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vendredi 13 avril 2012

Se nourrir sans argent, en recyclant des montagnes de nourritures gaspillées


PAR BENJAMIN LESAGE (13 AVRIL 2012)
Comment faire pour manger quand on a décidé de se passer d’argent ? Rien de bien compliqué, semble-t-il, pour Benjamin et ses acolytes. Les trois jeunes Européens, sur les routes du monde depuis plus d’un an, trouvent tous les jours de quoi s’alimenter, principalement en glanant parmi les tonnes de nourriture gaspillée chaque jour. Ils comptent aussi sur la générosité des habitants croisés en route.

Se nourrir sans utiliser d’argent peut paraître impossible. Au cours de notre voyage, dans les pays économiquement développés, nous nous sommes pourtant débrouillés en « recyclant » la nourriture dans les poubelles des supermarchés et des boulangeries, ou en demandant directement si nous pouvions « sauver » la nourriture destinée à la poubelle. Bien souvent, les directeurs des magasins acceptent. Parfois certains refusent, allant même jusqu’à jeter de l’eau de javel sur les poubelles pour être sûrs que personne n’ira fouiller dedans !

En général, nous mangeons très bien. Même s’il nous arrive de ne manger que du pain, ou des fruits. Nous sommes tellement habitués, avec l’argent, à avoir tout tout de suite que nous perdons la valeur des aliments. Nous oublions le plaisir de manger, d’apprécier un fruit, un plat bien cuisiné. Au Maroc, les gens nous ont souvent invités pour un thé ou un couscous. C’est là, au cours de notre voyage, que nous avons rencontrés les gens les plus chaleureux et les plus généreux, toujours prêts à partager. Il y a au Maroc beaucoup moins de gaspillage qu’en France, sauf dans les lieux touristiques, qui regorgent de restaurants étrangers, et dans lesquels nous pouvions recycler pas mal de nourriture.

En Amérique latine, les gens nous ont beaucoup offert à manger. Nous recyclions dans les lieux touristiques et bénéficions de la générosité des gens dans les petits villages. Même dans les lieux les plus pauvres, les gens jettent de la nourriture, comme dans les marchés, où l’on trouve toujours quelques fruits ou légumes abîmés. Au Mexique, par exemple, les fruits et les légumes sont abondants, et nous récupérons des kilos de nourriture que nous cuisinons et partageons.

Poubelles cadenassées

Notre récent voyage aux États-Unis fut un grand choc. Nous avons mangé comme des rois, de la nourriture bio et végétarienne, qui termine dans les poubelles des grands supermarchés. Des tonnes et des tonnes de nourriture qui se perdent chaque jour, parfois sous le nez des pauvres de ce pays. La plupart des gérants ferment les poubelles avec des cadenas.
Lorsque nous trouverons un terrain, nous voulons pouvoir semer nos propres graines et produire notre propre nourriture, pour ne plus dépendre des restes du système. Mais d’ici là, voyant toute cette nourriture gâchée, nous nous faisons presque un devoir de la recycler. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO), plus d’un milliard d’être humains souffrent de malnutrition et plus d’un milliard souffrent d’obésité. Nous produisons dans le monde suffisamment de nourriture pour 12 milliards d’êtres humains, estime la FAO. Mais plus d’un tiers de la nourriture produite termine à la poubelle. Un taux de gaspillage qui s’élève à 50 % dans certains pays comme les États-Unis !

Une injustice liée à l’idée de l’abondance, véhiculée par le système capitaliste : des supermarchés pleins de nourriture, de tout à chaque instant, des produits qui périment trop vite, qui viennent de trop loin. Très peu de restaurants, de boulangeries ou de supermarchés ne jettent pas de nourriture. Beaucoup nous critiquent en disant que nous profitons du système, que manger les restes, ce n’est pas l’auto-suffisance. Ils ont raison : nous ne prétendons pas vivre en dehors du système. Au contraire, nous voulons y rester pour participer au changement.
Benjamin Lesage

lundi 9 avril 2012

mercredi 25 janvier 2012

Plus de 240 000 tonnes de nourriture finissent à la poubelle chaque jour en Europe


Près 50 % d'aliments sains sont gaspillés chaque année dans l'UE, par les ménages, les supermarchés, les restaurants et la chaîne alimentaire, alors que 79 millions de citoyens vivent au-dessous du seuil de pauvreté et que 16 millions dépendent de l'aide alimentaire d'œuvres de charité. Dans une résolution adoptée jeudi 19 janvier 2012, le Parlement demande des mesures urgentes en vue de réduire de moitié les gaspillages alimentaires d'ici 2025 et d'améliorer l'accès aux aliments pour les personnes démunies.
Face au gaspillage alimentaire à tous les stades – producteurs, transformateurs, détaillants, services de restauration et consommateurs – les députés européens demandent de mettre en place une stratégie coordonnée, associant des mesures européennes et nationales, afin d'améliorer l'efficacité de la chaîne alimentaire et des circuits de consommation, secteur par secteur, et de s'attaquer d'urgence à ce problème. Si rien n'est fait, le gaspillage alimentaire augmentera de 40 % d'ici 2020, indique une étude publiée par la Commission.
"La question la plus importante à l'avenir sera de répondre à la demande croissante de produits alimentaires, étant donné qu'elle sera supérieure à l'offre. Nous ne pouvons nous permettre plus longtemps de rester dans l'inaction, alors que des aliments sains et comestibles sont jetés à la poubelle. Il s'agit d'un problème éthique, mais également économique et social, avec d'énormes implications sur l'environnement", a déclaré le rapporteur Salvatore Caronna (S&D, IT) avant le vote. "La balle est maintenant dans le camp de la Commission. Nous attendons une stratégie européenne convaincante qui proposera une ligne de conduite permettant aux 27 États membres de s'attaquer au problème de manière systématique" a-t-il ajouté.

Le gaspillage alimentaire en chiffres

Dans le monde, le tiers des aliments produits chaque année pour la consommation humaine, soit environ 1,3 milliard de tonnes, est perdu ou gaspillé, selon un rapport préparé par la FAO.
Dans l'UE27 (Union Européenne des 27) en 2006, le gaspillage alimentaire représentait 89 millions de tonnes par an ou encore plus de 243 000 tonnes par jour. Cela signifie qu'en moyenne, un européen gâche près de 500 grammes de nourriture par jour.
En l'absence de mesures, le gaspillage alimentaire pourrait atteindre 126 millions de tonnes par an en 2020, une hausse de 40 %.

Origine du gaspillage

  • ménages: 42 % (ici, le gaspillage peut être évité à 60%)
  • industrie agroalimentaire: 39 %
  • détaillants: 5 %
  • secteur de la restauration: 14 %
Une nouvelle fois, le consommateur a une importante responsabilité et donc un pouvoir considérable dans ce gâchis inacceptable.

Le gâchis alimentaire en France

Yaourts, viande, plats préparés.. En un an, chaque Français jette en moyenne 7 kg de produits encore emballés, non entamés! Un chiffre étonnant et écoeurant qui ne tient pas compte, par exemple, du pain rassis, des fruits et légumes avariés et des restes cuisinés qui finissent bien souvent aux ordures.

Mieux éduquer pour moins gaspiller

Pour parvenir à une réduction drastique des gaspillages alimentaires d'ici 2025, de nouvelles campagnes de sensibilisation doivent être encouragées aux niveaux européen et national, indique la résolution. Les députés proposent que des cours d'éducation alimentaire soient créés, en particulier dans les écoles, afin de donner des conseils pratiques sur la conservation des denrées alimentaires, leur préparation et leur élimination. Ils proposent également d'échanger les meilleures pratiques. Pour encourager la durabilité dans le secteur alimentaire, les députés demandent de déclarer l'année 2014 "Année européenne contre le gaspillage alimentaire".
Le gâchis alimentaire s'intègre dans le cadre plus général de notre société de surconsommation où l'on achète sans vraiment réfléchir. Pourtant, l'acte d'achat n'est jamais anodin et entretient trop souvent un système qui met gravement en péril notre support de vie. En effet, le consommateur succombe trop souvent aux sirènes du marketing agroalimentaire. Ainsi, nous achetons des produits alimentaires qui nous sont inutiles et coûteux, pire, ce sont souvent ces mêmes produits qui sont préjudiciables à notre santé.
D'une manière générale, il faut éviter d'avoir "les yeux plus gros que le ventre" : les promotions, les prix spéciaux sur les lots, les coupons de réduction, les gagdets "donnés" avec les produits alimentaires ne devraient pas être les principaux critères de choix ! A vouloir faire une bonne affaire ou se faire plaisir, on entasse des produits qui se périment et peuvent contribuer à déséquilibrer notre régime alimentaire. Plus censés, l'achat en vrac (qui tend à se démocratiser), et l'achat réfléchi ("en ai-je vraiment besoin ?") demeurent de bons moyens, simples, de faire des économies, de générer moins de déchets et d'ajuster au mieux la quantité de nourriture dont nous avons vraiment besoin tout en contribuant à préserver notre santé.
Des gestes éco-citoyens sur l'alimentation vous sont proposés sur notre dossier dédié.

Étiquetage et emballage adéquat

Pour éviter que les denrées alimentaires ne soient proposées à la vente dans un délai trop proche de la date de péremption, ce qui augmente le risque de gaspillage, une double date de péremption pourrait être introduite pour indiquer la date limite de vente (date de commercialisation) et la date limite de consommation (date de consommation), précise la résolution.
Tout en ajoutant que la Commission et les États membres doivent néanmoins s'assurer au préalable que les clients comprennent la différence entre les étiquettes utilisées actuellement dans l'UE telles que "à consommer de préférence avant le ..." (lié à la qualité) et "à consommer jusqu'au..." (lié à la sécurité).
Pour permettre aux consommateurs d'acheter la quantité qu'ils souhaitent, les producteurs doivent proposer plusieurs dimensions d'emballages alimentaires et prévoir une meilleure conservation. Les produits proches de la date de péremption ou endommagés doivent être vendus au rabais, de manière à les rendre plus accessibles aux personnes démunies, affirment les députés.

Les institutions publiques doivent privilégier les services de restauration responsables

Les règles de passation des marchés publics pour les services de restauration et d'hôtellerie doivent être revues pour s'assurer, dans la mesure du possible, que les contrats soient passés avec des services de restauration qui utilisent les produits locaux et qui redistribuent gratuitement les invendus aux personnes démunies ou aux banques alimentaires.
Les députés demandent un meilleur ciblage des programmes de soutien européens, notamment en faveur de la distribution de denrées alimentaires aux personnes les plus défavorisées ou de la consommation de fruits et de lait à l'école, afin d'éviter le gaspillage alimentaire.
Les députés se sont également félicités des initiatives de certains États membres pour récupérer les aliments invendus et distribuer ceux-ci aux personnes démunies et ont demandé aux distributeurs de participer à ces programmes.

Source

Il est urgent de réduire de moitié le gaspillage alimentaire dans l'UE - Parlement européen
Source:
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_3230_gaspillage_alimentaire_Europe.php

vendredi 13 janvier 2012

Jusqu’où peut aller la sécurité nationale?

COMMUNIQUE DE PRESSE
Tours, le 12 Janvier 2012

L’Union européenne les invite en Espagne, la police les séquestre trois jours et les renvoie au Kenya.
Jusqu’où peut aller la sécurité nationale?

 

Deux producteurs kenyans, Ambrose Kakuko et Grace Kapserum, ont été arrêtés vendredi 16 décembre à l’aube à l’aéroport Charles de Gaulle de Paris par la police aux frontières puis détenus dans un centre pour immigrés jusqu’au dimanche 18 dans l’après-midi et finalement renvoyés dans leur pays. Les deux membres de la Sentinelle Slow Food du yaourt des Pokot à la cendreétaient en correspondance à Paris entre Nairobi, au Kenya, et Bilbao, en Espagne. Ils étaient en possession de passeports, de visas en règle et de documents qui attestaient qu’ils avaient été invités par la Ville de Bilbao et par Slow Food International et que les dépenses relatives à leur voyage et à leur séjour étaient entièrement prises en compte.
MM. Kakuko et Kapserum auraient dû prendre part à AlGusto, une manifestation gastronomique qui représentait l’un des quatre événements prévus dans le cadre du projet 4Cities4Dev, financé par l’Union européenne. La Ville de Bilbao est en effet l’un des partenaires du projet aux côtés de la Ville de Turin en qualité de partenaire principal, de Slow Food ainsi que des villes de Tours (France) et Riga (Lettonie).
Les quatre villes, en adoptant les communautés de la nourriture d’Afrique transsaharienne par le biais d’organismes consacrés à la coopération, sensibilisent les citoyens européens sur la consommation responsable et sur les conséquences de leur comportement alimentaire.
« Il est honteux que deux personnes engagées activement dans leur pays, qui jouent un rôle direct de sauvegarde de la biodiversité et des traditions alimentaires locales, soient arbitrairement arrêtées et, de fait, séquestrées. Grace Kapserum quittait son pays pour la première fois de sa vie, et tous deux étaient enthousiastes à l’idée de participer à une manifestation consacrée au partage d’expériences et à l’échange de cultures. Au lieu de ça, ils ont été brutalement confrontés à la fermeture d’esprit, à l’intolérance et aux préjugés. » a déclaré Carlo Petrini, président international de Slow Food.
« Il est également paradoxal que l’Union européenne voie réduits à néant des efforts et des ressources destinés à renforcer la coopération internationale à cause de l’attitude intransigeante de fonctionnaires, dont le zèle dans l’application des lois risque de s’apparenter à une véritable discrimination raciale. »
POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA SENTINELLE SLOW FOOD DU YAOURT DES POKOT A LA CENDRE ET SOUTENIR LE PROJET, VOUS POUVEZ:

DECOUVRIR LA SENTINELLE
VISIONNER UNE VIDEO DEDIEE A CE PROJET

Contact presse: 
Lucia Penazzi, 
lucia@slowfood.fr

dimanche 25 décembre 2011

Victoire pour les paysans chinois insurgés de Wukan



Manifestation paysanne à Wukan (Via Weibo)

Après dix jours de siège et de révolte, les villageois de Wukan, un vilage de la province du Guangdong (Sud), sont parvenus à un accord avec les autorités et démontent, pour l'instant, leurs barricades. Un compromis après l'une des révoltes paysannes les plus spectaculaires que la Chine ait connues récemment.
A Wukan, les barricades n'encombrent donc plus les routes. Mercredi, les villageois et le vice-secrétaire du PCC du Guangdong sont parvenus à un accord. « Un début de victoire » a déclaré prudemment Lin Zuluan, représentant des habitants de Wukan.
Ce village du Guangdong, en rébellion ouverte contre le gouvernement local, tenait depuis dix jours un véritable siège. A l'origine de cette sédition, une colère soutenue contre l'expropriation des terres, sujet de discorde récurrent en Chine.

Gouvernements locaux et promoteurs immobiliers

« Le problème prend sa source dans la gestion de la fiscalité locale des provinces chinoises, et un souci de répartition du budget » estime Jean-François Huchet, ex-directeur du Centre d'étude français sur la Chine contemporaine à Hong Kong, et enseignant à l'INALCO.
« La réforme fiscale de la fin des années 90 a certes décentralisé des fonds vers les régions. Mais la question du budget des circonscriptions internes aux provinces n'a jamais été réglée. »
Manquant de ressources, les gouvernement locaux tirent aujourd'hui l'essentiel de leurs revenus de la vente de terrains à des promoteurs immobiliers. Ceux-ci obtiennent à bas prix l'emplacement de futures usines ou complexes hôteliers, le gouvernement local renfloue son budget et certains fonctionnaires amassent les pots de vin.
Seuls oubliés de la transaction, les paysans qui perdent leur outil de travail. Or la compensation reçue en échange n'est jamais importante.
A Wukan, la vente de 275 hectares aurait ainsi rapporté 700 millions de yuans aux autorités (environ 85 millions d'euros), selon le magazine chinois Caixin. La somme reçue par chaque paysan ne dépasserait pas en revanche les 550 yuans (66€).
Les habitants du village du Guangdong ont protesté tout l'automne contre ce qu'ils considèrent comme une exaction de fonctionnaires corrompus. Ces manifestations réprimées avec violence se sont soldées par l'arrestation des organisateurs.
Un scénario classique en Chine mais qui prend à Wukan un tour inattendu suite à la mort en détention du manifestant Xue Jinbo.
Dimanche 11 décembre, des manifestants expulsent les dirigeants locaux et barricadent les routes tandis que les forces de police encerclent le village. C'est le début d'un siège qui durera dix jours et durant lequel les villageois multiplient les rassemblements, tout en renforçant leurs revendications.


Le siège déserté du parti communiste à Wukan (Malcolm Moore/Twitter)

« J'ai 31 ans mais je n'ai jamais pu voter »

Si la question des terres reste primordiale, les habitants de Wukan remettent désormais en cause la légitimité même de leurs dirigeants.
« J'ai 31 ans, mais je n'ai jamais pu voter » déclare un villageois au journaliste de McClatchy.
Il n'est pas le seul. Wukan n'a pas connu d'élection depuis 40 ans, le Secrétaire du PCC local ne désirant pas céder sa place. Une situation « anormale » à laquelle les assiégés remédient en organisant eux-même l'élection qu'ils réclament.
Pour Jean-François Huchet :
« Pour la première fois, des villageois ont pris leur destin en main et élu leurs représentants, en dehors de tout cadre officiel. C'est cela qui fait toute l'originalité des évènements de Wukan.
Le processus a échappé au Parti. »

Ne pas faire de martyrs

Assiégé mais pas isolé, le village a accueilli plusieurs journalistes étrangers passés au travers des barrages policiers.
La presse occidentale a suivi attentivement le cours des évènements et sur Weibo, le twitter chinois, les internautes contournaient la censure pour faire circuler photos et commentaires.
Le week-end dernier, la police de Canton a interrompu une manifestation de soutien aux villageois, tandis qu'un rassemblement similaire se tenait à Hong Kong.
Quand les villageois annoncent qu'ils marcheront sur le centre administratif de Lufeng si les autorités ne cèdent pas à leurs revendications, il semble être temps de réagir.
Cette manifestation qui confronterait le cortège aux forces de police toujours massées autour du village pouvait dégénérer. Et en cette période sensible, faire des habitants de Wukan des martyrs ne semble pas une option. Il fallait désamorcer le conflit.
Plus de marche, plus de barricades. Lors de la rencontre de mercredi matin, le vice-secrétaire du Parti communiste de la province du Guangdong, Zhu Mingguo, a promis la libération des trois organisateurs des manifestations de l'automne, le retour du corps de Xue Jinbo dans sa famille, ainsi qu'une enquête approfondie sur les circonstances de sa mort.
Par ailleurs, les représentants des villageois ne devraient pas être poursuivis pour « incitation à la révolte ».
Le vice-secrétaire a repris la route. Dans la ville de Haimen, à 120 km de là,des manifestations contre une centrale thermique ont dégénéré et le gouvernement du Guangdong a d'autres préoccupations.
Mais la hache de guerre est-elle réellement enterrée à Wukan ? D'après le Daily Telegraph, les villageois sont divisés.
Si certains accueillent avec soulagement la fin des hostilités, d'autres restent méfiants. Malgré la promesse qu'une enquête sera menée au sujet des expropriations, aucune garantie de restitution n'a été donnée.
Quant aux représentants élus durant le siège, leur porte-parole Lin Zuluan est formel. Tant que la question des terres n'est pas résolue et de nouvelles élections organisées, ils resteront en place.

lundi 19 décembre 2011

Monsanto : retour sur trois décennies de polémiques

Pour la première fois en France, un particulier a assigné en justice le géant agrochimique américain Monsanto. Il s'agit de la dernière affaire en date impliquant la firme américaine, qui défraie la chronique depuis trente ans.
Par Gaëlle LE ROUX


Après le PCB, l’agent orange et les OGM, c’est désormais avec le Lasso que Monsanto défraie la chronique. Depuis le 12 décembre, le géant mondial de l’industrie phytosanitaire américain est poursuivi par un agriculteur français, Jacques Maret, pour une intoxication aiguë qu’il impute à ce désherbant, aujourd’hui interdit dans l'Hexagone. L'agriculteur, qui a souffert de graves troubles neurologiques après avoir inhalé des vapeurs du produit par accident, accuse la firme d’empoisonnement.
Une nouvelle affaire qui n’est que la dernière d’une longue série de scandales rattachés au nom de Monsanto. Ses produits traînent en effet une réputation sulfureuse depuis plusieurs décennies, comme le démontre "Le Monde selon Monsanto", un enquête menée par la journaliste indépendante Marie-Monique Robin en 2008 et qui dresse un portrait au vitriol de la compagnie. Selon elle, Monsanto est coutumière des dissimulations de données, des falsifications de tests cliniques ou des rétentions d’informations relatives à des pollutions ou des empoisonnements aigus que ses produits auraient provoqués.

L’agent orange : un redoutable poison

LA PUISSANCE DU LOBBY MONSANTO : L’EXEMPLE DE LA MISE SUR LE MARCHÉ DES OGM
Lors de la mise sur le marché de semences OGM à la fin des années 1990, plusieurs voix au sein de la FDA - l’agence sanitaire américaine - ont souhaité que des études de dangerosité plus poussées soient menées. Elles n’ont pas été écoutées. Dans son documentaire, Marie-Monique Robin interroge Dan Glickman, ministre américain de l’Agriculture entre 1995 et 2000, sous Bill Clinton. "On aurait dû faire davantage de tests, mais les firmes ne voulaient pas, avoue-t-il. J’ai subi trop de pressions."
Également interrogé par la journaliste, Jeremy Rifkin, président de la Fondation pour les tendances économiques et auteur, à la fin des années 1970, d’un livre sur les dangers des manipulations génétiques, assure n’avoir "jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités que Monsanto avec ses OGM".
La première affaire impliquant l’entreprise remonte à 1978. Cette année-là, c’est son tristement célèbre "agent orange", un défoliant utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, qui fait la Une des journaux. Plusieurs milliers de vétérans du conflit portent plainte contre Monsanto et six autres entreprises agrochimiques pour empoisonnement. Tous sont atteints de maladies graves - cancers, maladies de la peau, défaillances du système immunitaire…- imputées à la dioxine, composé chimique hautement toxique et présent en masse dans le défoliant. "Les dirigeants de Monsanto savaient que l’agent orange était contaminé à la dioxine, mais ils n’ont rien dit et ont même réalisé de fausses études scientifiques pour montrer qu’il n’y avait aucun lien avec le cancer", affirme Marie-Monique Robin dans une interview diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte - après avoir soumis des études sponsorisées par Monsanto à des chercheurs indépendants. En 1984, Monsanto et six autres firmes agrochimiques ont fini par verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destinés aux soldats américains.
En 2004, une association vietnamienne a, à son tour, porté plainte contre les fabricants de l'agent orange. Mais elle a été classée sans suite. Au Vietnam, selon la Croix-Rouge, environ un million de personnes souffrent des conséquences d’intoxications aiguës à la dioxine : malformations congénitales, cancers, problèmes neurologiques, lésions nerveuses...

Pollution massive au PCB
Simultanément, une autre affaire vient entacher la réputation de la firme agrochimique. Cette fois, c'est le PCB, plus connu sous le nom de Pyralène en France ou d’Aroclor aux Etats-Unis, qui est au cœur de ce nouveau scandale. En 2002, Monsanto est reconnue coupable par la justice américaine d’avoir "pollué le territoire d’Anniston [une ville d’Alabama où la firme a fabriqué du PCB pendant près de cinquante ans] et le sang de sa population avec les PCB". Elle est condamnée à verser 700 millions d’euros de dommages et intérêts à ses habitants. L’enquête révèle en outre que Monsanto a agi en toute connaissance de cause, puisqu’elle met en lumière que la firme connaissait la dangerosité du PCB depuis…1937.
Pendant près de cinquante ans, Monsanto a donc déversé des eaux contaminées au PCB dans la rivière traversant la ville d’Anniston, sans tenir compte de la pollution massive de l’eau et des sols - désastreuse pour l’homme et l’environnement - que cela engendrait.

Intimidation et falsification d’études
Et plus le temps passe, plus les polémiques autour de Monsanto - que France 24 a cherché à contacter à plusieurs reprises, sans succès - se multiplient. Après l’hormone de croissance bovine - une substance inoculée aux vaches pour qu’elles produisent davantage de lait - dans les années 1990 , c’est le Roundup, désherbant le plus vendu au monde, qui a été pointé du doigt.
Comme la justice américaine onze ans plus tôt, la justice française a ainsi condamné Monsanto pour publicité mensongère en 2007, estimant que, dans son spot ventant les mérites du Roundup, la firme présentait à tort son désherbant comme biodégradable et sans danger pour l’homme... En 2009 ensuite, une plainte a été déposée devant le Conseil d’État français contre 3 des 37 formules du produit commercialisées dans l’Hexagone. "La molécule glyphosate, qui entre dans la composition du Roundup, a été testée lors de la création du produit en 1974. Mais, depuis, la formule du désherbant a été modifiée par petites touches, sans jamais faire l’objet de nouvelles études d’impact. Du coup, on ne connaît pas l’effet des interactions entre les composants qui ont été progressivement ajoutés et le glyphosate", explique Jacques Maret, auteur de la plainte et "paysan bio" installé en Charente (Centre ouest de la France).

Les nouveaux ennuis de Monsanto
Aujourd’hui, c’est avec l’arrivée sur le marché de ses semences transgéniques que la multinationale s’attire les foudres de plusieurs syndicats agricoles et associations écologistes. Selon eux, les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui sortent des laboratoires de Monsanto auraient contaminé le patrimoine génétique de plants non modifiés artificiellement, du fait d’études d’impact bâclées. Pour les anti-OGM, l’innocuité de ces semences pour l’homme n’est pas prouvée. Des accusations que la firme américaine réfute sur son site, justifiant son recours aux biotechnologies en expliquant qu’il s’agit d’aider "les agriculteurs du monde entier à produire plus en préservant plus", dans un contexte de raréfaction des terres arables.
Pour autant, la polémique autour des OGM, comme le procès contre le Lasso intenté par le paysan charentais en début de semaine, ne devrait pas entamer la puissance financière et le quasi-monopole de Monsanto. En avril 2011, en effet, le géant américain a prévu un bénéfice net d'1 milliard de dollars (700 millions d'euros) pour l'exercice en cours.
Quant à sa position de leader sur le marché des semences, elle n’est pas remise en cause. Au sein de l’association France Nature Environnement, l’optimisme n’est pas de mise : "Aujourd’hui, on peut encore se passer de Monsanto, assure Lionel Vilain, conseiller technique de l’association. Mais la firme règne avec un quasi-monopole sur le marché des semences transgéniques et conventionnelles. Elle partage le marché avec seulement quatre autres multinationales aux pratiques sûrement similaires aux siennes. La question est de savoir si, demain, on pourra faire sans ces multinationales."

http://www.france24.com/fr/20111216-agriculture-monsanto-proces-affaires-polemiques-scandales-roundup-agrochimie-pcb-agent-orange 
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