Affichage des articles dont le libellé est OGM. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est OGM. Afficher tous les articles

mardi 12 juin 2012

Vers un hold-up des multinationales sur les semences paysannes ?


Des milliers de variétés de semences pourraient être privatisées. Cela se passe en Inde, où les multinationales Monsanto, Syngenta, ou la française Limagrain, tentent de s’accaparer ce bien commun. De quoi mettre en péril la souveraineté alimentaire de l’Inde, dont les variétés végétales ancestrales seraient brevetées et privatisées par les multinationales de biotechnologies. L’écologiste indienne Vandana Shiva sonne la contre-attaque.
  • Réagir à cet article
  • Recommander à un-e ami-e
  • Augmenter la taille du texte
  • Diminuer la taille du texte
  • Imprimer
40 000 variétés de semences en Inde pourraient tomber entre les mains des multinationales. C’est ce que révèle un article de l’édition indienne du Wall Street Journal du 18 mai. Dans un entretien, Swapan K. Datta, chercheur en génie génétique et directeur général adjoint du Conseil indien de recherche agricole (Icar) propose d’« offrir » aux multinationales l’immense banque de gènes nationale. La contrepartie ? « Bénéficier de l’expertise des multinationales en vue de développer des semences à rendements plus élevés pour les agriculteurs indiens ». Ces semences « améliorées » sont celles présentées par les firmes de biotechnologies comme résistantes à la sécheresse et aux aléas climatiques [1].

M. Datta évoque aussi « le partage des profits » et « la conquête d’un marché des semences », évalué à 200 milliards de dollars. « Vendre notre banque de gènes, c’est mettre en péril notre souveraineté alimentaire », s’insurge la militante écologiste indienne Vandana Shiva« Il est complètement ridicule de considérer les institutions publiques indiennes comme étant en mesure de conquérir le marché mondial des semences, alors même que le marché des semences indien est confisqué par d’autres ». Dix firmes contrôlent les deux tiers du marché mondial de la semence, et 65 % des brevets et produits issus des biotechnologies agricoles dans le monde, selon le rapport 2009 du think-tank canadien ETC Group.

Monsanto, Syngenta, Limagrain... à l’assaut de la biodiversité

Parmi ces firmes, les américaines Monsanto et Dupont, la suisse Syngenta et la française Limagrain. Toutes s’intéressent aux banques de semences de variétés végétales, collectées dans les champs et stockées en chambres froides depuis les années 50. Cette conservation des variétés ex situ, c’est à dire « hors site », s’inscrit dans le cadre de politiques publiques visant initialement à garantir la sécurité alimentaire. Face aux changements climatiques, conserver les vieilles variétés donne la possibilité de puiser à tout moment dans l’ancien matériel génétique et ainsi de renouveler les variétés plantées. On compte aujourd’hui 1 500 banques de gènes dans le monde. Mais un demi-siècle après leur création, les gouvernements se retirent massivement de leur fonctionnement, pour laisser la place aux multinationales. Cette privatisation progressive des conservatoires de semences en font un réservoir de gènes pour les semenciers privés.

« Ce que propose le Dr Datta, c’est la légalisation de la biopiraterie, autrement dit la piraterie de la biodiversité à travers des brevets », résume Vandana Shiva. Une société américaine, W.R. Grace, s’est déjà illustrée dans une affaire de biopiraterie avec le Neem, également appelé le margousier des Indes. La compagnie avait déposé auprès de l’Office européen des brevets (OEB), une demande de brevet portant sur une propriété fongicide du margousier en vue de la fabrication d’un pesticide. Des propriétés connues depuis des millénaires par les communautés autochtones. C’est au terme d’une longue bataille juridique que l’OEB a rejeté en 2005 cette demande de brevet.

Privatisation des ses savoirs traditionnels

Une autre bataille se livre actuellement entre l’Autorité nationale de la biodiversité indienne et le géant agroalimentaire Monsanto. Ce dernier a utilisé – sans autorisation – une dizaine de variétés locales d’aubergines pour développer l’aubergine Bt, génétiquement modifiée, afin de produire un insecticide. Cette aubergine, protégée par un brevet, pourrait privatiser le travail millénaire et les savoirs ancestraux des populations qui ont permis la sélection de variétés adaptées aux besoins locaux. « Les communautés ne vont pas rester assises à regarder le matériel génétique qu’eux et leurs ancêtres ont fait évoluer, remplir les poches d’entreprises ou d’entités privées », promet Vandana Shiva.
© Guillaume de Crop

Chaque semence ayant rejoint la banque de gènes est un produit naturel, qui a pu évoluer du fait d’interventions humaines. « Ce ne sont pas les multinationales qui ont créé des variétés résistantes au changement climatique, assure Vandana Shiva. Elles les ont volées aux communautés paysannes qui ont fait évoluer ces semences au cours des millénaires ». Les organismes publics comme l’ICAR sont donc dépositaires d’un matériel génétique inestimable qui n’a pas vocation à être mis aux enchères.

Maintenir des variétés, un travail pour l’humanité

Fondatrice de Navdanya, association pour la conservation de la biodiversité et la protection des droits des paysans, Vandana Shiva contribue avec plus de 10 000 paysans d’Inde, du Pakistan, du Tibet, du Népal et du Bangladesh à une banque de semences traditionnelles. Ces semences sont données aux paysans qui veulent revenir à une agriculture biologique. Comme l’explique le réseau Semences paysannes« c’est seulement en gardant la liberté de sélectionner leurs semences que les paysans peuvent choisir les modes de production et de transformation qu’ils souhaitent et aussi se prémunir contre la contamination par des organismes génétiquement modifiés ».

« Ces 40 000 variétés de plantes ne sont ni la propriété du Dr Datta, ni même du gouvernement, souligne l’écologiste indienne. Elles sont une propriété collective ». En fondant Navdanya en Inde, Vandana Shiva propose une alternative non lucrative à la mainmise privée sur le vivant. En France aussi, les maisons de la semence se développent [2]. Elles visent à protéger et à gérer les semences collectivement et localement, et à garantir que ce patrimoine commun reste disponible. « Et si les milliards d’euros aujourd’hui consacrés aux recherches en biotechnologies végétales étaient reconvertis pour financer massivement la conservation dynamique des variétés paysannes ? », propose le Réseau semences paysannes. Une mesure qui ne réjouira certainement pas Monsanto et consorts.

Sophie Chapelle
Photo de une : source© Bio d’Aquitaine
  • twitter
  • facebook
  • delicious
  • google

En savoir plus

La lettre ouverte (en anglais) rédigée par Vandana Shiva à l’attention du Dr Datta est en ligne ici.


http://www.bastamag.net/article2435.html

vendredi 6 avril 2012

OGM : le gouvernement Fillon s’assoit sur l’avis des experts du HCB


Ecarté de toute consultation au sujet de la note envoyée à Bruxelles pour justifier la suspension de la culture du MON 810, le professeur Jean-François Dhainault, président du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), a adressé un courrier au Premier ministre pour exprimer « l’émotion des membres du Comité scientifique du HCB ».
En effet, non seulement les experts de cette instance consultative – pourtant mise en place par le gouvernement Fillon – n’ont pas été consultés, mais les conclusions de leurs travaux ont fait l’objet d’une véritable manipulation. « Les passages de l’avis du Comité scientifique cités dans cette note n’ont pas été repris dans leur intégralité », s’indigne le président du HCB, qui ajoute que par ailleurs, « la note cite l’avis du Comité scientifique du HCB publié en décembre 2009, alors que ceux de janvier et octobre 2011 ne sont pas pris en compte. »
Enfin, Jean-François Dhainault s’étonne « qu’une expertise autre que celle du Comité scientifique du HCB semble avoir été mobilisée pour l’analyse d’une série d’articles scientifiques publiés postérieurement au dernier avis du HCB ». En clair, ne pouvant justifier une interdiction à partir de l’avis des experts du HCB, le gouvernement Fillon s’appuie sur une interprétation erronée des travaux du HCB rédigée par quelques fonctionnaires obéissants des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement !

Source:

OGM: Récits de victoires contre Monsanto

AGRICULTURE - Un rapport de plusieurs OGM relate les combats des paysans du monde entier contre la firme américaine...


D'Europe à l'Amérique latine en passant par l'Afrique et l'Inde, des milliers de paysans se sont élevés contre Monsanto et ses OGM: des efforts qui ont convaincu des décideurs politiques à mieux encadrer le secteur agroalimentaire, selon un rapport d'ONG. «Là où Monsanto est présente, les semences locales deviennent illégales, la biodiversité disparaît, les terres sont polluées, les paysans et ouvriers agricoles empoisonnés, criminalisés, expulsés de leurs terres», assurent Les Amis de la Terre International, Via Campesina et Combat Monsanto dans un rapport qui sera publié jeudi. Témoignages à l'appui, il relate les récents combats contre le principal fournisseur de semences génétiquement modifiées.
Le groupe américain Monsanto, fondé en 1901, s'était rendu célèbre par des produits chimiques agricoles dangereux pour la santé comme le DDT, ou les composants de l'Agent Orange, un défoliant utilisé par l'armée américaine au Vietnam. «Ce rapport démontre que les fortes objections des mouvements sociaux et des organisations de la société civile ont un impact sur les décideurs politiques chargés d'encadrer le secteur agroalimentaire et d'édicter les règles en matière de pesticides et de cultures transgéniques», souligne le texte.

Des victoires partout dans le monde

En Europe, l'opinion publique reste majoritairement opposée à la production alimentaire à partir de semences OGM. Mais la tâche est plus difficile pour les opposants dans les pays en développement ou émergents. Néanmoins des mouvements paysans y ont remporté des succès: le moratoire imposé sur l'aubergine BT, version transgénique de ce légume de base en Inde, le rejet des dons de semences hybrides en Haïti, après une mobilisation massive, en raison des risques pour la souveraineté alimentaire.
Au Guatemala des réseaux anti-OGM ont alerté sur des projets de législation et d'adoption de programmes de développement américains favorisant l'arrivée de semences transgéniques dans le pays. En Afrique, une Alliance pour la souveraineté alimentaire encourage à ne pas suivre l'exemple de l'Afrique du sud qui a adopté la technologie OGM «bien que les variétés de plantes transgéniques en question (...) ne résistent ni à la sécheresse ni aux inondations», note le rapport. Malgré toute cette mobilisation le rapport déplore «l'offensive sans précédent de l'agronégoce sous la bannière de la nouvelle économie verte dans les préparations du sommet Rio+20» en juin.
 A.C. avec AFP

vendredi 23 mars 2012

Interdiction du maïs OGM : une mesure fragile et tardive

François Fillon, ministre de l’environnement par interim, et Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture ont annoncé aujourd’hui via un communiqué de presse court et laconique, la suspension de la mise en culture du maïs génétiquement modifié MON810. Une “mesure conservatoire visant à interdire temporairement” la culture du maïs génétiquement modifié Mon 810 sur le territoire français.

Une mesure attendue, certes… Mais face à laquelle la prudence est de mise. Car cette défcision tardive ET fragile n’a peut être pas empêché la semaille précoce d’OGM en France au cours des semaines passées.






Le risque d’une contamination de fait

Le 22 février dernier, Greenpeace, les Amis de la Terre, la FFAP (Fédération française des apiculteurs professionnels), les Faucheurs volontaires d’OGM et une trentaine d’autres organisations ont adressé ensemble une lettre ouverte aux sociétés commercialisant des semences agricoles en France. Dans ce courrier, les associations demandaient à ces entreprises de clarifier leurs intentions concernant la commercialisation de semences de maïs Mon 810 sous licence Monsanto, en vue des semailles du printemps 2012.

Les réponses apportées par les semenciers n’ont pas vraiment rassuré … Invitant les associations à consulter elles mêmes leurs catalogues ou justifiant de l’incertitude légale et économique pour justifier de leur choix de ne pas commercialiser de maïs OGM … pour l’instant. Bref, les semenciers sont restés vagues, se réservant pour la décision du gouvernement français.

Mais cette décision tardive du gouvernement risque de mettre les Français au pied du mur. En effet, depuis novembre 2011 – date à laquelle le Conseil d’État a annulé le moratoire sur la culture de Mon 810 – et jusqu’à aujourd’hui, tout agriculteur désirant semer du maïs OGM en avait légalement le droit. Personne ne peut donc garantir que certains exploitants français favorables aux OGM n’aient profité de la période du début des semailles pour semer du maïs OGM.

L’impérieuse nécessité d’une interdiction solide et durable

Par ailleurs, la mesure conservatoire décidée par le gouvernement français apparaît comme bien fragile au regard de la décision prise la Cour européenne de Justice d’annuler le moratoire de février 2008. Combien de temps durera le montage juridique de la France ? Nul ne peut le dire.

Greenpeace demande au prochain président de la République de s’engager en faveur d’une interdiction solide et durable des OGM en France. Les Français ne peuvent pas s’accommoder d’une situation floue sur ce sujet alors qu’une majorité (52%) d’entre eux estime que la consommation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) comporte des risques pour la santé humaine.

Un appel à la vigilance citoyenne

Le gouvernement doit immédiatement mettre en place une surveillance étroite afin de s’assurer qu’aucun maïs OGM, désormais illégal, n’ait été planté et en ordonner la destruction le cas échéant.

Greenpeace appelle également à la vigilance citoyenne dès à présent afin d’identifier d’éventuelles cultures de maïs OGM en France pour cette année.

Source:

jeudi 16 février 2012

José Bové condamné en appel à dédommager Monsanto

José Bové, député européen d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et ses compagnons faucheurs volontaires ont été condamnés en appel par le tribunal de Poitiers jeudi 16 février, pour s'en être pris à deux parcelles de maïs OGM du semencier Monsanto en août 2008.


M. Bové écope de 200 "jour-amendes" à 6 euros par jour, François Dufour, député européen EELV et un autre militant à "100 jour-amendes". Les quatre autres faucheurs ont des amendes avec sursis. Les prévenus vont aussi devoirdédommager Monsanto à hauteur de 132 702 euros pour ces destructions. Ils sont en outre condamnés à verser 3 000 euros pour préjudice moral.
Pour aboutir à cette condamnation, alors que tous les accusés avaient bénéficié d'une relaxe en première instance, le tribunal correctionnel de Poitiers a requalifié les faits. Toute la question était d'établir si les parcelles étaient destinées à la commercialisation – interdite en février 2008 – ou à la recherche en plein champ – interdite en octobre 2008. Le tribunal a jugé que les faucheurs savaient que ces parcelles étaient destinées à la recherche.
Martine Valohttp://www.lemonde.fr/planete/article/2012/02/16/jose-bove-condamne-en-appel-a-dedommager-monsanto_1643962_3244.html 

dimanche 1 janvier 2012

Riz OGM chinois : De nouvelles mesures d'urgence contre leur introduction dans l'UE (Commission)


Bruxelles tente de renforcer les contrôles sur les produits à bases de riz en provenance de la Chine, de manière à éviter l'introduction de lots contaminés par des OGM non autorisés à la consommation en Europe.

A travers un texte du 22 décembre 2011, paru au Journal officiel de l'Union européenne le 23 décembre, la Commission dévoile de nouvelles « mesures d’urgence » pour empêcher l'entrée non autorisée dans l'UE de riz génétiquement modifié dans les produits à base de riz provenant de la Chine.

Cette nouvelle croisade fait suite au constat d'échec concernant la présence régulièrement constatée, dans des produits chinois à base de riz entrés dans l'UE, du riz OGM Bt 63, contre lequel une première décision avait été prise en 2008 (2008/289/CE).

La nouvelle décision (2011/884/UE) abroge la précédente qui « prévoyait que, avant toute mise sur le marché, les exploitants devaient présenter un rapport d’analyse aux autorités compétentes de l’État membre concerné démontrant que l’expédition de produits à base de riz n’était pas contaminée par le riz génétiquement modifié “Bt 63” », rappelle la Commission.

Outre le constat de l'échec du contrôle de ces denrées chinoises contenant du riz Bt 63 aux frontières de l'UE, la Commission signale depuis 2010 l'arrivée de nouvelles variétés de riz OGM non autorisées dans les produits en provenance de la Chine.

A télécharger :

B.V.

Le géant Monsanto à l'assaut du Népal

Le semencier est sur le point d'introduire un maïs hybride au Népal. Pour assurer l'avenir alimentaire de la population ou pour ruiner les paysans ? Controverse.

D'un côté, Monsanto, gigantesque firme américaine spécialisée en biotechnologies agricoles. De l'autre, le Népal, pays rural parmi les plus pauvres au monde. Un contraste qui est en passe de prendre une dimension emblématique, car dans ces lointaines vallées himalayennes, les projets de développement de Monsanto, leader mondial des semences OGM et des herbicides, ne sont pas passés inaperçus.
Le 13 septembre dernier, l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) annonçait sur son site local avoir conclu au Népal un accord avec la multinationale Monsanto et le ministère de l'Agriculture et des coopératives. Ce "projet pilote" entend ainsi introduire un maïs hybride de Monsanto auprès de 20 000 paysans, dans les districts de Chitwan, Nawalparasi et Kavre.


"Nous ne voulons pas de Monsanto"

Très vite, les protestations ont fusé. Relayée sur Facebook, unecampagne intitulée "Stop Monsanto in Nepal" a pris de l'ampleur et a culminé par une marche organisée à Katmandou le 25 novembre. Outre l'enjeu des stratégies agricoles, c'est le nom même de Monsanto qui fait frémir les contestataires. "Cette firme a une histoire controversée, dénonce l'activiste Sabin Ninglekhu. Et quand Monsanto s'implante dans un pays, elle finit souvent par tester ou par vendre des OGM. Chez notre voisin, l'Inde, les baisses de rendement de son coton transgénique BT ont poussé des paysans au suicide. Nous ne voulons pas de Monsanto."




Lire la suite:
http://www.lepoint.fr/monde/le-geant-monsanto-a-l-assaut-du-nepal-28-12-2011-1413184_24.php 

Le Grave Danger des OGM

Monsieur le ministre, ne tombez pas pas le piège des OGM, vous condamneriez notre pays à la famine

« Monsieur le ministre, nous avons un plan formidable pour l’agriculture de votre pays ». C’est en substance ce que les agents de Monsanto, l’une des plus grandes compagnies de recherche sur les (OGM) Organismes Génétiquement Modifiés diront au ministre de l’agriculture. Mais ces propos cachent un piège mortel pour l’agriculture et pour le pays en entier.



Lire la suite:
http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-5581.html

lundi 19 décembre 2011

Monsanto : retour sur trois décennies de polémiques

Pour la première fois en France, un particulier a assigné en justice le géant agrochimique américain Monsanto. Il s'agit de la dernière affaire en date impliquant la firme américaine, qui défraie la chronique depuis trente ans.
Par Gaëlle LE ROUX


Après le PCB, l’agent orange et les OGM, c’est désormais avec le Lasso que Monsanto défraie la chronique. Depuis le 12 décembre, le géant mondial de l’industrie phytosanitaire américain est poursuivi par un agriculteur français, Jacques Maret, pour une intoxication aiguë qu’il impute à ce désherbant, aujourd’hui interdit dans l'Hexagone. L'agriculteur, qui a souffert de graves troubles neurologiques après avoir inhalé des vapeurs du produit par accident, accuse la firme d’empoisonnement.
Une nouvelle affaire qui n’est que la dernière d’une longue série de scandales rattachés au nom de Monsanto. Ses produits traînent en effet une réputation sulfureuse depuis plusieurs décennies, comme le démontre "Le Monde selon Monsanto", un enquête menée par la journaliste indépendante Marie-Monique Robin en 2008 et qui dresse un portrait au vitriol de la compagnie. Selon elle, Monsanto est coutumière des dissimulations de données, des falsifications de tests cliniques ou des rétentions d’informations relatives à des pollutions ou des empoisonnements aigus que ses produits auraient provoqués.

L’agent orange : un redoutable poison

LA PUISSANCE DU LOBBY MONSANTO : L’EXEMPLE DE LA MISE SUR LE MARCHÉ DES OGM
Lors de la mise sur le marché de semences OGM à la fin des années 1990, plusieurs voix au sein de la FDA - l’agence sanitaire américaine - ont souhaité que des études de dangerosité plus poussées soient menées. Elles n’ont pas été écoutées. Dans son documentaire, Marie-Monique Robin interroge Dan Glickman, ministre américain de l’Agriculture entre 1995 et 2000, sous Bill Clinton. "On aurait dû faire davantage de tests, mais les firmes ne voulaient pas, avoue-t-il. J’ai subi trop de pressions."
Également interrogé par la journaliste, Jeremy Rifkin, président de la Fondation pour les tendances économiques et auteur, à la fin des années 1970, d’un livre sur les dangers des manipulations génétiques, assure n’avoir "jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités que Monsanto avec ses OGM".
La première affaire impliquant l’entreprise remonte à 1978. Cette année-là, c’est son tristement célèbre "agent orange", un défoliant utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, qui fait la Une des journaux. Plusieurs milliers de vétérans du conflit portent plainte contre Monsanto et six autres entreprises agrochimiques pour empoisonnement. Tous sont atteints de maladies graves - cancers, maladies de la peau, défaillances du système immunitaire…- imputées à la dioxine, composé chimique hautement toxique et présent en masse dans le défoliant. "Les dirigeants de Monsanto savaient que l’agent orange était contaminé à la dioxine, mais ils n’ont rien dit et ont même réalisé de fausses études scientifiques pour montrer qu’il n’y avait aucun lien avec le cancer", affirme Marie-Monique Robin dans une interview diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte - après avoir soumis des études sponsorisées par Monsanto à des chercheurs indépendants. En 1984, Monsanto et six autres firmes agrochimiques ont fini par verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destinés aux soldats américains.
En 2004, une association vietnamienne a, à son tour, porté plainte contre les fabricants de l'agent orange. Mais elle a été classée sans suite. Au Vietnam, selon la Croix-Rouge, environ un million de personnes souffrent des conséquences d’intoxications aiguës à la dioxine : malformations congénitales, cancers, problèmes neurologiques, lésions nerveuses...

Pollution massive au PCB
Simultanément, une autre affaire vient entacher la réputation de la firme agrochimique. Cette fois, c'est le PCB, plus connu sous le nom de Pyralène en France ou d’Aroclor aux Etats-Unis, qui est au cœur de ce nouveau scandale. En 2002, Monsanto est reconnue coupable par la justice américaine d’avoir "pollué le territoire d’Anniston [une ville d’Alabama où la firme a fabriqué du PCB pendant près de cinquante ans] et le sang de sa population avec les PCB". Elle est condamnée à verser 700 millions d’euros de dommages et intérêts à ses habitants. L’enquête révèle en outre que Monsanto a agi en toute connaissance de cause, puisqu’elle met en lumière que la firme connaissait la dangerosité du PCB depuis…1937.
Pendant près de cinquante ans, Monsanto a donc déversé des eaux contaminées au PCB dans la rivière traversant la ville d’Anniston, sans tenir compte de la pollution massive de l’eau et des sols - désastreuse pour l’homme et l’environnement - que cela engendrait.

Intimidation et falsification d’études
Et plus le temps passe, plus les polémiques autour de Monsanto - que France 24 a cherché à contacter à plusieurs reprises, sans succès - se multiplient. Après l’hormone de croissance bovine - une substance inoculée aux vaches pour qu’elles produisent davantage de lait - dans les années 1990 , c’est le Roundup, désherbant le plus vendu au monde, qui a été pointé du doigt.
Comme la justice américaine onze ans plus tôt, la justice française a ainsi condamné Monsanto pour publicité mensongère en 2007, estimant que, dans son spot ventant les mérites du Roundup, la firme présentait à tort son désherbant comme biodégradable et sans danger pour l’homme... En 2009 ensuite, une plainte a été déposée devant le Conseil d’État français contre 3 des 37 formules du produit commercialisées dans l’Hexagone. "La molécule glyphosate, qui entre dans la composition du Roundup, a été testée lors de la création du produit en 1974. Mais, depuis, la formule du désherbant a été modifiée par petites touches, sans jamais faire l’objet de nouvelles études d’impact. Du coup, on ne connaît pas l’effet des interactions entre les composants qui ont été progressivement ajoutés et le glyphosate", explique Jacques Maret, auteur de la plainte et "paysan bio" installé en Charente (Centre ouest de la France).

Les nouveaux ennuis de Monsanto
Aujourd’hui, c’est avec l’arrivée sur le marché de ses semences transgéniques que la multinationale s’attire les foudres de plusieurs syndicats agricoles et associations écologistes. Selon eux, les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui sortent des laboratoires de Monsanto auraient contaminé le patrimoine génétique de plants non modifiés artificiellement, du fait d’études d’impact bâclées. Pour les anti-OGM, l’innocuité de ces semences pour l’homme n’est pas prouvée. Des accusations que la firme américaine réfute sur son site, justifiant son recours aux biotechnologies en expliquant qu’il s’agit d’aider "les agriculteurs du monde entier à produire plus en préservant plus", dans un contexte de raréfaction des terres arables.
Pour autant, la polémique autour des OGM, comme le procès contre le Lasso intenté par le paysan charentais en début de semaine, ne devrait pas entamer la puissance financière et le quasi-monopole de Monsanto. En avril 2011, en effet, le géant américain a prévu un bénéfice net d'1 milliard de dollars (700 millions d'euros) pour l'exercice en cours.
Quant à sa position de leader sur le marché des semences, elle n’est pas remise en cause. Au sein de l’association France Nature Environnement, l’optimisme n’est pas de mise : "Aujourd’hui, on peut encore se passer de Monsanto, assure Lionel Vilain, conseiller technique de l’association. Mais la firme règne avec un quasi-monopole sur le marché des semences transgéniques et conventionnelles. Elle partage le marché avec seulement quatre autres multinationales aux pratiques sûrement similaires aux siennes. La question est de savoir si, demain, on pourra faire sans ces multinationales."

http://www.france24.com/fr/20111216-agriculture-monsanto-proces-affaires-polemiques-scandales-roundup-agrochimie-pcb-agent-orange 
Click here to find out more!