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vendredi 6 avril 2012

Algérie: 50 ans après…la pomme de terre à 100 DA


Le prix de la pomme de terre qui a atteint, voire franchi, la barre des 100 DA/kg ces derniers jours suscite toute une série de questionnements.
Coïncidant avec le 50ème anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale (la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962), cette énième flambée spontanée d’un produit aussi largement consommé et suffisamment produit au niveau local (le seul produit agricole de large consommation dont l’Algérie assure une autosuffisance depuis 5 ans) nous amène inévitablement à jeter un regard rétrospectif sur un demi siècle de politiques agricoles et programmes de développement avec tout ce que cela entraîne en ruptures et réformes.


Durant cinq décennies, divers modèles de développement, d’essence socialiste ou libérale, ont été appliqués à l’agriculture algérienne, de la révolution agraire jusqu’au renouveau agricole et rural.
Nous avons vu aussi l’effacement des dettes des agriculteurs, le Syrpalac, le crédit Rfig et autres subventions.
Mais les efforts consentis ne sont jamais parvenus à nous mettre à l’abri des vulnérabilités et de l’insécurité alimentaire.
Les importations en produits alimentaires augmentent au même rythme que les dépenses publiques consacrées aux soutiens au secteur agricole.
Plusieurs fois, nous nous interrogeons sur le mal de l’agriculture algérienne et les raisons de son déclin.



Le problème est identifié, les solutions aussi


Un de nos lecteurs vient de poster un commentaire en cette journée commémorative qui ne manque pas de pertinence et dont voici des extraits :
« Les problèmes de l’agriculture algérienne sont connus et les solutions sont également connues mais les décideurs préfèrent les importations à coup de milliards de dollars au détriment de la production nationale.


Tout est fait pour bloquer le développement de l’agriculture y compris la mise au frigo (chambres froides financées dans le cadre du PNDA de Said Barkat) pour aider les spéculateurs à stabiliser les prix par le haut. (…) Croyez-vous sincèrement que l’Algérie n’est pas en mesure de produire annuellement les 60 millions de quintaux supplémentaires de céréales que nous importons chaque année malgré l’existence des potentialités énormes (potentialités humaines, hydriques, édaphiques et climatiques) ?


Savez-vous aussi que l’Algérie dispose de milliers d’experts agronomes de très haut niveau formés dans le cadre de la révolution agraire durant les années 60 à 80 dans les instituts et universités algériennes et qui sont soit mis à la retraite d’office soit abandonnés à leur triste sort?


Connaissez-vous le système de nomination aux fonctions supérieures et de mise à l’écart actuellement en vigueur au ministère de l’agriculture?


Savez-vous que les données du ministère de l’agriculture ne sont pas fiables et que nous ne connaissons même pas la SAU réelle ni le cheptel ovin, bovin ou camelin de n’importe quelle wilaya?


Savez-vous que nous ne connaissons ni la nature des sols (inexistences de cartes pédologiques) ni les ressources hydriques réellement existantes (absence de cartes hydrogéologiques) des terres agricoles ?


Savez-vous que le problème du foncier agricole n’a pas été réglé depuis l’indépendance ?


Savez-vous pourquoi on n’investit pas l’équivalent d’une année d’importation de produits alimentaires dans la mise en valeur des terres affectées à la production céréalière et fourragère pour assurer la sécurité alimentaire (un concept qui a été abandonné depuis quelques années et remplacé par le renouveau agricole)?
La réponse à ces questions revient aux cadres du ministère de l’agriculture. A bon entendeur salut! »


source:

dimanche 25 décembre 2011

Tchad: Des paysans portent plainte contre la Banque mondiale


Des paysans de la zone pétrolifère de Doba, au Tchad, portent plainte contre la Banque mondiale - Le Groupe de recherches alternatives et de monitoring du projet pétrole/Tchad-Cameroun (Gramp/TC), au nom de 25 220 paysans appartenant à 25 villages de la zone pétrolifère de Doba, dans le Sud du Tchad, a déposé une plainte contre la Banque mondiale pour 'atteintes aux droits humains et à l’environnement', a appris lundi la PANA de source officielle à Paris.

Le Projet de l’oléoduc Tchad-Cameroun co-financé par la Société financière internationale (SFI) du Groupe de la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars américains et réalisé par le Consortium américano-malaisien a été mis en service en 2003.

Pour le Gramp/TC, soutenu par le CCFD-Terre Solidaire, la très large emprise foncière des installations pétrolières, ainsi que les impacts de la pollution sur l’agriculture et le bétail, privent une partie de la population des seuls moyens de subsistance dont elles disposent.

'De surcroît, la présence de forces de sécurité qui assurent la protection des sites comportent des restrictions à la libre circulation dans la zone, entre villages et familles, et une sorte de couvre-feu implicite est en vigueur entre 18 heures et 6 heures du matin', a indiqué le Gramp/TC.

Par ailleurs, les populations locales subiraient plusieurs autres types d’exactions : arrestations et amendes arbitraires, spoliations de biens, tortures et autres traitements humiliants et dégradants, alors que de nombreux cas d’atteintes à l’environnement ont été recensés.

'Ce projet pétrolier n’a pas bénéficié aux populations malgré les engagements pris lors de la signature du contrat entre les entreprises exploitantes et le gouvernement tchadien : ni nouvelles infrastructures éducatives et sanitaires, ni accès des populations à l’eau potable', ont affirmé les plaignants.

La plainte, selon le Gramp/TC, a été jugée recevable par le bureau du Compliance Advisor/Ombudsman(CAO), un mécanisme de résolution des différends mis en place par la SFI et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) du Groupe de la Banque mondiale.

Les plaignants attendent que la procédure devant le CAO débouche sur la réparation des dommages causés aux populations riveraines et que des solutions durables soient trouvées pour faire face aux impacts sociaux et environnementaux cumulatifs à moyen et long termes.


Pana 20/12/2011

mardi 6 décembre 2011

Des paysans locaux ouvrent une épicerie


Ouverte depuis début novembre, le Recantou, épicerie de vente directe de produits locaux, a été inaugurée en présence des élus de la mairie et de la région, soutiens du projet. Une trentaine de paysans producteurs vivant à moins de soixante kilomètres de Toulouse dans les campagnes du Tarn, de l'Ariège et de Haute-Garonne se sont associés pour vendre volailles, fromages, pains, miels et légumes « sans pesticides ni OGM, des produits fermiers de qualité », souligne Maryse Loubrie-Bouttard, trésorière de l'Après, l'association à l'origine du concept. Une aubaine pour les clients « qui ne paient pas forcément plus cher qu'ailleurs » mais aussi pour les producteurs qui y voient un moyen de vivre avec une petite production en se passant d'intermédiaires commerciaux. L'épicerie est la deuxième du genre en ville après Ferme Attitude, une boutique qui fête sa première année. Avec une moyenne de 200 clients par jour, cette échoppe de proximité vit de beaux jours.
Ouvert du mardi au samedi. 42, rue des Sept Troubadours. Toulouse

dimanche 4 décembre 2011

TOUS AU LARZAC !!!!!

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne?
Ohé! partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme! (...)

(Chant des partisans) 








http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/tous-au-larzac-le-jour-ou-les-causses-devinrent-terre-de-revolte_1607515_3476.html 

lundi 14 novembre 2011

Mamadou Cissokho, messager des paysans africains


par Pierre Jacquet, chef économiste de l'Agence française de développement

Quiconque a participé à des rencontres sur le développement rural en Afrique a probablement croisé Mamadou Cissokho, le charismatique fondateur et président d'honneur du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA), haut en couleur, éloquent et passionné.

Né en 1946 au Sénégal, M. Cissokho est d'abord instituteur dans un petit village du Mali, avant de revenir en 1974 à son exploitation familiale à Bamba Thialène et de s'engager dans le combat associatif puis syndical paysan.
L'une de ses forces est qu'il a su prendre d'importantes responsabilités puis passerla main, gage essentiel de pérennité organisationnelle. Peu de leaders ont ainsi la sagesse de dépersonnaliser leur combat !
"L'APPROPRIATION"
Deux messages de son discours revendicatif résonnent particulièrement dans le contexte actuel. Le premier est ce qu'il est convenu d'appeler "l'appropriation" : les pays en développement, estime-t-il, doivent choisir leurs propres trajectoires et politiques.
Les architectes de l'aide au développement ont pris conscience de cet impératif, qui figure dans les cinq principes de la déclaration de Paris de 2005 sur l'efficacité de l'aide. Mais cette prise de conscience ne s'est pour l'instant guère traduite par une compréhension suffisante de ses implications.
Dans son essai, Dieu n'est pas un paysan (édition Présence africaine, 2009), M. Cissokho y revient à plusieurs reprises. Il écrit par exemple : "Nous avons perdu des ressources essentielles : nos capacités de réflexion et d'analyse, parce que nos élites (...) ont, sans réfléchir, trouvé, en comparant les aspects visibles du développement, que nous étions "en retard". Mais en retard par rapport à quoi ? Ceci n'a jamais été discuté."
Qui, en effet, fixe la norme ? Cette observation rappelle que ce n'est ni aux bailleurs de fonds ni aux seules élites locales de fixer les objectifs du développement local, fût-ce en croyant bien faire : il faut se donner le temps et les moyens de la concertation nécessaire avec les principaux intéressés, et en accepter les résultats.
Le second message rappelle le rôle essentiel des politiques agricoles et invite àfonder le développement économique des pays pauvres sur l'agriculture et le monde rural, trop souvent négligés.
Quittant ses fonctions d'instituteur, M. Cissokho tirait même le constat que "l'école éloigne de la terre" en oubliant l'importance de l'agriculture. Le rapport de la Banque mondiale sur le développement en 2008, les crises alimentaires récentes et les priorités de la présidence française du G20 ont rétabli l'importance de la sécurité alimentaire et d'un développement agricole durable.
MUTATION
Mais la modernisation agricole ne se décrète pas ni ne se résume à l'acquisition de machines et de nouvelles méthodes financées par l'aide occidentale : ce sont les paysans dans leurs exploitations familiales qui la mettent en oeuvre.
M. Cissokho accompagne la mutation du paysan africain en agriculteur entrepreneur et en citoyen, dont l'influence locale, nationale et internationale grandit. C'est sur lui et sur les exploitations familiales qu'il faut s'appuyer.
Autrement dit, cessons d'agir "pour développer" les paysans, agissons avec eux.
Voilà l'agenda de développement agricole, exigeant et prometteur, qu'il a contribué à formuler et qui devrait fonder les politiques agricoles et alimentaires des prochaines décennies.

vendredi 11 novembre 2011

Pour notre droit à la souveraineté alimentaire Ni interdiction, ni royalties sur les semences de ferme

Pour notre droit à la souveraineté alimentaire
Ni interdiction, ni royalties sur les semences de ferme


Angers Samedi 19 novembre

Exigeons le retrait de la proposition de loi sur les obtentions végétales
rendez-vous à partir de 9h, place du Pilori

Une nouvelle proposition de loi sur le Certificat d'Obtention Végétale sera débattue à l’Assemblée Nationale le 24 Novembre.
 Le 8 Juillet dernier, l'ancienne majorité sénatoriale a déjà cédé aux pressions du lobby semencier en approuvant ce texte. Si les députés confirmaient ce vote, les paysans connaîtraient une régression sans précédent de leur droit le plus fondamental : celui de ressemer librement leur propre récolte et d'échanger leurs semences.
Le texte soumis aux députés vise à renforcer les droits de propriété de l'industrie semencière. Il veut forcer les paysans à acheter les semences protégées par ces droits de propriété en les empêchant d'utiliser celles qu'ils produisent eux-mêmes. Il propose, pour la majorité des espèces cultivées, d'interdire aux paysans d'utiliser une partie de leurs récoltes comme semences ou, pour quelques autres espèces comme le blé, de ne les y autoriser qu'en échange du paiement de royalties à l'industrie.
Le droit ancestral des paysan(ne)s de ressemer et d’échanger librement leurs semences de fermes fait partie des droits collectifs inaliénables. Il est à l'origine de toute la biodiversité cultivée. Il est le fondement de l'agriculture et le garant de la souveraineté alimentaire qui ne sera jamais assurée par des sociétés commerciales orientées vers la satisfaction des intérêts de leurs actionnaires.
Il est inacceptable que la loi, censée défendre l'intérêt général, renforce les droits privés de l'industrie semencière au détriment des droits collectifs des paysans. Il est inacceptable que la loi favorise la confiscation du vivant par cette industrie et la régression de la biodiversité.
Cette journée se situe dans le cadre plus général de la CAMPAGNE POUR UNE LOI DE RECONNAISSANCE POSITIVE DES DROITS DES AGRICULTEURS PAR LA LIBERATION DES SEMENCES PAYSANNES ET FERMIÈRES. Cette Campagne a pour objectif de promouvoir une loi globale, garantissant d'abord les droits fondamentaux et ancestraux des agriculteurs, des jardiniers et des artisans semenciers de conserver, de ressemer, d'échanger et de vendre leurs propres semences, et de les protéger de la biopiraterie et des contaminations génétiques.
Signez et faites signer la CYBERACTION surwww.semonslabiodiversite.com

APPEL DES INDIGNES de L’AGRICULTURE pour la souveraineté alimentaire

prochainement à PARIS Assemblée Nationale

première victoire de notre mobilisation : le débat a été reporté à une date encore non déterminée, nous la communiquerons dès que possible, voir 
www.semonslabiodiversite.com
Exigeons le retrait de la proposition de loi sur les obtentions
végétales
Après les financiers qui spéculent et s'enrichissent en torpillant le quotidien de notre vie,

Après les pétroliers qui convoitent le gaz de schiste au péril de nos ressources en eau potable,

Voici l'industrie des semences qui veut mettre les paysans, garants de notre nourriture, sous sa dépendance

Parce qu’interdire ou taxer les semences de ferme, c’est taxer le blé, la farine et notre pain !
Parce que le futur de notre alimentation ne pourra être assuré que par des paysans libres et indépendants !
Parce que les décisions d’aujourd’hui préparent la crise de demain :
Crise financière ; Crise alimentaire :
La même origine, les mêmes exploiteurs, les mêmes exploités !
Les indignés de l’agriculture refusent ce nouveau processus de dépossession et en appellent au sursaut citoyen pour interpeller les députés
Cette action se situe dans le cadre plus général de la CAMPAGNE POUR UNE LOI DE RECONNAISSANCE POSITIVE DES DROITS DES AGRICULTEURS PAR LA LIBERATION DES SEMENCES PAYSANNES ET FERMIÈRES. Cette Campagne a pour objectif de promouvoir une loi globale, garantissant d'abord les droits fondamentaux et ancestraux des agriculteurs, des jardiniers et des artisans semenciers de conserver, de ressemer, d'échanger et de vendre leurs propres semences, et de les protéger de la biopiraterie et des contaminations génétiques
Signez et faites signer la CYBERACTION sur www.semonslabiodiversite.com






http://www.confederationpaysanne.fr/index.php?rubrique_id=840

jeudi 20 octobre 2011

Manif pour le droit des paysans à ressemer et échanger leurs semences...

paysans_semences


Ce 20 octobre, des délégué·e·s de la Coordination européenne « Via Campesina » et d’Uniterre ont manifesté à Genève devant l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) qui fêtait son 50e anniversaire. Une centaine de manifestant·e·s, membres d’organisations paysannes et citoyen·ne·s engagés, se sont réunis en face de l’UPOV. Leur mot d’ordre était « Pour la reconnaissance immédiate du droit des paysan·ne·s de ressemer et d’échanger librement leurs semences, les protéger de la biopiraterie et des contaminations par des gènes brevetés. Non à la mainmise des multinationales semencières, au COV de 1991 et à toute forme de brevets sur les plantes, les parties de plantes, leurs gènes ou les procédés d’obtention ».
Des paysan·ne·s de France, Belgique, Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, Turquie, Angleterre et Norvège étaient présents. Des paysan·ne·s genevois complétaient la délégation représentant la diversité européenne unie face à l’UPOV.
L’UPOV : coupable d’opacité
 et de parti pris
Depuis 2010, la Coordination européenne Via Campesina et APBREBES (une coalition d’ONG – dont la « Déclaration de Berne » – souhaitant une sélection des plantes au bénéfice de la société) ont obtenu le statut d’observateur à l’UPOV; de haute lutte. Il n’en reste pas moins que l’UPOV déroule le tapis rouge aux grands groupes semenciers et que ce sont les seuls à avoir une réelle possibilité d’orienter les décisions. Le comité consultatif, par exemple, n’est pas ouvert aux observateurs et très peu de documents sont accessibles au public. Le site Internet sommaire en est une illustration frappante…
APBREBES demande avec vigueur que l’UPOV fasse sa mue et devienne plus transparente; les méthodes de travail actuelles sont d’un autre âge […] Pour preuve du malaise de l’UPOV face au manque de représentativité des paysans en son sein, nous avons assisté à un vent de panique de l’UPOV les jours précédant la manifestation: conférence de presse officielle déplacée du bâtiment de l’OMPI à celui de l’ONU, cafétérias fermées entre midi et quatorze heures et délégués priés de ne pas sortir du bâtiment pendant la manif de 11 h 30 à 14 h. Plusieurs fourgons de police parqués dans le quartier à la demande de l’institution. Bref, une mobilisation disproportionnée de l’UPOV qui démontre son manque de liens avec les réalités… et qu’elle a peut-être quelque chose à se reprocher.
Paysans expropriés
En effet, depuis la Convention de l’UPOV de 1991, les droits des paysans à ressemer et échanger leurs semences ont largement été réduits au profit des groupes semenciers. Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation a souligné dans un récent rapport les risques que ce type de réglementation fait courir aux systèmes informels d’échange de semences. Elle affaiblit la sécurité alimentaire et la biodiversité. Il a encouragé les Etats à développer leurs propres systèmes de protection des semences en tenant compte des droits des paysan-ne-s et des besoins spécifiques de chaque population.
« En ce qui concerne les semences, la situation est depuis longtemps intolérable pour les paysans, et cela risque d’empirer. Le problème soulevé ici touche en réalité l’ensemble des citoyens, puisque la question de l’accès, la libre reproduction et l’échange de semences par les paysans est le seul moyen d’éviter que les multinationales, par l’intermédiaire de l’UPOV, ne s’approprient et privatisent par les semences toute la chaîne alimentaire, et donc le vivant », a dit Rudi Berli d’Uniterre lors de la manif.

« Le droit des paysan·ne·s de ressemer et d’échanger leurs semences de ferme est pourtant indispensable à l’adaptation des cultures aux changements climatiques et à l’adaptation locale qui permet seule de diminuer l’usage des engrais et des pesticides chimiques. Il est le garant de la sécurité du stock semencier, et donc de la sécurité alimentaire. Par ailleurs, depuis de trop nombreuses années, les groupes semenciers se sont servis gratuitement dans nos champs, se comportant comme des biopirates. Et ce serait à nous de les indemniser avec des royalties ? C’est tout simplement inacceptable » a déclaré Guy Kastler de la Confédération paysanne française et délégué pour l’Europe à la commission biodiversité et semences de Via Campesina.
« Les paysans et paysannes ont toujours gardé une partie de leur récolte pour la ressemer et l’échanger entre eux. Que l’UPOV le veuille ou non, ils et elles vont continuer à le faire. Il en va de l’avenir de l’agriculture, de la paysannerie et des générations futures. Le droit de garder, semer, et échanger les semences est la base permettant la réalisation de la Souveraineté Alimentaire », a ajouté Josie Riffaud, du comité de la Coordination européenne Via Campesina.
Receleurs et arbre symbolique
Des sachets de semences « illégales » ont été distribués à un certain nombre de candidat·e·s aux élections fédérales. Elles sont illégales car aucune royalties n’est payée aux groupes semenciers. Un petit texte était imprimé sur le sachet : « Ces graines appartiennent à une variété paysanne. L’agriculteur qui les a récoltées devient cependant un contrefacteur s’il les sème sans payer de royalties à l’industrie semencière. Il est interdit d’échanger, de donner ou de vendre ces semences. Celui qui les conserve peut être poursuivi pour recel ». […] Pour les organisateurs du rassemblement, il était important qu’un témoin de cette action reste sur le terrain. Les paysan·ne·s genevois ont donc planté un porte-greffe de poirier sur la plate-bande devant l’institution pour symboliser le fait que les paysans y détiennent désormais le statut d’observateur. Il sera greffé avec un poirier à rissoles le 17 avril, journée internationale des luttes paysannes. La poire à rissole, bien connue des genevois·e·s représente également l’agrobiodiversité que nous souhaitons conserver. Cet arbre est maintenant sous la protection de la Ville de Genève, propriétaire de cette plate-bande.
Valentina Hemmeler Maïga
Uniterre
Article paru dans le numéro 197 du bimensuel solidaritéS

vendredi 16 septembre 2011

Appel pour Durban

Les paysans, les paysannes et les peuples indigènes disposent de milliers de solutions pour faire face au réchauffement climatique !

La Via Campesina appelle les mouvements sociaux et l’ensemble de la population à se mobiliser partout dans le monde
Le mouvement international paysan La Via Campesina et son organisation-membre sudafricaine Landless Peoples Movement (Mouvement des Paysans Sans-terre) se mobilisent pour la 17ème Conférence des Parties (COP 17) de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC) qui se tiendra à Durban en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011.
Des caravanes de paysans et paysannes africain(e)s, partiront du Mozambique, de la Tanzanie, du Zimbabwe et d'autres pays pour converger à Durban pour rejoindre d’autres agriculteurs et représentants de mouvements sociaux afin de réclamer la justice climatique.
Les femmes paysannes africaines membres de La Via Campesina, participeront à la 2ème Assemblée sud-africaine des femmes rurales, du 30 novembre au 2 décembre, à Durban (organisée conjointement notamment par La Via Campesina – Région Afrique 1, TCOE, Women on Farms Project, Lamosa, ESAFF, UNAC, Namibian National Farmers Union etc.).
La Via Campesina participera également à la Journée Mondiale d’Action qui aura lieu le 3 décembre, au cours de laquelle, en collaboration avec des centaines d’autres activistes, elle manifestera pour la justice climatique.
La Via Campesina ainsi que d’autres mouvements paysans et de producteurs en Afrique invitent également toutes organisations, alliés et activistes à participer à une Journée spéciale pour l’Agroécologie et la Souveraineté Alimentaire, le 5 décembre à Durban et à travers le monde (co-organisée par ESAFF régional, ESAFF Uganda, ESAFF Zimbabwe, ROPPA, TCOE, Surplus People Project, etc.)
Les négociations sur le climat ont été détournées de leur objectif pour devenir de simples négociations mercantiles
Lors de la conférence COP 16 à Cancun (Mexique), la majorité des gouvernements du monde - à l’exception notable de la Bolivie – se sont assis autour de la table non pas pour trouver une réponse efficace au changement climatique, mais plutôt pour parler gros sous avec les grandes sociétés multinationales qui font trafic de fausses solutions au changement climatique, proposant des fausses mesures comme le programme REDD et autres marchés du carbone, ou encore le développement d’agrocarburants et d’OGM. Ils ont transformé les négociations sur le climat en une immense place de marché où seuls le profit et la spéculation comptent.
De concert, nos différents gouvernements ont fait comme si de rien n’était, fermant les yeux sur l’urgence d’une situation qui condamne l’Afrique et l’Asie du Sud à être littéralement incinérées par l’augmentation des températures. Et, bien sûr, les premières victimes de ces changements climatiques seront les paysannes et les paysans de ces deux continents, puisque l’augmentation des températures crée un environnement encore plus défavorable aux récoltes, au bétail et à la survie des êtres humains. La majorité des gouvernements a choisi d’ignorer les Principes de Cochabamba qui posent pourtant un cadre clair pour élaborer des réponses au changement climatique et protéger notre Terre Mère.
Dans le système climatique actuel, les pays développés et les grandes entreprises polluantes, pourtant historiquement responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, se voient accorder toutes les dérogations et trucages de chiffres possibles afin de leur éviter d’avoir à réduire leurs émissions. Ainsi, le système des marchés d’émission-carbone et les mécanismes de compensation permettent aux pays industrialisés et aux entreprises de continuer à consommer des ressources et à polluer comme avant, tout en payant des petites sommes, sans commune mesure avec la réalité de leur impact sur le climat, dans le but d’aider les populations pauvres des pays en développement à réduire leurs émissions. En réalité ces entreprises font deux fois du profit : d’une part en continuant à polluer et d’autre part en vendant des fausses solutions aux États. Pendant ce temps là, des initiatives présentées comme étant une solution au problème climatique, comme le programme REDD, dépouillent les populations pauvres de la plupart de leurs différents droits en matière d’usage des ressources naturelles : ils ne peuvent plus accéder aux forêts communautaires. Au même moment, des grands groupes financiers apparaissent sur le marché foncier et y accaparent d’immenses territoires fertiles, dont ils expulsent les agriculteurs afin d’y pratiquer la monoculture ou pour spéculer sur les marchés des crédits d’émission carbone.
Nous connaissons les principales sources d’émissions qui altèrent le climat : elles sont générées par les multinationales agroalimentaires qui imposent une agriculture industrielle essentiellement tournée vers l’exportation et la production d’agrocarburants. Mais elles sont aussi le fruit d’un système de transports uniquement basé sur la voiture individuelle, au détriment des transports en communs. Enfin, elles sont causées par les activités industrielles polluantes et prédatrices de ressources pratiquées par les différentes entreprises multinationales. Si nous ne parvenons pas à imposer des engagements réels et contraignants qui forceront les pays développés à changer ce système, alors nous échouerons à prévenir l’incinération effective de nos terres agricoles et la destruction de notre capacité à nourrir le monde.
Les chiffres sont unanimes ; ce sont nous, les paysans et paysannes travaillant sur de petites exploitations qui produisons aujourd’hui la vaste majorité des aliments consommés sur la planète. Or aujourd’hui, nous, et la nourriture que nous produisons, sommes mis en danger par les changements climatiques et l’augmentation des températures. Les dates de semis deviennent imprévisibles tandis que les sécheresses, les ouragans et les moussons deviennent plus intenses.
A l’inverse – et encore une fois les chiffres sont unanimes – c’est nous qui détenons les clés des solutions les plus importantes, efficaces et scientifiquement prouvées face au changement climatique, à travers nos systèmes de production locale d’aliments selon des méthodes agroécologiques, produits par des paysannes et des paysans, selon les principes de la souveraineté alimentaire.
A lui seul, le système de transport d’aliments sur de longues distances, qui est à la base du système alimentaire mondial capitaliste, est responsable d’au moins 44% des émissions totales de gaz à effet de serre. Ces aliments pourraient facilement être cultivés localement. Mais l’agriculture détruit également le climat par l’usage excessif de ressources fossiles comme le pétrole et les intrants chimiques dérivés du pétrole. Le modèle de production est basé sur la monoculture et les pratiques industrielles, il engendre la déforestation et la destruction des écosystèmes en vue de la réalisation de plantations industrielles aboutissant à des “déserts verts”.
Nous pouvons réduire drastiquement voire même éliminer ces émissions en transformant le système alimentaire sur la base de la souveraineté alimentaire, c'est à dire en produisant localement pour une consommation de proximité un production durable variée basée sur les familles et les communautés paysannes.

L’agroécologie n’est pas à vendre !
Nous rejetons toutes les tentatives pour étendre le marché des émissions carbone et des mécanismes de compensation de type REDD aux systèmes de puits de carbone, même quand ces initiatives sont déguisées par la Banque Mondiale sous la forme de mesures de soutien aux petites exploitations agroécologiques ou bien à une “Agriculture respectueuse du climat”. Les raisons de ce refus sont les suivantes :
* Tout comme c’est le cas du REDD pour les forêts, le carbone de nos sols deviendra majoritairement la propriété d’entreprises polluantes du Nord. On nous demande tout simplement de vendre et de privatiser notre carbone.
* Le marché volontaire des puits de carbone ne sera rien d’autre qu’un nouvel espace pour la spéculation financière, ce qui veut dire que tant que les agriculteurs ne toucheront que quelques centimes, les spéculateurs amasseront des profits substantiels.
* Il s’agit simplement d’une nouvelle façon pour les pays et industries polluants de se soustraire à leurs véritables obligations en matière de réductions réelles d’émissions.
* C’est également un moyen pour déplacer l’attention portée aux émissions massives de carbone produites par l’agriculture industrielle et l’agrobusiness, surtout dans les pays du Nord, afin de transférer le fardeau de la réduction des émissions sur les épaules des paysans du Sud, alors que rien n’est fait pour réduire les émissions causées par l’agriculture industrielle.
* Si nous paysannes et paysans, signons un accord sur les puits de carbone, nous allons perdre notre autonomie et le contrôle sur nos systèmes agricoles. Ce seront des bureaucrates de l’autre côté de la terre, des gens qui ne connaissent rien à nos sols, à nos pluies, à nos pentes, à nos systèmes alimentaires locaux, à notre économie familiale, etc., qui décideront des méthodes agricoles que nous devrons utiliser ou ne pas utiliser.
* L’agroécologie procure une somme de bienfaits pour l’environnement et les moyens d’existence des paysans. Par contre, en réduisant la contribution des pratiques agroécologiques à la seule valeur du carbone séquestré, non seulement on dévalue les autres bénéfices de ces pratiques, mais on peut également créer des incitations perverses à altérer ces pratiques (et ouvrir la porte aux technologies telles que les OGM) dans l’unique but de maximiser le carbone plutôt que de valoriser les autres apports de l’agroécologie.
* Cette initiative est inséparable de la tendance néolibérale à vouloir convertir absolument tout (la terre, l’air, la biodiversité, la culture, les gènes, le carbone, etc.) en capital, lui attribuant une valeur monétaire qui permet ensuite de négocier ces éléments sur un marché spéculatif quelconque.
* Si la valeur actuelle - relativement faible - du carbone séquestré devait augmenter sur le marché spéculatif, cela pourrait générer une nouvelle course à l’accaparement des terre afin de s’emparer des crédits pour les puits de carbone, étant donné que la concentration des terres est un prérequis si l’on veut rendre rentables les crédits liés au puits de carbone.
Comment l’Agroécologie devrait être soutenue par les politiques publiques
* Soutenir les programmes de formation de paysan-à-paysan gérés par les organisations paysannes
* Soutenir les écoles de formation en agroécologie gérés par les organisations paysannes
* Mettre fin à toutes les subventions directes et indirectes à l’agriculture industrielle
* Bannir les OGM et tous les produits chimiques agricoles dangereux
* Fournir des crédits à la production aux agriculteurs qui produisent de manière agroécologique
* Réorienter les appels d’offres publics pour la fourniture d’aliments aux hôpitaux, écoles, etc., vers l’achat à un prix équitable d’aliments écologiques produits par des petits producteurs
* Soutenir les marchés de producteurs écologiques pour la vente directe aux consommateurs
* Transformer les cursus de formation agricoles afin de les concentrer sur l’agroécologie et la méthodologie du transfert de connaissances de paysan-à-paysan
* Créer des incitations en vue d’établir un prix de vente équitable pour les aliments locaux produits de manière écologique
* Etc.
Engagements de La Via Campesina
Alors que nous ne cessons d'exiger de nos gouvernements qu'ils prennent la question du changement climatique à bras-le-corps, nous nous engageons à bâtir l’agroécologie et la Souveraineté Alimentaire depuis la base. Nous nous engageons en faveur des mesures concrètes suivantes:
1. Nous allons continuer à renforcer le mouvement pour l’agroécologie à la base afin de nous adapter aux changements climatiques en cours.

2. Nous nous efforcerons de “garder le carbone dans le sol et dans les arbres” dans les territoires sous notre contrôle, en promouvant les pratiques agroforestières, la plantation d’arbres, la conservation de l’énergie, mais aussi en luttant contre l’accaparement des terres par les entreprises minières et les plantations industrielles.

3. Nous allons continuer à faire pression sur les gouvernements à tous les niveaux afin qu’ils adoptent la souveraineté alimentaire comme étant la solution au changement climatique.

4. Nous allons poursuivre la lutte contre l’inclusion de l’agriculture paysanne et de l’agroécologie dans les mécanismes des marchés du carbone.

5. Nous allons poursuivre notre lutte pour la réforme agraire afin que la terre soit redistribuée aux paysannes et aux paysans qui pratiquent une agriculture durable et contre toute usurpation de terres.

6. Nous allons construire un puissant mouvement qui fera entendre la voix des paysans et des paysannes et nous seront présents avec d’autres secteurs de la société civile à la conférence climatique COP-17 de Durban ainsi qu’à la Conférence de Rio +20 au Brésil. Nous y porterons le message comme quoi nous nous opposons aux fausses solutions proposées pour soi-disant lutter contre le changement climatique et nous exigerons l’adoption des Principes de Cochabamba. Nous mettrons en avant les bénéfices de l’agriculture paysanne durable et de la souveraineté alimentaire en tant que principales et réelles solutions pour lutter contre le changement climatique.
Non à l’accaparement des terres au nom du climat !
Notre carbone n’est pas à vendre !
L’agriculture paysanne n’est pas à vendre !
Les méthodes de production agroécologiques des petits paysans refroidissent la planète !
Globalisons la lutte ! Globalisons l’Espoir !


Source: http://www.confederationpaysanne.fr/index.php?rubrique_id=646

«LES SPÉCULATEURS N’ONT RIEN À FAIRE DE LA FAMINE»

NICOLAS DUNTZE. Ce responsable de la Confédération paysanne se penche sur la conférence internationale organisée lundi et mardi à Montpellier par le G20 sur la sécurité alimentaire.

La présidence française du G20 accueille aujourd’hui à Montpellier une conférence internationale sur la recherche agricole pour le développement pour promouvoir les partenariats scientifiques au service de la sécurité alimentaire dans le monde. Nicolas Duntze, Gardois membre de la Confédération paysanne, nous dit pourquoi il ne se fait guère d’illusion sur les conséquence de cette réunion à l’heure de la famine en Afrique.

Cette réunion du G20 à Montpellier, centrée sur la recherche, est-elle, selon vous, porteuse d’espoir ?

« La seule chose qui améliorerait la situation serait de créer un rapport de force afin que la nécessité d’une recherche participative soit prise en compte. Ce qui veut dire : tenir compte de l’avis des syndicats de paysans, des associations de consommateurs… Le lieu où les chercheurs se réunissent sous l’égide du G20 n’est pas non plus un hasard. Montpellier possède un grand nombre de laboratoires, une certaine notoriété dans la recherche agronomique et sociologique agricole et les lobbies semenciers et agro-industriels, toujours à la recherche de brevets, sont intéressés par les modifications génétiques autour du blé. On va donc essayer d’aller interpeller les participants pour leur dire qu’ils sont sous surveillance. Notre revendication c’est : « Arrêtez de chercher sous la bulle financière ».

Vous pensez que la recherche est sous la coupe de ces lobbies industriels ?

Ce sont eux qui financent le plus la recherche dans ces domaines, dans le but de revendre les semences et d’en faire des royalties. On va leur rappeler qu’il ne faut pas toucher aux savoir-faire ancestraux des paysans qui ont su nourrir la planète jusqu’ici.

Justement le thème du G20 en pleine famine dans la corne de l’Afrique est la sécurité alimentaire. Pourquoi y’a-t-il encore des millions de gens qui souffrent de la faim ?

Cela n’a rien à voir avec les savoirs ancestraux des paysans. Si l’on prend l’exemple français, après la guerre, il y a eu d’énormes difficultés à assumer la sécurité alimentaire de la population en terme d’approvisionnement. Cela a généré des politiques agricoles intensives et productivistes. Mais la marche en avant productiviste a continué ensuite. A la sortie de la guerre il y avait 3 millions de paysans en France, il n’y en a plus que 400 000 aujourd’hui. C’est la même politique au niveau international. La création des stocks, les primes à l’export… ont tué toutes les agricultures paysannes locales. Un produit subventionné par l’Europe arrive moins cher en Afrique que ce qu’il coûte au producteur local. Au prétexte de la sécurité alimentaire des pays riches, on a mis sous dépendance des millions de personnes, parce qu’on leur a enlevé la possibilité économique de produire.

Le productivisme est le principal responsable selon vous des famines actuelles ?

Elles interviennent deux ou trois ans après les émeutes de la faim dont la raison était la spéculation sur les matières premières. Les spéculateurs se moquent de savoir que des millions de personnes, dont la plupart sont issues du milieu paysan, crèvent de faim. C’est vrai qu’il y a la sécheresse, un climat social et politique délétère dans certains pays d’Afrique, mais il faut se poser la question d’à qui profite le crime. Sous la contrainte budgétaire du FMI et sous prétexte de régler leur dette, on a dit aux pays africains d’arrêter de produire du millet ou du maïs et de faire des fleurs ou des haricots qu’ils exportent. Ils ont ainsi abandonné les productions locales qui leur donnaient leur nourriture de base.

Mais que faire pour les aider ?

On se souvient des fameux sacs de riz de Kouchner. On ne sait pas toujours où va l’aide. On va donner son chariot ou dix euros qu’on aura économisés parce qu’on aura vu des images intolérables. Mais s’il faut évidemment envoyer des sacs de riz, il faut aussi poser les vrais problèmes pour changer la donne. Et il faut se poser la question de la responsabilité de nos pays gros consommateurs d’énergie dans les raisons climatiques de la crise.

A la confédération paysanne vous parlez de souveraineté alimentaire.

Oui et elle tarde à être inscrite dans le droit international. Parce que c’est un droit des peuples de décider des moyens de production et de l’accès à ces moyens de production. C’est un droit de ne pas être victime des échanges internationaux. La question se pose aussi dans la vieille Europe avec la disparition programmée de tous les petits paysans qu’ils soient français, polonais ou roumains parce qu’il faut faire la place à l’agriculture telle qu’elle se pratique à Almeria en Espagne ou dans les Pouilles en Italie, ou dans d’autres régions de France où l’on fait par exemple des élevages de porc de plus en plus grands.

Vous ne croyez pas non plus dans les chercheurs ?

Il y a énormément d’agronomes talentueux mais le problème principal c’est que le marché détermine le prix d’un produit au détriment de l’avis et de la vie des populations locales. Tous ces migrants qui arrivent dans le sud de l’Italie ou de l’Espagne viennent pour la plupart des milieux ruraux subsahariens. Souvent, des villages entiers ont dû s’endetter pour qu’ils puissent rejoindre le fameux eldorado que sont censés être nos pays.

Vous ne vous faites donc aucune illusion sur le G20 ?

Il est en capacité de dire qu’il faut qu’on améliore un peu les choses mais il y a toujours cette fuite en avant permanente qui nous a déjà amenés dans le mur et qui produira des explosions. A la confédération, nous pensons que ce n’est pas avec l’outil qui a détruit la planète et les acteurs de cette destruction qu’on va pouvoir reconstruire des agricultures capables de nourrir les populations de proximité. »

RECUEILLI PAR ANNIE MENRAS



Source:
http://www.lamarseillaise.fr/herault/les-speculateurs-n-ont-rien-a-faire-de-la-famine-24189.html