La Chine, l'Inde et le Brésil ont raflé l'essentiel des 3.000 projets financés depuis 2005 par ce mécanisme, qui permet d'acheter des droits d'émettre des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement du climat, en échange par exemple d'un effort de reboisement ou de la valorisation énergétique de déchets.
Mais l'Afrique sub-saharienne participe à dose homéopathique à ce marché des crédits carbone selon l'Institut International de recherche sur l'Alimentation (IFPRI) à Washington qui chiffrait la dimension de ces projets en Afrique sud-saharienne à 1,4% en 2008.
Quatorze projets sur 18 étaient financés en Afrique du Sud et, seulement six liés à l'agriculture, selon une brochure de la Sacau, éditée en 2009.
Il y a eu peu d'évolution depuis, selon les responsables agricoles réunis récemment à Johannesburg par la Sacau pour préparer la conférence de Durban.
On serait à 4% de projets financés en Afrique par le MDP, selon l'agence pour l'alimentation et l'agriculture de l'ONU (FAO).
Savoir présenter les projets
Les questions ont fusé pour savoir comment accéder au marché carbone ou à la dizaine d'autres cagnottes comme le Fonds d'adaptation au changement climatique, qui a financé seulement deux projets africains en deux ans, l'un pour l'irrigation en Erythrée et l'autre contre l'érosion côtière au Sénégal.
"Les petits paysans n'ont pas le savoir nécessaire pour présenter des projets", a observé Mme Effatah Jele du syndicat des fermiers zambiens (ZNFU).
"J'ai une exploitation laitière et ce que je voudrais savoir c'est comment nourrir mes bêtes pour qu'elles émettent moins de gaz", dit-elle.
Les complications administratives et techniques rebutent les agriculteurs, pourtant prêts à s'adapter et qui déplorent déjà le changement climatique, avec des saisons de canne à sucre et des rendements sucriers en baisse à l'île Maurice, ou un calendrier des pluies erratique et des inondations plus fréquentes au Malawi et en Zambie.
"C'est très compliqué, très long", a reconnu la représentante de la FAO, Christina Seeberg-Elverfeldt, "mais possible", selon elle: il faut "se regrouper et monter des projets concernant au moins 50.000 agriculteurs".
La contrainte politique est perçue comme majeure. "Si le gouvernement n'est pas dans la boucle, ça semble très compliqué. Nos économies qui vivaient de l'agriculture deviennent des économies vivant de la politique, ça nous fait beaucoup de tort", a déploré Felix Jumbe, président des fermiers malawites (FUM).
"Pourquoi est-ce conçu de telle manière que cela coûte beaucoup d'argent" de monter un dossier, a interrogé Zanele Phiri, directrice du syndicat swazi (SNAU).
"Si l'on regarde le Mozambique, nous sommes un pays petit et jeune, nous avons donc besoin de compensations", a protesté Eugnelio Buquine (UNAC).
"Mais qu'est-ce qu'on voit avec REDD+ (un fonds pour la reforestation) ? Ils coupent des arbres indigènes pour planter des pins et des eucalyptus", relève-t-il.
© 2011 AFP

vendredi 16 septembre 2011

Appel pour Durban

Les paysans, les paysannes et les peuples indigènes disposent de milliers de solutions pour faire face au réchauffement climatique !

La Via Campesina appelle les mouvements sociaux et l’ensemble de la population à se mobiliser partout dans le monde
Le mouvement international paysan La Via Campesina et son organisation-membre sudafricaine Landless Peoples Movement (Mouvement des Paysans Sans-terre) se mobilisent pour la 17ème Conférence des Parties (COP 17) de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC) qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011.
Des caravanes de paysans et paysannes africain(e)s, partiront du Mozambique, de la Tanzanie, du Zimbabwe et d'autres pays pour converger à Durban pour rejoindre d’autres agriculteurs et représentants de mouvements sociaux afin de réclamer la justice climatique.
Les femmes paysannes africaines membres de La Via Campesina, participeront à la 2ème Assemblée sud-africaine des femmes rurales, du 30 novembre au 2 décembre, à Durban (organisée conjointement notamment par La Via Campesina – Région Afrique 1, TCOE, Women on Farms Project, Lamosa, ESAFF, UNAC, Namibian National Farmers Union etc.).
La Via Campesina participera également à la Journée Mondiale d’Action qui aura lieu le 3 décembre, au cours de laquelle, en collaboration avec des centaines d’autres activistes, elle manifestera pour la justice climatique.
La Via Campesina ainsi que d’autres mouvements paysans et de producteurs en Afrique invitent également toutes organisations, alliés et activistes à participer à une Journée spéciale pour l’Agroécologie et la Souveraineté Alimentaire, le 5 décembre à Durban et à travers le monde (co-organisée par ESAFF régional, ESAFF Uganda, ESAFF Zimbabwe, ROPPA, TCOE, Surplus People Project, etc.)
Les négociations sur le climat ont été détournées de leur objectif pour devenir de simples négociations mercantiles
Lors de la conférence COP 16 à Cancun (Mexique), la majorité des gouvernements du monde - à l’exception notable de la Bolivie – se sont assis autour de la table non pas pour trouver une réponse efficace au changement climatique, mais plutôt pour parler gros sous avec les grandes sociétés multinationales qui font trafic de fausses solutions au changement climatique, proposant des fausses mesures comme le programme REDD et autres marchés du carbone, ou encore le développement d’agrocarburants et d’OGM. Ils ont transformé les négociations sur le climat en une immense place de marché où seuls le profit et la spéculation comptent.
De concert, nos différents gouvernements ont fait comme si de rien n’était, fermant les yeux sur l’urgence d’une situation qui condamne l’Afrique et l’Asie du Sud à être littéralement incinérées par l’augmentation des températures. Et, bien sûr, les premières victimes de ces changements climatiques seront les paysannes et les paysans de ces deux continents, puisque l’augmentation des températures crée un environnement encore plus défavorable aux récoltes, au bétail et à la survie des êtres humains. La majorité des gouvernements a choisi d’ignorer les Principes de Cochabamba qui posent pourtant un cadre clair pour élaborer des réponses au changement climatique et protéger notre Terre Mère.
Dans le système climatique actuel, les pays développés et les grandes entreprises polluantes, pourtant historiquement responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, se voient accorder toutes les dérogations et trucages de chiffres possibles afin de leur éviter d’avoir à réduire leurs émissions. Ainsi, le système des marchés d’émission-carbone et les mécanismes de compensation permettent aux pays industrialisés et aux entreprises de continuer à consommer des ressources et à polluer comme avant, tout en payant des petites sommes, sans commune mesure avec la réalité de leur impact sur le climat, dans le but d’aider les populations pauvres des pays en développement à réduire leurs émissions. En réalité ces entreprises font deux fois du profit : d’une part en continuant à polluer et d’autre part en vendant des fausses solutions aux États. Pendant ce temps là, des initiatives présentées comme étant une solution au problème climatique, comme le programme REDD, dépouillent les populations pauvres de la plupart de leurs différents droits en matière d’usage des ressources naturelles : ils ne peuvent plus accéder aux forêts communautaires. Au même moment, des grands groupes financiers apparaissent sur le marché foncier et y accaparent d’immenses territoires fertiles, dont ils expulsent les agriculteurs afin d’y pratiquer la monoculture ou pour spéculer sur les marchés des crédits d’émission carbone.
Nous connaissons les principales sources d’émissions qui altèrent le climat : elles sont générées par les multinationales agroalimentaires qui imposent une agriculture industrielle essentiellement tournée vers l’exportation et la production d’agrocarburants. Mais elles sont aussi le fruit d’un système de transports uniquement basé sur la voiture individuelle, au détriment des transports en communs. Enfin, elles sont causées par les activités industrielles polluantes et prédatrices de ressources pratiquées par les différentes entreprises multinationales. Si nous ne parvenons pas à imposer des engagements réels et contraignants qui forceront les pays développés à changer ce système, alors nous échouerons à prévenir l’incinération effective de nos terres agricoles et la destruction de notre capacité à nourrir le monde.
Les chiffres sont unanimes ; ce sont nous, les paysans et paysannes travaillant sur de petites exploitations qui produisons aujourd’hui la vaste majorité des aliments consommés sur la planète. Or aujourd’hui, nous, et la nourriture que nous produisons, sommes mis en danger par les changements climatiques et l’augmentation des températures. Les dates de semis deviennent imprévisibles tandis que les sécheresses, les ouragans et les moussons deviennent plus intenses.
A l’inverse – et encore une fois les chiffres sont unanimes – c’est nous qui détenons les clés des solutions les plus importantes, efficaces et scientifiquement prouvées face au changement climatique, à travers nos systèmes de production locale d’aliments selon des méthodes agroécologiques, produits par des paysannes et des paysans, selon les principes de la souveraineté alimentaire.
A lui seul, le système de transport d’aliments sur de longues distances, qui est à la base du système alimentaire mondial capitaliste, est responsable d’au moins 44% des émissions totales de gaz à effet de serre. Ces aliments pourraient facilement être cultivés localement. Mais l’agriculture détruit également le climat par l’usage excessif de ressources fossiles comme le pétrole et les intrants chimiques dérivés du pétrole. Le modèle de production est basé sur la monoculture et les pratiques industrielles, il engendre la déforestation et la destruction des écosystèmes en vue de la réalisation de plantations industrielles aboutissant à des “déserts verts”.
Nous pouvons réduire drastiquement voire même éliminer ces émissions en transformant le système alimentaire sur la base de la souveraineté alimentaire, c'est à dire en produisant localement pour une consommation de proximité un production durable variée basée sur les familles et les communautés paysannes.

L’agroécologie n’est pas à vendre !
Nous rejetons toutes les tentatives pour étendre le marché des émissions carbone et des mécanismes de compensation de type REDD aux systèmes de puits de carbone, même quand ces initiatives sont déguisées par la Banque Mondiale sous la forme de mesures de soutien aux petites exploitations agroécologiques ou bien à une “Agriculture respectueuse du climat”. Les raisons de ce refus sont les suivantes :
* Tout comme c’est le cas du REDD pour les forêts, le carbone de nos sols deviendra majoritairement la propriété d’entreprises polluantes du Nord. On nous demande tout simplement de vendre et de privatiser notre carbone.
* Le marché volontaire des puits de carbone ne sera rien d’autre qu’un nouvel espace pour la spéculation financière, ce qui veut dire que tant que les agriculteurs ne toucheront que quelques centimes, les spéculateurs amasseront des profits substantiels.
* Il s’agit simplement d’une nouvelle façon pour les pays et industries polluants de se soustraire à leurs véritables obligations en matière de réductions réelles d’émissions.
* C’est également un moyen pour déplacer l’attention portée aux émissions massives de carbone produites par l’agriculture industrielle et l’agrobusiness, surtout dans les pays du Nord, afin de transférer le fardeau de la réduction des émissions sur les épaules des paysans du Sud, alors que rien n’est fait pour réduire les émissions causées par l’agriculture industrielle.
* Si nous paysannes et paysans, signons un accord sur les puits de carbone, nous allons perdre notre autonomie et le contrôle sur nos systèmes agricoles. Ce seront des bureaucrates de l’autre côté de la terre, des gens qui ne connaissent rien à nos sols, à nos pluies, à nos pentes, à nos systèmes alimentaires locaux, à notre économie familiale, etc., qui décideront des méthodes agricoles que nous devrons utiliser ou ne pas utiliser.
* L’agroécologie procure une somme de bienfaits pour l’environnement et les moyens d’existence des paysans. Par contre, en réduisant la contribution des pratiques agroécologiques à la seule valeur du carbone séquestré, non seulement on dévalue les autres bénéfices de ces pratiques, mais on peut également créer des incitations perverses à altérer ces pratiques (et ouvrir la porte aux technologies telles que les OGM) dans l’unique but de maximiser le carbone plutôt que de valoriser les autres apports de l’agroécologie.
* Cette initiative est inséparable de la tendance néolibérale à vouloir convertir absolument tout (la terre, l’air, la biodiversité, la culture, les gènes, le carbone, etc.) en capital, lui attribuant une valeur monétaire qui permet ensuite de négocier ces éléments sur un marché spéculatif quelconque.
* Si la valeur actuelle - relativement faible - du carbone séquestré devait augmenter sur le marché spéculatif, cela pourrait générer une nouvelle course à l’accaparement des terre afin de s’emparer des crédits pour les puits de carbone, étant donné que la concentration des terres est un prérequis si l’on veut rendre rentables les crédits liés au puits de carbone.
Comment l’Agroécologie devrait être soutenue par les politiques publiques
* Soutenir les programmes de formation de paysan-à-paysan gérés par les organisations paysannes
* Soutenir les écoles de formation en agroécologie gérés par les organisations paysannes
* Mettre fin à toutes les subventions directes et indirectes à l’agriculture industrielle
* Bannir les OGM et tous les produits chimiques agricoles dangereux
* Fournir des crédits à la production aux agriculteurs qui produisent de manière agroécologique
* Réorienter les appels d’offres publics pour la fourniture d’aliments aux hôpitaux, écoles, etc., vers l’achat à un prix équitable d’aliments écologiques produits par des petits producteurs
* Soutenir les marchés de producteurs écologiques pour la vente directe aux consommateurs
* Transformer les cursus de formation agricoles afin de les concentrer sur l’agroécologie et la méthodologie du transfert de connaissances de paysan-à-paysan
* Créer des incitations en vue d’établir un prix de vente équitable pour les aliments locaux produits de manière écologique
* Etc.
Engagements de La Via Campesina
Alors que nous ne cessons d'exiger de nos gouvernements qu'ils prennent la question du changement climatique à bras-le-corps, nous nous engageons à bâtir l’agroécologie et la Souveraineté Alimentaire depuis la base. Nous nous engageons en faveur des mesures concrètes suivantes:
1. Nous allons continuer à renforcer le mouvement pour l’agroécologie à la base afin de nous adapter aux changements climatiques en cours.

2. Nous nous efforcerons de “garder le carbone dans le sol et dans les arbres” dans les territoires sous notre contrôle, en promouvant les pratiques agroforestières, la plantation d’arbres, la conservation de l’énergie, mais aussi en luttant contre l’accaparement des terres par les entreprises minières et les plantations industrielles.

3. Nous allons continuer à faire pression sur les gouvernements à tous les niveaux afin qu’ils adoptent la souveraineté alimentaire comme étant la solution au changement climatique.

4. Nous allons poursuivre la lutte contre l’inclusion de l’agriculture paysanne et de l’agroécologie dans les mécanismes des marchés du carbone.

5. Nous allons poursuivre notre lutte pour la réforme agraire afin que la terre soit redistribuée aux paysannes et aux paysans qui pratiquent une agriculture durable et contre toute usurpation de terres.

6. Nous allons construire un puissant mouvement qui fera entendre la voix des paysans et des paysannes et nous seront présents avec d’autres secteurs de la société civile à la conférence climatique COP-17 de Durban ainsi qu’à la Conférence de Rio +20 au Brésil. Nous y porterons le message comme quoi nous nous opposons aux fausses solutions proposées pour soi-disant lutter contre le changement climatique et nous exigerons l’adoption des Principes de Cochabamba. Nous mettrons en avant les bénéfices de l’agriculture paysanne durable et de la souveraineté alimentaire en tant que principales et réelles solutions pour lutter contre le changement climatique.
Non à l’accaparement des terres au nom du climat !
Notre carbone n’est pas à vendre !
L’agriculture paysanne n’est pas à vendre !
Les méthodes de production agroécologiques des petits paysans refroidissent la planète !
Globalisons la lutte ! Globalisons l’Espoir !


Source: http://www.confederationpaysanne.fr/index.php?rubrique_id=646

mardi 23 août 2011

PEUT-ON NOURRIR LA PLANÈTE GRÂCE À L’AGROÉCOLOGIE ?


Rapporteur spécial des Nations-Unies, Olivier De Schutter a besoin des médias pour faire entendre son message. Il peut compter sur Marie-Monique Robin, qui vient de lancer sa propre maison de production audiovisuelle.

Comment nourrir les gens : c’est le titre provisoire du documentaire que prépare Marie-Monique Robin, et qui inaugurera sa nouvelle maison de production audio- visuelle, m2rfilms. Après Le monde selon Monsanto et Notre poison quotidien, la journaliste veut en effet démontrer qu’une agriculture « sans pesticides et sans chimie » est une alternative possible au modèle agricole « industriel ». Une bande- annonce du futur film, déjà en ligne sur le site de m2rfilms, présenteHugh Grant, PDG de Monsanto, Jean-Charles Bocquet, directeur de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) et Jérome Péribère, de Dow AgroSciences, qui affirment à tour de rôle qu’il est impossible de nourrir l’humanité sans recourir aux pesticides et aux engrais chimiques. En contrepoint, MMR met en scène le juriste belge et professeur de droit à l’Université catholique de Louvain Olivier De Schutter, qui rétorque : « C’est une croyance non fondée. Nous n’avons jamais voulu croire à l’efficacité d’un modèle agricole diffé- rent et nous n’avons donc jamais essayé de montrer qu’il pouvait être hautement productif. »

Unis au sein de la FIDH
L’intervention d’Olivier De Schutter dans un documentaire de Marie-Monique Robin n’a rien de surprenant. Les deux personnages ont de nombreuses fréquentations communes. En effet, avant d’avoir été nommé rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation en 2008,Olivier De Schutter était secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), un poste précédemment occupé par l’avocat parisien de MMR, Me William Bourdon. Comme ce dernier, Olivier De Schutter milite de longue date pour les droits éco- nomiques et sociaux des « victimes » des sociétés transnationales. C’est d’ailleurs cette raison qui l’aurait conduit à s’intéresser aux questions agricoles. « L’alimentation permet de poser la question de l’im- pact de la mondialisation économique sur les droits de l’homme », déclare-t-il, pour expliquer les motivations de son travail au sein de l’instance onusienne. Tout naturellement, Olivier De Schutter s’est entouré de plusieurs anciens collaborateurs de la FIDH. Dans sa garde rapprochée figure notamment Gaëtan Vanloqueren, qualifié d’« agroéconomiste », et aujourd’hui son principal conseiller sur ce dossier. Formé lui aussi à l’Université catholique de Louvain, Gaëtan Vanloqueren a été le porte-parole d’Actions Birmanie. À ce titre, il a participé à plusieurs missions d’enquêtes coordonnées par Olivier De Schutter, alors secrétaire général de la FIDH. Le volet juridique du dossier birman était pour sa part suivi par Me Bourdon qui, dès 2002, a porté plainte contre TotalFinaElf pour son action en Birmanie. Le combat contre les multinationales est donc une passion commune pour William Bourdon, Marie-Monique Robin et Olivier De Schutter.


Lire la suite:
http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article752

mercredi 20 juillet 2011

Quel est l’impact pour le climat de notre choix de protéines ?


Cet appétissant cheeseburger que vous avez englouti ce midi, aussi savoureux qu’il se soit révélé, vous a coûté l’équivalent de 15 km de voiture en termes d’émissions de gaz à effet de serre. A contrario, si vous aviez opté pour une portion de lentilles, aussi rabat-joie que cela puisse paraître, vous auriez à peine fait tourner le moteur. Voilà les conclusions d’un nouveau rapport sur les effets de la dépendance à la viande aux Etats-Unis, publié lundi 18 juillet par l’organisme de recherche américain Environmental Working Group.
Rien de nouveau sous le soleil, pourrait-on penser. En réalité, cette étude, intituléeLe guide du mangeur de viande, mesure et compare l’impact sur le climat, du champ à l'assiette, de 20 types de protéines différents, la viande et les lentilles, donc, mais aussi le fromage, les fruits de mer, les haricots ou les noix.
Ainsi, l’ensemble de leur cycle de vie est passé au crible, grâce aux données fournies par le ministère de l’agriculture américain, depuis les pesticides, les engrais et l'eau utilisés pour cultiver la nourriture du bétail jusqu’aux émissions générées par l’élevage des animaux, la transformation, le transport et la cuisson de la viande, en passant par la fin de vie et notamment le gaspillage. En détail, sur les 60 millions d'hectares de terres cultivées aux Etats-Unis, 8 millions de tonnes d’engrais azotés et 80 000 tonnes de pesticides sont utilisés seulement pour faire pousser l'alimentation du bétail ; l’élevage génère par ailleurs près de 500 millions de tonnes de fumier par an, ce qui contribue à détériorer les nappes phréatiques et polluer l’air.
Au rayon des protéines les plus polluantes, on trouve l’agneau, le bœuf puis le fromage – donnée dont nous sommes moins conscients – en raison de la production de méthane, un gaz 25 fois plus nocif que le CO2 en termes d’émissions, par le bétail, l’énergie qu'exige l'élevage et l'abattage et le fumier produit. A l’opposé, les lentilles, haricots et noix comptent pour peanuts dans les émissions de gaz à effet de serre : selon le rapport, elles sont ainsi trente fois moins importantes que celles du bœuf.
Le problème réside bien sûr dans le fait que nous consommons trop de protéines animales au détriment des végétales, et, surtout, trop de protéines trop court. Aux Etats-Unis en particulier, les enfants mangent le quadruple, et les adultes le double, de la quantité recommandée de protéines, selon Hamerschlag Kari, auteur du rapport. "Bien que cela fasse un moment que les scientifiques et ONG soulèvent le problème, les Américains continuent à avoir des taux de consommation de viande très élevés. Notre pays produit et consomme, par personne, 60% de viande de plus que les Européens", explique la scientifique.
En conclusion, le rapport ne nous incite évidemment pas à tous devenir végétariens mais à moins et mieux consommer des protéines animales. L’étude confirme ainsi ce que prônent les associations écolos depuis des années : si chaque Américain ne mangeait pas de viande ni de fromage un jour par semaine pendant un an, le gain en termes d’émissions de gaz à effet de serre serait équivalent celui provoqué par 7,6 millions de voitures en moins sur les routes. Et à défaut de réduire sa consommation de protéines, mieux choisir leur type et leur origine permettrait de réduire notre empreinte carbone de manière significative.

 PAUL J. RICHARDS / AFP

mardi 28 juin 2011

De la viande artificielle pour réduire nos émissions ?


Produire de la viande non plus en élevant des animaux mais en cultivant des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc en laboratoire, comme on le fait déjà pour fabriquer de la bière ou des yaourts. Voilà une dizaine d'années que les scientifiques planchent sur des expériences de viande artificielle. Le projet fait en effet miroiter la perspective de pouvoir nourrir une population grandissante qui consomme toujours davantage de protéines. Mais surtout, cette production permettrait de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre qu'implique l'élevage. Ce sont les conclusions d'une nouvelle étude sur le sujet, menée par les universités d'Oxford et d'Amsterdam.
Selon le rapport, que cite le Guardian, la viande in vitro réduirait de 96 % les émissions de gaz à effet de serre entraînées par l'élevage. Sa production exigerait par ailleurs entre 7 et 45 % moins d'énergie que celle de la viande produite de manière conventionnelle. Enfin, la viande en boîte n'aurait besoin que d'1 % des terres et de 4 % de l'eau actuellement dévolues au bétail, soit une manière efficace de lutter contre la déforestation, l’accaparement des terres et la hausse rapide du prix des céréales.
Car aujourd’hui, 70 % des terres agricoles sont consacrées à l'élevage du bétail et la culture de sa nourriture. Or, la consommation de viande ne cesse d'augmenter. En vingt-cinq ans, elle est ainsi passée de 30 kg à 41,2 kg par habitant, selon la FAO. Et l'agence onusienne pour l'agriculture et l'alimentation prévoit encore une augmentation de la production mondiale annuelle de 228 millions à 463 millions de tonnes d'ici à 2050, tirée par la consommation des pays émergents comme la Chine et l'Inde.
"Les impacts environnementaux de la viande artificielle pourraient être nettement inférieurs à ceux de la viande produite de manière classique, estime Hanna Tuomisto, chercheuse à l'université d'Oxford, qui a dirigé l'étude. Nous ne disons pas que nous devrions ou voudrions remplacer la viande conventionnelle par celle cultivée en laboratoire. Cependant, notre recherche montre que la viande artificielle pourrait être une partie de la solution pour nourrir une population croissante tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en économisant de l'énergie et l'eau. Bref, la viande cultivée est potentiellement bien plus efficace et écologiquement viable pour remplir nos assiettes."
Selon Hanna Tuomisto, la culture de cellules musculaires est bien avancée et manquerait seulement de financements plus conséquents. Dans ce cas, les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché d'ici cinq ans, sous la forme de carpaccios. Il faudrait toutefois encore cinq années supplémentaires avant de voir de "vrais" morceaux de steaks produits in vitro trôner dans nos assiettes.
Certains scientifiques restent toutefois sceptiques. Selon eux, arriver à une production massive de viande par ce procédé entraînerait des coûts exorbitants et nécessiterait d'énormes quantités d'hormones pour favoriser la croissance et d'antibiotiques pour éviter les contaminations. La solution la plus viable, aujourd'hui, reste donc de réduire sa consommation de viande.
Sur le même sujet, retrouvez le quiz que j’avais réalisé à l’occasion de la journée sans viande, le 20 mars.
Audrey Garric
Photo : AFP/REMY GABALDA


Source: http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/06/28/de-la-viande-artificielle-pour-reduire-nos-emissions/

mercredi 20 avril 2011

McDo se surpasse dans l’écotartufferie


Par SuperNo

J’ai (re)commencé à parler de décroissance, et je prépare un (très) long billet pour tenter d’expliquer où en sont les organisations politiques qui s’en réclament, quelles sont leurs idées, et comment elles comptent les mettre en œuvre. En attendant, la précampagne présidentielle est déjà lancée, et cette semaine a vu la déclaration hypermédiatisée de la candidature de Nicolas Bertrand Hulot, déjà quasiment assuré de représenter les Verts, et qui va devoir s’employer à faire oublier son lourd passé d’hélicologiste sponsorisé par les multinationales, et notamment par l’industrie nucléaire. C’est pas gagné.

Si, dans un effort surhumain pour positiver, on ne doit retenir qu’une seule chose de cette nouvelle, c’est que "l’écologie" en général ne sera peut-être pas totalement absente du débat présidentiel. Bien sûr on va nous abreuver de rodomontades au sujet de la "sécurité" ou de la "laïcité", des habituelles promesses de Gascons sur l’"emploi" et le "pouvoir d’achat", tentatives pitoyables pour dissimuler leur seul but : jouer les importants, faire dans leur culotte en se faisant appeler "monsieur le ministre", se vautrer pendant 5 ans dans les douillets fauteuils des ministères, avec huissiers en livrée, chauffeur et grosse bagnole qui fait pin-pom et grille les feux rouges. Tout ça pour faire une politique d’oppression populaire, sur fond de "diminution des déficits", avec le carcan des lois ultralibérales de la Commission Européenne et l’épée de Damoclès des diktats des agences de notation.

L’écologie, dans ce contexte, est fréquemment utilisée comme manœuvre dilatoire, comme le foutage de gueule du "Grenelle de l’environnement" l’a si bien démontré. Quand on a des choses à se faire pardonner, on peut parler d’écologie. Ou du moins faire semblant. Attention, il s’agit de "l’écologie light", celle qui met en exergue la nature et les petits oiseaux, mais qui s’interdit totalement de remettre en cause de quelque manière que ce soit le système économique en place et en particulier son dogme de la croissance, que l’on consent tout juste à repeindre en vert. Jamais un de ces tartuffes ne fait le rapprochement entre l’effondrement généralisé du monde, et l’économie libérale de la "croissance infinie".

Un ami lyonnais m’a rapporté cette anecdocte édifiante : dans les "restaurantsMcDo, du moins celui de Lyon Bellecour, mais c’est probalement généralisé, la "déco" a été totalement refaite, et elle est désormais tout à la gloire de "l’écologie" et du "développement durable". Si, si. Je n’ai pas eu le courage de pousser la conscience professionnelle jusqu’à vérifier moins-même (j’ai récemment trouvé l’argument définitif pour dissuader mes enfants de se rendre dans ces lieux de perdition, depuis qu’un pauvre gamin est mort d’une intoxication dans un fast food (c’était pas un McDo, c’était un Quick, mais le système est exactement le même), quand ils me sollicitent pour "aller au McDo", je leur réponds : tu veux mourir à ton âge ?) J’ai néanmoins sollicité la contre-expertise d’un autre témoin indépendant qui m’a confirmé en tout point l’exactitude de la chose. Les murs sont peints d’histoires qui parlent d’effet de serre, de réchauffement climatique, et tout à la gloire des efforts de McDo dans le domaine du "développement durable". Ceux-là même qui avaient été reconnus et vantés par "Dominique Voynet", jadis ministre "écolo" totalement impuissante et vouée à jouer les faire-valoir et accompagner la marche terrifiante de l’économie capitaliste : "McDonald’s est légitime pour parler environnement à ses clients", avait-elle décrété en 2007. En retour bien mérité, Voynet s’était fait pourrir par nombre de ses camarades de parti (qui ne sont pas tous stupides, loin de là) et par le journal "La Décroissance", qui l’avait représentée sous les traits du clown de McDo.

Mais le pire, dans ce fameux McDo, ce sont des écrans LCD sur tous les murs ! Place Bellecour, à Lyon, ils diffusent les messages suivants : 

"La terre appartient à nos enfants" (Les pauvres, bonjour la tronche de l’héritage) "6 milliards d’hommes, une seule planète" (Et 33 000 McDo, 24 milliards de dollars de chiffre d’affaires dont 4.9 milliards de dollars de bénéfices) "Nos enfants nous regardent" (Et c’est pas beau à voir) "Protégeons les forêts" (Et c’est un des plus gros pilleurs de la planète qui vous le dit !) "La nature pour projet" (Non non, le vrai projet, ce sont les bénéfices, d’ailleurs les actionnaires sont un peu déçus des derniers résultats ) "Le défi de l’énergie" (Sur un écran LCD, il fallait oser…) "Plus de respect, moins de CO²" (et plus de foutage de gueule)

Chacun de ces écrans doit consommer tranquillement ses 3kWh/jour, et en fonction des pays et de l’origine de l’électricité, cela fait tourner les centrales au gaz ou au charbon (bonjour le CO²) ou alors les centrales nucléaires, dont n’importe qui sait désormais que c’est encore pire. Evidemment, McDo n’est pas le seul, puisque ces saloperies d’écrans, majoritairement employés pour faire de la pub (dont on voit clairement combien l’interdiction serait une bouffée d’air pour la planète), fleurissent aussi dans le métro, les commerces, les cinémas, et même la voie publique, pied de nez insupportable à l’écologie (la vraie). Ajoutons à cela que McDo commence, comme la SNCF, comme les péages d’autoroute, comme les hypermarchés, comme les cinémas, à remplacer les humains par des machines, avec la généralisation des caisses automatiques.

Cette histoire ridicule pourrait faire sourire. Elle est en fait très instructive et pédagogique pour faire comprendre ce que sont réellement l’écologie et la décroissance, et pour apprendre aux naïfs et aux débutants à démasquer les tartuffes. Dans ce que Sarkozy, NKM ou Hulot appellent "écologie", McDo a probablement sa place. Il lui suffit d’afficher quelques bonnes intentions, de servir des salades, peut-être même des trucs bio (toujours pour l’image, mais celui qui va chez McDo pour manger bio devrait d’urgence consulter un psy !), sous les applaudissements lourdement sollicités. Alors qu’en fait, McDo est un des symptômes les plus emblématiques de notre société capitaliste, vouée à la croissance. C’est simple, dans un monde normal, McDo n’existerait pas. On mangerait en prenant son temps (le temps de discuter, par exemple), des aliments sains, locaux, non transformés, qui n’engraisseraient pas les actionnaires de multinationales, dans un endroit sans pub et sans écrans LCD, loin des zones commerciales qui n’existeraient d’ailleurs pas non plus.

Ensevelir le monde entier sous une couche uniforme de la même merde standardisée, calibrée, calculée pour être fabriquée par gigatonnes, au coût le plus bas, dans un processus de fabrication infernal qui va de la déforestation aux OGM, en passant par les élevages concentrationnaires, l’agrochimie, et les abattoirs dantesques. S’appuyer sur des chanteurs à la mode ou des sportifs cupides pour généraliser une espèce d’idéologie mondialisée, ramollir les cerveaux, les conditionner pour mieux les exploiter. Et si on revient à des considérations terre à terre, bouffer chezMcDo, c’est être abruti par la pub, se rendre dans une de ces infâmes zones commerciales qui défigurent tout, faire la queue debout pendant un moment déraisonnable et dans un brouhaha insupportable, commander des trucs avec des noms anglosaxons parfaitement grotesques, être servi par des néo-esclaves précaires qui sont obligés de faire semblant de sourire mais qui se voudraient ailleurs (ce que Naomi Klein appelle les McJobs, qui préparent les jeunes à se résigner à n’avoir qu’un métier de merde sous-payé pour le restant de leur jour, et de s’en estimer heureux), bouffer avec les doigts et machouiller des trucs infâmes, des aberrations diététiques, grasses, sucrées, totalement insipides, en un quart d’heure (ben oui, après il faut se dépêcher pour aller faire les courses au supermarché), le tout pour un prix supérieur à celui d’un honnête plat du jour dans n’importe quelle bonne gargotte. La belle vie, quoi.

C’est contre cette délisquescence totale de la manière de se nourrir et plus généralement de vivre qu’est né le collectif "Slow food" . McDo écolo parce qu’il recycle quelques emballages, ça me fait un peu penser à Dutroux qui ferait un don à une fondation pour l’enfance maltraitée. Sauf que Dutroux, lui, il ne le fait pas, il trouverait ça trop gros…