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mardi 15 mai 2012

A qui les terres en Afrique ?




C’est un phénomène qui existe depuis une petite dizaine d’années. Il s’amplifie considérablement aujourd’hui. Oui, l’acquisition de terres africaines par des pays étrangers devient une opération courante.
Que cela implique-t-il ? Bonne ou mauvaise nouvelle, pour un continent dont le secteur agricole reste le secteur dominateur ?
D’aucuns parlent d’exploitation à outrance. D’autres, carrément de néo-colonialisme. A l’inverse, certains y voient une formidable opportunité pour les pays africains de connaître une modernisation agricole. Quoiqu’il en soit, la question de l’acquisition des terres en Afrique, par des Etats, des entreprises, des fonds d’investissement étrangers, ne laisse personne indifférent.
En 2009, selon l’International Land Coalition, ce ne sont pas moins de 200 millions d’acres de terres vendues à travers le monde, dont 64% sur le continent africain.
Qui vend ? Qui achète ? Pourquoi ?
 Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, la Chine, Le Qatar, l’Inde, le Koweït et la Corée du Sud sont les pays les plus actifs dans cette nouvelle pratique. Par exemple, l’entreprise Sud Coréenne Daewoo a récemment acquis 1,3 million d’hectares à Madagascar. Madagascar justement, en compagnie duGhana, du Soudan, de l’Ethiopie, et du Mali, fait parti des 5 pays où ce nouveau genre de transactions a le plus souvent cours. A eux 5, ils représentent  2,5 millions d’hectares vendus.
Les intérêts des pays étrangers sont multiples. Lorsque ce sont les Etats qui investissent, c’est principalement pour répondre au souci d’insécurité alimentaire. L’explosion démographique de certains pays (Inde, Corée du Sud) rend la satisfaction totale des besoins alimentaires, difficile à atteindre. L’exiguïté d’autres pays (Qatar, Koweït) rend d’emblé, la production agricole insuffisante, voire quasi-nulle.
Ces acquisitions foncières peuvent également se faire pour la seule spéculation financière.
En réalité, selon la Banque Mondiale, 21% des achats de terres en Afrique, en 2009, ont été réalisés dans le but de produire des biocarburants. Oui, les biocarburants sont la principale raison des acquisitions massives des terres en Afrique. Ce qui fait dire, d’ailleurs, à certains spécialistes du sujet, que l’Afrique est devenue le Moyen-Orient des biocarburants.
Que gagnent les pays africains ?
Dans un premier temps, la vente de terres apporte un avantage financier aux autorités. Souvent, ces acquisitions se font également avec l’assurance qu’en contrepartie, des infrastructures seront construites.
Lorsque l’acquisition des terres s’effectue dans le l’idée d’une production agricole, alors, l’Afrique a potentiellement, beaucoup a y gagner. Tout d’abord : des emplois. Le faible coût de la main-d’œuvre locale, combiné à la connaissance de la terre, font de l’agriculteur autochtone un travailleur prisé par les entreprises étrangères, y compris les entreprises chinoises, pourtant habituées à l’utilisation de leur propre main-d’œuvre. Au-delà des emplois, l’avantage primordial reste le possible transfert de technologie. Un savoir-faire humain et technique, plus moderne et susceptibles d’améliorer la productivité agricole en Afrique. In fine, ce transfert de compétences humaines et techniques pourrait éventuellement entraîner un bouleversement dans les circuits de l’agro-business : Et si les pays africains pouvaient, grâce à cela, assurer eux-mêmes, la transformation de leurs produits agricoles ? Qu’en serait-il alors d’un pays comme la Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial de cacao ? Serait-il en mesure de produire, à terme, son propre chocolat ?
On en est loin. Mais cette perspective est alléchante.
Qu’en est-il réellement ?
 Récemment, les habitants de la vallée de la rivière Tana, au Kenya, se sont opposés aux pouvoirs publics après que ceux-ci aient accordé au Qatar l’exploitation de 40 000  hectares de terres cultivables. Le tout, en échange de la construction d’un port. Cet exemple, qui n’en est qu’un parmi bien d’autres, est révélateur de la manière avec laquelle les populations africaines accueillent ces nouvelles initiatives.
A l’automne 2008, le président malgache, M.Ravalomanana, est contraint à la démission suite à la protestation populaire liée à la vente de 1,3 millions d’hectares à Daewoo, citée plus haut.
S’il existe de telles oppositions, c’est parce qu’en réalité, l’acquisition de terres dessert considérablement les populations. Les terres vendues sont souvent exploitées, au préalable, par des paysans. A leur vente, si l’entreprise poursuit la production agricole, ou entame la production de biocarburants, elle est susceptible d’embaucher les anciens exploitants. Cela dit, bien souvent, les emplois créés sont nettement inférieurs au nombre initial des exploitants de la terre en question, avant acquisition. Lorsque la terre est acquisition en vue de la simple spéculation : aucun emploi n’est créé.
Quelque soit l’issue, l’achat des terres africaines entraine de nombreux mouvements de population, qui commence –seulement maintenant- à inquiéter l’ONU et autres organisations internationales. Ces déplacements des populations rurales vers les zones urbaines ne font que mettre plus en avant encore cette nouvelle pauvreté liée au chômage massif dans l’agriculture.
La vente de terre : une aberration ?
 Comment cela est-il possible ? A leur où les adeptes de Malthus fleurissent à nouveau pour nous expliquer que, compte tenu du nombre trop important d’individus sur la planète, la satisfaction alimentaire sera un enjeu crucial du XXIe siècle, voilà que l’Afrique vend ses terres. Par ailleurs, comme en Côte d’Ivoire, où l’agriculture représente 60% des exportations du pays, le secteur primaire, pour les Etats du continent africain, est primordial.
Que la Corée du Sud, la Chine ou le Qatar s’inquiètent de leur insécurité alimentaire paraît tout à fait normal. En revanche, que ce soit les pays africains, eux-mêmes en insécurité alimentaire, qui vendent leurs terres –pour si peu en échange- paraît totalement incongru.
On serait tenté de se ranger du côté de ceux qui crient au néo-colonialisme comme le fait l’ancien Directeur Général des Nation Unies pour l’alimentation et l’AgricultureM. Jacques Diouf, mais non. Non car les pouvoirs publics des pays concernés ne sont pas obligés de pratiquer cette politique destructrice qu’ils regretteront sur le long terme. Non car il n’y a pas de fatalité : l’Afrique peut connaître le développement technique, dans le domaine agricole, par d’autres moyens que celui de vendre ce qu’elle a de plus précieux : la terre.
Beaucoup d’économistes estimaient que les Etats africains n’étaient jamais vraiment sortis de la colonisation du fait des mécanismes financiers et économiques qui pèsent toujours sur eux : Franc CFA en Afrique de l’Ouest, entretient de la dette etc. On parlait alors de colonisation à distance. Cette nouvelle exploitation remet au goût du jour l’idée d’une « colonisation » physique, outrancière. La communauté internationale ne s’en émeut guère. Pas plus que l’Union Africaine.
Mais la Corne de l’Afrique ne vient-elle pas de connaître une terrible famine, en 2011 ?
Giovanni DJOSSOU

mardi 17 avril 2012

Crime environnemental : sur la piste de l’huile de palme

L’huile de palme est massivement importée en Europe. Elle sert à la composition d’aliments comme aux agrocarburants. Avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon, une nouvelle raffinerie devrait voir le jour à Port-la-nouvelle, dans l’Aude. A l’autre bout de la filière, en Afrique de l’Ouest, l’accaparement de terres par des multinationales et l’expropriation des populations bat son plein.Basta ! a remonté la piste du business de l’huile de palme jusqu’au Libéria. Enquête.


lire la suite:
http://www.bastamag.net/article2311.html 

lundi 9 avril 2012

vendredi 23 mars 2012

Témoignages : quand l’Europe pille les ressources marines d’Afrique



Pour les pêcheurs africains, vivre de la pêche est devenu de plus en plus difficile et incertain. Certains d’entre eux cherchent d’autres options pour faire vivre leurs familles… Voici l’histoire de ces pêcheurs, qui ont cherché une porte de sortie en se tournant vers l’Europe… Ces témoignages montrent combien la surpêche industrielle des flottes européennes sur les côtes africaines a des conséquences sociales très lourdes.


Les stocks de poissons diminuent, et les pêcheurs locaux qui choisissent de persevérer doivent donc aller plus loin des côtes et rester plus longtemps en mer, à bord de petites pirogues mal équipées. Ils risquent aussi des collisions parfois mortelles avec les bateaux industriels.

Les responsables politiques ont des œillères !

Aujourd’hui, un Conseil réunissant les ministres européens de la Pêche s’achève à Bruxelles. Les ministres ont notamment discuté des accords avec les pays tiers dans le cadre de la réforme de la Politique commune des pêches. Et ils ont continué à passer sous silence le principal problème : la flotte européenne est sur-dimensionnée et pille les mers des pays en développement.

Les ministres ont planché sur une proposition de la Commission européenne concernant la gestion des pêches hors des eaux communautaires, notamment dans les pays en développement. Ils ont oublié un point essentiel : la limitation des captures des navires européens dans les eaux des autres pays. Un tel accord autorise donc les navires européens à pêcher beaucoup plus que ce qui serait équitable pour les pêcheurs locaux et acceptable étant donné la raréfaction de la ressource.

Pourtant, il y a urgence : plutôt que de n’écouter que les intérêts de la flotte industrielle, il faut écouter les voix des pêcheurs d’Afrique de l’Ouest et soutenir une pêche plus sélective, plus locale et plus durable : la pêche artisanale ! 

Source:

vendredi 2 mars 2012

Quelle est la politique du directeur général de la FAO pour la Corne de l’Afrique ?



L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation est une des institutions du système des Nations Unies (FAO). La FAO joue un rôle important, même si son effectivité est relative dans un monde de plus en plus dominé par le néolibéralisme et la spéculation financière et où le rôle de l’Etat comme régulateur a disparu. Les maîtres du monde ne veulent pas de régulation ni de dirigeantes/dirigeants qui les contrôlent.
Depuis janvier dernier le nouveau directeur général de la FAO est José Graziano Da Silva, un Brésilien. Il a été élu le 26 de juin 2011 au deuxième tour par une courte marge face à un Européen, Miguel Angel Moratinos, ex ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du gouvernement de Jose Luis Rodriguez Zapatero (chef du gouvernement socialiste espagnol). Il a remplacé à Jacques Diouf, un fonctionnaire international du Sénégal, qui a passé 18 ans (soit 3 mandats) à la direction de cet organisme international. Il est le premier latinoaméricain à occuper ce poste.


Mais qui est réellement José Graziano Da Silva ? Son origine et son pays ne peuvent des points explicatifs sur les actions d’une/responsable. Cependant son parcours professionnel et sa conviction à résoudre des problèmes importants comme la sous-alimentation et la sécurité alimentaire sont des éléments importants à prendre en considération. Il est né el 17 novembre 1949 aux Etats-Unis de parents Brésiliens. Il est agronome de formation, et écrivain. Auteur de nombreux livres sur les problèmes de l’agriculture de son pays, le Brésil.


Docteur en Economie, il fut professeur d’Economie Agricole à l’université d’Etat de Campinas (Brésil) ; il a été le conseiller de la Fédération des Agriculteurs de l’Etat de San Paolo. Entre 2003 et 2004, il a occupé sous les gouvernements du président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministère de la Sécurité Alimentaire ; il fut principal responsable de la mise en place et de l’application du programme ambitieux de Lula Fome Zero, zéro faim en portugais. Alimenter des millions de Brésiliennes et Brésiliens a été un des chevaux de bataille de l’ex syndicaliste, Lula. Son programme a permit de sortir de la pauvreté à environ 30 millions de personnes les 8 ans des deux mandats présidentiels de Lula. En mars 2006, il fut le Représentant Régional et sous-directeur de la FOA pour l’Amérique latine. Dans les gouvernements de Lula Da Silva, il a occupé le ministère de Sécurité Alimentaire.


Quel est l’intérêt d’occuper le poste de Directeur Général ? L’intérêt peut être symbolique ou l’apport d’une expérience personnelle ou collective démontrée dans un contexte national et/ou régional. Mais étant un poste d’un organisme international, on peut ne pas négliger ou sous-estimer l’intérêt des Etats, principaux acteurs des relations internationales et contributeurs du budget de l’organisation internationale. Sa victoire est celle d’un dirigeant atypique, qui a marqué non seulement la vie politique brésilienne, mais aussi les relations internationales : Lula da Silva. Personne ne doute que le Brésil est une puissance émergente (membre du groupe BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud), qui a les moyens de sa politique internationale, qui participe et a une voix dans les négociations internationales par exemple sur le réchauffement climatique comme au Sommet de Copenhague au Danemark en 2009.


Comme puissance économique, le Brésil aspire donc à occuper des postes prestigieux. L’autre puissance émergente, deuxième économie du monde, la Chine a aussi une citoyenne à la tête d’une institution onusienne, Magareth Chain à Directrice général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).


Comme lectrices et lecteurs de la Nation mais aussi citoyennes et citoyens de la Corne de l’Afrique, nous devons nous poser la question suivante, qui me paraît très importante pour notre vie : qu’est-ce que la FAO dirigé par José Grazaniao da Silva va apporter comme solution aux problèmes récurrents en matière alimentaire et de sécurité alimentaire de cette région ? Son expérience dans son pays natal de la Faim Zéro est-elle transposable dans d’autres contextes socio-cultures, politiques et climatiques ? Durant l’été dernier, des images horribles d’enfants, des hommes et des femmes, des mères impuissantes face à la mort lente de leurs enfants ont fait le tour du monde. Il y a eu une mobilisation, qui a apporté un répit à la souffrance, mais non une solution définitive.


Pourquoi la Corne de l’Afrique est-elle si marquée par les sécheresses et les famines plus que d’autres régions africaines et du monde ? Pourquoi les gouvernements et les sociétés civiles réagissent toujours quand il y a une catastrophe ? Pourquoi les mécanismes de la lutte contre la sécheresse et la famine de l’IGAD ne fonctionnent pas bien ?


Dans l’action d’un responsable, les gestes, les symboles et les moments sont importants pour analyser non seulement la mise en place de son programme, mais aussi son accomplissement. Mais on ne peut encore tirer des conclusions du programme du Directeur Général de la FAO sur la Corne de l’Afrique. Lors de sa prise de fonction en janvier dernier à Rome il affirmait que l’Afrique serait sa priorité durant son mandat (jusqu’en 2015) et qu’il allait assister au dernier Sommet du Syndicat des Chefs d’Etat suivant l’expression du président Ougandais Yuweri Musevni à l’endroit de l’Union Africaine. Sa position et et son discours montrent au moins un certain intérêt de sa part à Corne de la mort et de « sang » en reprenant l’expression de l’écrivain Abdourhaman Wabéri. José Graziano da Silva vient d’effectuer une visite au village de Dollow de la région de Gedo en Somalie, afin d’évaluer par lui-même la situation et d’observer le travail accompli par la FAO et ses partenaires pour comme il dit « j’ai eu le privilège de rencontrer agriculteurs et éleveurs somaliens.


J’ai été témoin de l’impact de notre action sur leur existence. » Quelle est l’action de la FAO ? Il n’explique pas en quoi consiste l’action entreprise par l’organisation qu’il dirige. C’est une première position du principal responsable de la FAO sur les questions alimentaires dans cette maudite région. Il a le temps de disserter sa thèse sur la résolution de ces questions.


Les conséquences des famines, les sécheresses récurrentes et l’insécurité alimentaire de cette région ne sont pas seulement le fait de la très faible pluviométrie. Se limiter seulement aux facteurs climatiques c’est faire semblant d’ignorer d’autres facteurs plus mortels comme la vente des terres arables et l’inclusion de l’agriculture dans le commerce mondial ou mieux dans les spéculations mondiales. Dans les informations de la presse internationale sur la famine durant l’été, des chercheures/chercheurs universitaires évoquaient la vente des terres arables de la Somalie de la région du fleuve Shebelle à des entreprises étrangères. L’origine des crises alimentaires dans le monde depuis qu’on parle de changement climatique a changé. Si la pluviométrie est une cause principale, on ne peut négliger la politique de beaucoup de gouvernements africains comme au l’Ethiopie, le Madagascar, le Mali qui vendent des terres fertiles à des entreprises des pays comme la Corée du Sud, le Qatar, le Barhein… C’est enlever aux agricultrices et agriculteurs la liberté de cultiver, donc de nourrir des aliments (et non pas être dépendants de l’aide et de l’humiliation des donations étrangères) leurs terres natales.


Au contraire il faut les aider, les subventionner. Sans subventions on peut nourrir des milliers de personnes. Et les grands pays comme les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon (pour le riz) soutiennent leurs agricultures et leurs élevages. Ce n’est pas en vendant ces terres qu’on peut lutter les famines. Et il est du devoir de l’Etat de subvenir la première nécessité de ses populations. La liberté des mouvements financiers constitue le nouveau holocauste pour beaucoup de citoyennes et citoyens de certains pays du Sud.


Mohamed Abdillahi Bahdon
Sidwaya


Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article46501&rubrique21 

mercredi 25 janvier 2012

Agroalimentaire : les leaders à la conquête de l'Afrique

«Nous sommes très ambitieux en Afrique, où nous voulons renforcer nos positions dans toutes les catégories, et nous implanter partout où nous sommes encore absents», explique Franck Braeken, vice-président pour l'Afrique chez Unilever.


Ils avancent leurs pions sur le continent, en passe de devenir un vrai relais de croissance. Une stratégie qui suppose d'adapter les produits.

Dans les rues de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, 10.000 «mamans mapas», des mères de famille africaines, arpentent la ville avec leur cargaison de Vache Qui Rit. Puisque les habitants de Kinshasa sont de gros consommateurs de pain, Bel les a recrutées pour vendre ses fromages fondus… avec du pain offert par le groupe.


Comme Bel, les groupes agro alimentaires sont partis à la conquête de l'Afrique subsaharienne, prochain Eldorado des marques de grande consommation. «Tous essaient de reproduire le modèle mis en place en Asie, dont ils sont aujourd'hui de plus en plus dépendants comme relais de croissance», analyse Alain Penanguer, associé responsable de l'Afrique chez Deloitte. Croissance démographique, urbanisation, augmentation de la richesse par habitant et libéralisation politique et économique ont créé un pouvoir d'attraction. «L'émergence des classes moyennes rend l'Afrique incontournable», estime Frédéric Nalis, vice-président chez Bel de la zone «grande Afrique», qui «pourrait peser 15% du chiffre d'affaires du groupe d'ici 2015».


Depuis deux ans les organigrammes des groupes reflètent cette nouvelle réalité. Pernod Ricard a créé une zone couvrant l'Afrique subsaharienne, rattachée à la direction Europe du groupe. Chez Unilever, l'Afrique est devenue l'une des huit régions mondiales à égalité avec l'Europe et l'Asie. «Nous sommes très ambitieux en Afrique, où nous voulons renforcer nos positions dans toutes les catégories, et nous implanter partout où nous sommes encore absents», explique Franck Braeken, vice-président pour l'Afrique chez Unilever.


Tous accélèrent leurs investissements. Après 6 milliards de dollars entre 2000 et 2010, Coca-Cola investira deux fois plus entre 2010 et 2020 sur le continent. Entre 2010 et 2012, Nestlé a prévu une enveloppe d'un milliard de francs suisses pour augmenter ses capacités de production. Le géant suisse fait le pari de «doubler le chiffre d'affaires en Afrique d'ici 2020», confie Roger Stettler, patron de la région.

Peu de main-d'œuvre qualifiée

Pour séduire les consommateurs africains, les produits ont été adaptés. La Vache Qui Rit, vendue à l'unité, a un goût moins fort en fromage. Les cubes Maggi, le best-seller de Nestlé en Afrique, sont fortifiés avec de l'iode en raison des carences, la margarine Blue Band d'Unilever, en vitamines et acide folique. Les formats tiennent également compte des contraintes locales. Danone a mis au point l'an passé Ultramel, un yaourt qui n'a pas besoin d'être conservé au frais. «Les conditionnements sont revus afin de rendre les prix des produits plus accessibles», explique Joëlle de Montgolfier, auteur d'une étude chez Bain & Company. Les sachets de thé Lipton sont vendus par deux, les chewing-gums Wrigley par quatre, et l'huile de Savola Foods s'achète à la portion. Quant à Pernod Ricard et Diageo, ils écoulent leurs whiskies en miniatures de 12, 20 ou 35 cl.


Les industriels cherchent aujourd'hui à adapter leur outil de production, avec des usines de taille réduite, qui requièrent peu de main-d'œuvre qualifiée. Nestlé, qui possède 28 usines en Afrique, met en place des finishing factories afin d'alléger la logistique et les coûts. Seule la dernière étape de fabrication - l'adaptation du conditionnement ou de la recette - est réalisée sur place. Un moyen aussi de ne pas être dépendant des matières premières locales. De nombreux groupes ont dû investir en amont faute d'avoir la qualité et la quantité de ressources souhaitées. Heineken investit dans des champs d'orge, Coca-Cola, dans la production de mangues au Kenya, Parmalat possède ses chèvres…


Il faut également gérer la fragmentation de la distribution. En juillet dernier, c'est en ayant recours à des vendeurs de rue à ses couleurs que Nescafé a lancé à Dakar son nouveau café aromatisé aux épices. Une façon aussi de limiter les intermédiaires, la plupart des industriels faisant encore appel à des distributeurs locaux pour approvisionner les points de vente.


source:
http://www.lefigaro.fr/societes/2012/01/25/20005-20120125ARTFIG00684-agroalimentaire-les-leaders-a-la-conquete-de-l-afrique.php 

vendredi 13 janvier 2012

Jusqu’où peut aller la sécurité nationale?

COMMUNIQUE DE PRESSE
Tours, le 12 Janvier 2012

L’Union européenne les invite en Espagne, la police les séquestre trois jours et les renvoie au Kenya.
Jusqu’où peut aller la sécurité nationale?

 

Deux producteurs kenyans, Ambrose Kakuko et Grace Kapserum, ont été arrêtés vendredi 16 décembre à l’aube à l’aéroport Charles de Gaulle de Paris par la police aux frontières puis détenus dans un centre pour immigrés jusqu’au dimanche 18 dans l’après-midi et finalement renvoyés dans leur pays. Les deux membres de la Sentinelle Slow Food du yaourt des Pokot à la cendreétaient en correspondance à Paris entre Nairobi, au Kenya, et Bilbao, en Espagne. Ils étaient en possession de passeports, de visas en règle et de documents qui attestaient qu’ils avaient été invités par la Ville de Bilbao et par Slow Food International et que les dépenses relatives à leur voyage et à leur séjour étaient entièrement prises en compte.
MM. Kakuko et Kapserum auraient dû prendre part à AlGusto, une manifestation gastronomique qui représentait l’un des quatre événements prévus dans le cadre du projet 4Cities4Dev, financé par l’Union européenne. La Ville de Bilbao est en effet l’un des partenaires du projet aux côtés de la Ville de Turin en qualité de partenaire principal, de Slow Food ainsi que des villes de Tours (France) et Riga (Lettonie).
Les quatre villes, en adoptant les communautés de la nourriture d’Afrique transsaharienne par le biais d’organismes consacrés à la coopération, sensibilisent les citoyens européens sur la consommation responsable et sur les conséquences de leur comportement alimentaire.
« Il est honteux que deux personnes engagées activement dans leur pays, qui jouent un rôle direct de sauvegarde de la biodiversité et des traditions alimentaires locales, soient arbitrairement arrêtées et, de fait, séquestrées. Grace Kapserum quittait son pays pour la première fois de sa vie, et tous deux étaient enthousiastes à l’idée de participer à une manifestation consacrée au partage d’expériences et à l’échange de cultures. Au lieu de ça, ils ont été brutalement confrontés à la fermeture d’esprit, à l’intolérance et aux préjugés. » a déclaré Carlo Petrini, président international de Slow Food.
« Il est également paradoxal que l’Union européenne voie réduits à néant des efforts et des ressources destinés à renforcer la coopération internationale à cause de l’attitude intransigeante de fonctionnaires, dont le zèle dans l’application des lois risque de s’apparenter à une véritable discrimination raciale. »
POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA SENTINELLE SLOW FOOD DU YAOURT DES POKOT A LA CENDRE ET SOUTENIR LE PROJET, VOUS POUVEZ:

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Contact presse: 
Lucia Penazzi, 
lucia@slowfood.fr