vendredi 2 mars 2012

Jean Ziegler : "Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné"

Depuis des années, le sociologue suisse Jean Ziegler dénonce les dérives de l'ultralibéralisme et leurs conséquences sur les populations. Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l'homme des Nations unies de 2000 à 2008, il remet le couvert avec Destruction massive (1). La faim dans le monde (un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les 5 secondes) n'est pas une fatalité. Pour Jean Ziegler, le dumping agricole de l'Union européenne, l'accaparement des terres par les grandes puissances, le développement des agrocarburants, les politiques imposées par le FMI ou la spéculation expliquent ce fiasco. Malgré le repli sur soi des Occidentaux frappés par la crise économique, le trublion socialiste croit en une « insurrection des consciences ». De Charleroi, dont il a visité le CPAS la semaine dernière, au Darfour.


Le Vif/L'Express : Dans quelle mesure la crise économique que connaissent les Etats occidentaux handicape-t-elle le combat contre la faim dans le monde ? Pensez-vous encore être écouté par les dirigeants des pays industrialisés ?

Jean Ziegler : Il y a un lien évident, objectif et psychologique. Le lien objectif : le Programme alimentaire mondial (PAM), chargé de l'aide d'urgence, a vu son budget pour la Corne de l'Afrique (12 millions de personnes touchées par la famine dans cinq pays, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Somalie, Kenya) diminuer de 50 %, de 6 milliards en 2008 à 2,8 - 3,2 milliards en 2012. Les pays industrialisés ont drastiquement réduit leurs contributions parce qu'ils ont dû renflouer leurs banques ou les pays menacés de la zone euro. Dans les dix-sept camps et centres de nutrition de l'Ogaden éthiopien, du nord du Kenya, de Somalie, le PAM doit refuser des centaines de personnes tous les matins. Sarkozy, Merkel ou Cameron ne sont pas en cause ; ils ont été élus pour maintenir en état de fonctionnement leur économie et pas pour sauver les enfants du Darfour, du Guatemala ou de la Corne de l'Afrique. Les enfants ne meurent pas sur la Grand-Place de Bruxelles ou sur les Champs-Elysées ; ils n'ont pas de visibilité.

Le lien psychologique : l'attention s'est affaiblie. Il y a dans l'opinion publique un mouvement de repli sur soi : comment survivre ici, comment conserver son emploi, comment lutter contre la précarité ? Ces questionnements légitimes ne prédisposent pas à la solidarité. Et pourtant, dans le même temps, une société civile se constitue et résiste.

La crise financière de 2008 a mis en exergue les dérives de certains milieux financiers, dont celles des spéculateurs. Ce coup de projecteur vous aide-t-il à les dénoncer ? 


Oui. Le masque néolibéral est tombé. Jusqu'alors, c'est le marché mondial qui commandait, la « main invisible ». L'idée était répandue qu'on mourait de faim dans les pays du Sud parce que les gens n'étaient pas assez productifs... Cette théorie de légitimité était d'une solidité effrayante. Et tout à coup, on s'est rendu compte que c'est la spéculation effrénée, le banditisme bancaire, l'avidité du gain qui ont provoqué l'effondrement des marchés. Le capitalisme financier globalisé est nu. Il a perdu toute légitimité morale.

A partir de 2008, les spéculateurs ont migré des marchés financiers vers ceux des matières premières, essentiellement agricoles. Ils ont commencé à spéculer, tout à fait légalement, sur les aliments de base : le maïs, le blé et le riz. Conséquence : l'explosion des prix. En 18 mois, d'avril 2010 à septembre 2011, le prix mondial du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz de 116 % et celle de blé meunier a doublé. C'est la Banque mondiale qui le dit : des centaines de millions de personnes supplémentaires ont été jetées dans l'abîme de la destruction lente de la sous-alimentation.

Que vous inspire le fait que peu de choses ont été entreprises depuis la crise financière de 2008 pour mettre fin aux dérives des spéculateurs ? 


La colère, bien sûr. Toutes les cinq secondes, un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim. Or, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'agriculture mondiale, dans le développement actuel de ses forces de production, pourrait nourrir normalement 12 milliards d'êtres humains, presque le double de l'humanité. Il n'y a plus aucune fatalité : un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. L'inaction face aux spéculateurs provoque aussi chez moi un étonnement profond. Dans deux ou trois générations, nos successeurs nous jugeront de la même manière que nous regardons aujourd'hui ceux qui, au milieu du XIXe siècle, ont laissé faire l'esclavage. Comment est-il possible que des gens informés et animés par des grands principes philosophiques tolèrent, au début du XXIe siècle, la « chosification » des hommes ? L'humanité perd 70 millions de citoyens par an. En 2011, parmi ces 70 millions, 36 millions sont décédés de la faim ou de ses suites immédiates.

Est-il possible de légiférer à l'échelle mondiale pour soustraire des manoeuvres spéculatives des produits aussi vitaux que le blé ou le riz ?

En démocratie, tout est possible. Tous les mécanismes meurtriers à l'origine des famines peuvent être brisés par la volonté des hommes : le dumping agricole de l'Union européenne qui déverse ses surplus subventionnés sur les marchés africains, le surendettement des pays du tiers-monde qui empêche les plus pauvres de procéder au moindre investissement dans l'agriculture vivrière, l'accaparement de terres par les trusts multinationaux (les fonds souverains...), l'explosion des agrocarburants... Demain matin, la spéculation sur les matières premières agricoles peut être interdite par une révision de la loi sur la Bourse de Bruxelles, de Paris, de Londres, de New York. C'est une question de volonté politique.

Le 5 octobre 2011, le président français Nicolas Sarkozy annonçait que le G 20 allait mettre fin à la spéculation boursière sur les aliments de base. Quelques jours plus tard à Cannes, la France retirait sa proposition. Entre-temps, les multinationales, à travers leurs relais politiques et médiatiques, s'étaient formidablement mobilisées pour mettre à genoux le président élu de la République française...

Croyez-vous véritablement en la puissance du mouvement de la société civile, dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud ? 


Oui. Au Sud ont lieu désormais des insurrections paysannes dont personne ne parle en Occident : dans le nord du Sénégal, au Honduras, en Mongolie, au Bangladesh, aux Philippines, en Indonésie... Via Campesina est le plus grand syndicat au monde : il regroupe 115 millions de petits paysans. Autre espoir, le réveil de la conscience européenne, en dehors des partis. Ce mouvement de la société civile est comme un Internet vivant. Che Guevara disait : « Les murs les plus solides s'effondrent par des fissures. » Or des fissures apparaissent partout, partout.

Le Forum social mondial, par exemple, connaît une crise existentielle parce qu'on lui reproche d'être incapable de se transformer en une force de proposition. La contestation sans traduction politique n'a-t-elle pas atteint ses limites ? 


Face à l'ordre cannibale du monde, opposons la raison analytique de la responsabilité. La société civile démasque cette hypocrisie. Il y a des responsables. Il y a des mécanismes qui tuent. On connaît les moyens pour y mettre fin. Ils sont tout à fait démocratiques. Il n'y a pas d'impuissance en démocratie.

N'êtes-vous déçu par l'inaction des partis socialistes européens qui auraient pu proposer une alternative au libéralisme financier après la crise de 2008 ? 


L'Internationale socialiste est un cadavre pourrissant. Les partis socialistes vivaient d'une rente de situation. Face à la menace soviétique, la bourgeoisie régnante a concédé des miettes aux partis socialistes de peur que les ouvriers votent communiste : un peu de sécurité sociale, un peu de convention collective de travail. Du temps du communisme étatique, les sociaux-démocrates étaient un peu « la Croix-Rouge du capitalisme ». Maintenant, le capitalisme financier a conquis la planète. L'année dernière, d'après les chiffres de la Banque mondiale, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées ont contrôlé 58 % du produit mondial brut (les richesses, produits, brevets, services, capitaux, etc., créés en une année). Ce pouvoir est d'une brutalité totale et tue par la faim. Il y a 18 millions de chômeurs permanents dans les 27 pays de l'UE ; à Charleroi, 42 % des jeunes n'ont jamais eu de travail et on dit : « On ne peut pas faire autrement, c'est le marché qui en a décidé ainsi. »

Comment expliquez-vous au chômeur de Charleroi que son combat est le même que celui du paysan de la République démocratique du Congo ? 


L'ennemi est le même : les oligarchies du capital financier mondialisé qui délocalisent, précarisent et le rejettent dans le chômage. Elles ont la même théorie de justification. Si le président de Nestlé, le premier groupe agroalimentaire au monde, n'augmente pas le chiffre d'affaires de 15 à 20 % par an, après trois mois, il n'est plus président de Nestlé. La violence structurelle frappe le chômeur de Charleroi comme le paysan affamé du Darfour. La solidarité est la seule réponse. N'accepter ni le chômage de masse ni la faim comme une normalité.

Le combat contre la faim n'est-il pas aussi entravé dans les pays du Sud par la corruption de nombreux dirigeants ? 


La corruption d'un grand nombre de dirigeants autochtones est évidemment effroyable. Cependant, même si vous les remplaciez tous par des Thomas Sankara [NDLR : jeune dirigeant charismatique du Burkina Faso (1983-1987), assassiné lors d'un coup d'Etat fomenté par son compagnon de révolution et actuel chef de l'Etat, Blaise Compaore], la destruction structurelle demeurerait la même : le dumping agricole, la dette, la spéculation, l'accaparement des terres... Il ne s'agit à aucun moment d'excuser ou de minimiser les rôles des dirigeants corrompus mais ce sont de simples auxiliaires.

La crise économique a ravivé, en Europe et aux Etats-Unis, le débat sur le protectionnisme économique. Pensez-vous qu'appliqué à certains pays du Sud, il pourrait servir en définitive les populations ? 


Ce qui est terrible, ce sont les accords d'investissements imposés par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le libre-échange, c'est opposer sur un ring de boxe Mike Tyson, champion du monde des poids lourds, à un chômeur sous-alimenté du Bangladesh. Pascal Lamy, le directeur général de l'OMC, dit alors : « De quoi vous plaignez-vous ? Les conditions et les règles sont les mêmes pour les deux boxeurs. Il y a un arbitre, c'est le marché. » On voit bien que c'est une absurdité. Il faut que la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Rwanda... puissent protéger par des murs douaniers leur industrie naissante. 

La contestation du libéralisme financier ne manque-t-elle pas de relais politiques ? Certains imaginaient que le président brésilien Lula puisse jouer ce rôle....

La jonction entre les Etats progressistes et le mouvement de la société civile s'est faite de façon insuffisante. Cela vient du fait que les militants de base de la société civile ont une incroyable méfiance envers tous les dirigeants politiques.
(1) Destruction massive. Géopolitique de la faim, Seuil, 2011, 344 p. 
Propos recueillis par Gérald Papy

Jean Ziegler EN 8 DATES

19 avril 1934 Naissance à Thoune, dans le canton de Berne, en Suisse. 1958 Doctorat en droit et en sociologie. 1967-1983 et 1987-1999 Conseiller national (député) socialiste de Genève au Parlement fédéral. 2000-2008 Rapporteur spécial du Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour le droit à l'alimentation. 2007 Publication de L'Empire de la honte (Fayard). 2008 La Haine de l'Occident (Albin Michel). 2009 Membre du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

« La faim est faite de faim d’homme et peut-être éliminée par les hommes »

11 février par Jean ZieglerEric Toussaint



Interview de Jean Ziegler par Éric Toussaint à l’occasion de la sortie de son dernier livre en date :Destruction massive, géopolitique de la faim, Éditions du Seuil, Paris, 2012.
Pour tous ceux et celles qui veulent comprendre les enjeux de la faim dans le monde, la lecture de ce livre est indispensable. Écrit dans un style à la fois vivant et simple (sans jamais être simpliste), ce nouveau livre de Jean Ziegler, ex-rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, apporte les clés nécessaires à la compréhension des causes du maintien d’un sixième de l’humanité dans la sous-alimentation conduisant à la mort ou tout au moins à la négation des droits humains les plus élémentaires. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse des causes, le livre plaide pour un changement radical de système.

- 1) Quel lien faites-vous entre l’endettement des pays et la faim qui tenaille une partie très importante de la population de cette partie du monde ?
Avant de répondre à votre question, je voudrais dire l’étendue du désastre.
Le massacre annuel de dizaines de millions d’être humains par la faim est le scandale de notre siècle. Toutes les cinq secondes, un enfant âgé de moins de dix ans meurt de faim, 37 000 personnes meurent de faim tous les jours et 1 milliard – sur les 7 milliards que nous sommes – sont mutilés par la sous-alimentation permanente… cela sur une planète qui déborde de richesses !
Le même rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de la FAO qui donne les chiffres des victimes dit que l’agriculture mondiale dans l’étape actuelle de ses forces de production pourrait nourrir normalement (2 200 calories / individu adulte par jour) 12 milliards d’êtres humains, donc presque le double de l’humanité actuelle.
Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’existe donc aucune fatalité, aucun manque objectif. Un enfant qui meurt de faim est assassiné.
Pendant huit ans, j’ai été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Ce livre est le récit de mes combats, de mes échecs, de mes occasionnelles et fragiles victoires, de mes trahisons aussi.
Le problème des affamés n’est pas la disponibilité générale des aliments sur terre, mais leur propre accès à la nourriture, essentiellement leur manque de moyens monétaires pour les acquérir.
La faim structurelle est celle qui tue quotidiennement à cause des forces de production insuffisamment développées dans les campagnes de l’hémisphère sud.
La faim conjoncturelle, par contre, frappe lorsqu’une économie s’effondre brusquement, par suite d’une catastrophe climatique ou la guerre.
Je viens à votre question. Le lien entre la dette et la destruction par la faim est particulièrement évident dans le combat contre la faim conjoncturelle.
Entre 2008 et 2010, le Programme alimentaire mondial a perdu pratiquement la moitié de son budget : il était de 6 milliards de dollars en 2008, il est de 3,2 milliards aujourd’hui. Les États industriels se sont massivement endettés pour refinancer leurs banques… et ont biffé ou fortement réduit leurs contributions au PAM. Or, le PAM est chargé de l’aide alimentaire urgente en cas de catastrophe climatique ou de guerre.
Conséquence : le Programme alimentaire mondial ne peut plus acheter suffisamment de nourriture pour l’aide d’urgence en cas de famine : comme aujourd’hui dans la Corne de l’Afrique où les fonctionnaires de l’ONU refusent chaque jour l’entrée à des centaines de familles, réfugiées de la faim, devant les 17 camps d’accueil installés dans la région. La dette est responsable de la destruction de centaines de milliers d’êtres humains.
- 2) Dans la même perspective, quel lien établissez-vous entre la crise bancaire et économique qui a éclaté en 2007-2008 dans les pays les plus industrialisés et la crise alimentaire mondiale quasi-simultanée ?
La crise financière de 2007/2008 provoquée par le banditisme bancaire a eu notamment deux conséquences. 
La première : Les fonds spéculatifs (
hedge funds) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant des marchés financiers pour s’orienter vers les marchés des matières premières, notamment celui des matières premières agricoles. Si l’on regarde les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, leurs prix ont explosé. En 18 mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1 010 dollars et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.
Une deuxième conséquence est la ruée des 
hedge funds et autres spéculateurs sur les terres arables de l’hémisphère sud.
Selon la Banque mondiale, l’année dernière, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des fonds d’investissements et des multinationales uniquement en Afrique. Avec pour résultat, l’expulsion des petits paysans. Ce qu’il faut dénoncer, c’est le rôle de la Banque mondiale, mais aussi celui de la Banque africaine de développement, qui financent ces vols de terre. Pour se justifier, elles ont une théorie pernicieuse qui est de dire que la productivité agricole est très basse en Afrique. Ce qui est vrai. Mais ce n’est pas parce que les paysans africains sont moins compétents ou moins travailleurs que les paysans français. C’est parce que ces pays sont étranglés par leur dette extérieure. Ils n’ont donc pas d’argent pour constituer des réserves en cas de catastrophes ni pour investir dans l’agriculture de subsistance. Il est faux de dire que la solution viendra de la cession des terres aux multinationales.
Ce qu’il faut faire, c’est mettre ces pays en état d’investir dans l’agriculture et de donner à leurs paysans les instruments minimaux pour augmenter leur productivité : les outils, l’irrigation, les semences sélectionnées, les engrais...
Exemple : 3,8 % des terres arables d’Afrique sont irriguées. Sur tout le continent, il n’existe que 250 000 animaux de trait et quelques milliers de tracteurs seulement. Les engrais minéraux, les semences sélectionnées sont largement absents.
- 3) Quelle est la thèse centrale de votre livre Destruction massive ?
La faim est faite de main d’homme et peut-être éliminée par les hommes.
Les principaux ennemis du droit à l’alimentation sont la dizaine de sociétés transcontinentales privées qui dominent presque complètement le marché alimentaire. Elles fixent les prix, contrôlent les stocks et décident qui va vivre ou mourir puisque seul celui qui a de l’argent a accès à la nourriture. L’année dernière, par exemple, Cargill a contrôlé plus de 26 % de tout le blé commercialisé dans le monde. Ensuite, ces trusts disposent d’organisations mercenaires : l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ce sont les trois cavaliers de l’Apocalypse. S’ils reconnaissent que la faim est terrible, ils estiment que toute intervention dans le marché est un péché. A leurs yeux, réclamer une réforme agraire, un salaire minimum ou le subventionnement des aliments de base, par exemple, pour sauver les vies des plus pauvres est une hérésie. Selon les grands trusts qui, ensemble, contrôlent près du 85 % du marché alimentaire, la faim ne sera vaincue qu’avec la libéralisation totale du marché et la privatisation de tous les secteurs publics.
Cette théorie néolibérale est meurtrière et obscurantiste. L’Union soviétique a implosé en 1991 (c’était une bonne chose). Jusque-là, un homme sur trois vivait sous un régime communiste et le mode de production capitaliste était limité régionalement. Mais en vingt ans, le capitalisme financier s’est répandu comme un feu de brousse à travers le monde. Il a engendré une instance unique de régulation : le marché mondial, la soi-disant main invisible. Les États ont perdu de leur souveraineté et la pyramide des martyrs a augmenté. Si les néolibéraux avaient raison, la libéralisation et la privatisation auraient dû résorber la faim. Or, c’est le contraire qui s’est produit. La pyramide des martyrs ne cesse de grandir. Le meurtre collectif par la faim devient chaque jour plus effrayant.
Mais, malgré son titre - Destruction massive - mon livre est un livre d’espoir.
Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. II existe des mesures concrètes que nous, citoyens et citoyennes des États démocratiques d’Europe, pouvons imposer immédiatement ; interdire la spéculation boursière sur les produits alimentaires ; faire cesser le vol de terres arables par les sociétés multinationales ; empêcher le dumping agricole ; obtenir l’annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres pour qu’ils puissent investir dans leur agriculture vivrière ; en finir avec les agrocarburants... Tout cela peut être obtenu si nos peuples se mobilisent. J’ai écrit Destruction massive, géopolitique de la faim pour fortifier la conscience des citoyens. Je le répète, pendant que nous discutons, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Les charniers sont là. Et les responsables sont identifiables.
De plus, de formidables insurrections paysannes – totalement ignorées par la grande presse en Occident – ont lieu actuellement dans nombre de pays du Sud : aux Philippines, en Indonésie, au Honduras, au nord du Brésil. Les paysans envahissent les terres volées par les sociétés multinationales, se battent, meurent souvent, mais sont aussi parfois victorieux.
Georges Bernanos écrit : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres  ».
L’ordre cannibale du monde peut être détruit et le bonheur matériel assuré pour tous. Je suis confiant : en Europe l’insurrection des consciences est proche.
- 4) Depuis des années, notamment en tant que vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, vous agissez afin que soit adopté un pacte international ou un autre instrument légal international qui garantisse les droits des paysans à l’échelle planétaire. Où est-on arrivé aujourd’hui ?
Le projet d’une convention internationale protégeant les droits des paysans (droit à la terre, droit aux semences, droit à l’eau, etc.) sera soumis en juin au Conseil de Droits de l’homme. Elle matérialise le principe de l’obligation extraterritoriale des États. Concrètement : l’État français pourrait être tenu pour responsable des violations des Droits des paysans camerounais ou béninois par les sociétés de Vincent Bolloré ou de Vilgrain.
La bataille est indécise.
- 5) En quoi les analyses et les actions du CADTM peuvent-elles être utiles pour contribuer au combat pour le droit à l’alimentation et, au-delà, pour un changement radical de cap en matière de droits humains ?
L’obscurantisme néolibéral empoisonne la plupart des gouvernements et une majeure partie de l’opinion publique. Les analyses et les combats du CADTM sont essentiels. Jean-Paul Sartre écrit : « Connaître l’ennemi, combattre l’ennemi ». Cette double exigence est magnifiquement assumée par le CADTM.
Jean Ziegler, auteur de Destruction massive, géopolitique de la faim, Éditions du Seuil ; (aussi : L’or du Maniema, roman, réédition dans la coll. Points, Seuil)

José Bové change la Pac au salon de l'Agriculture

http://cdurable.info/Changeons-de-cap-PAC-Agriculture-paysanne-citoyens-Jose-Bove-Gilles-Luneau.html

Quelle est la politique du directeur général de la FAO pour la Corne de l’Afrique ?



L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation est une des institutions du système des Nations Unies (FAO). La FAO joue un rôle important, même si son effectivité est relative dans un monde de plus en plus dominé par le néolibéralisme et la spéculation financière et où le rôle de l’Etat comme régulateur a disparu. Les maîtres du monde ne veulent pas de régulation ni de dirigeantes/dirigeants qui les contrôlent.
Depuis janvier dernier le nouveau directeur général de la FAO est José Graziano Da Silva, un Brésilien. Il a été élu le 26 de juin 2011 au deuxième tour par une courte marge face à un Européen, Miguel Angel Moratinos, ex ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du gouvernement de Jose Luis Rodriguez Zapatero (chef du gouvernement socialiste espagnol). Il a remplacé à Jacques Diouf, un fonctionnaire international du Sénégal, qui a passé 18 ans (soit 3 mandats) à la direction de cet organisme international. Il est le premier latinoaméricain à occuper ce poste.


Mais qui est réellement José Graziano Da Silva ? Son origine et son pays ne peuvent des points explicatifs sur les actions d’une/responsable. Cependant son parcours professionnel et sa conviction à résoudre des problèmes importants comme la sous-alimentation et la sécurité alimentaire sont des éléments importants à prendre en considération. Il est né el 17 novembre 1949 aux Etats-Unis de parents Brésiliens. Il est agronome de formation, et écrivain. Auteur de nombreux livres sur les problèmes de l’agriculture de son pays, le Brésil.


Docteur en Economie, il fut professeur d’Economie Agricole à l’université d’Etat de Campinas (Brésil) ; il a été le conseiller de la Fédération des Agriculteurs de l’Etat de San Paolo. Entre 2003 et 2004, il a occupé sous les gouvernements du président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministère de la Sécurité Alimentaire ; il fut principal responsable de la mise en place et de l’application du programme ambitieux de Lula Fome Zero, zéro faim en portugais. Alimenter des millions de Brésiliennes et Brésiliens a été un des chevaux de bataille de l’ex syndicaliste, Lula. Son programme a permit de sortir de la pauvreté à environ 30 millions de personnes les 8 ans des deux mandats présidentiels de Lula. En mars 2006, il fut le Représentant Régional et sous-directeur de la FOA pour l’Amérique latine. Dans les gouvernements de Lula Da Silva, il a occupé le ministère de Sécurité Alimentaire.


Quel est l’intérêt d’occuper le poste de Directeur Général ? L’intérêt peut être symbolique ou l’apport d’une expérience personnelle ou collective démontrée dans un contexte national et/ou régional. Mais étant un poste d’un organisme international, on peut ne pas négliger ou sous-estimer l’intérêt des Etats, principaux acteurs des relations internationales et contributeurs du budget de l’organisation internationale. Sa victoire est celle d’un dirigeant atypique, qui a marqué non seulement la vie politique brésilienne, mais aussi les relations internationales : Lula da Silva. Personne ne doute que le Brésil est une puissance émergente (membre du groupe BRICS, qui regroupe le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud), qui a les moyens de sa politique internationale, qui participe et a une voix dans les négociations internationales par exemple sur le réchauffement climatique comme au Sommet de Copenhague au Danemark en 2009.


Comme puissance économique, le Brésil aspire donc à occuper des postes prestigieux. L’autre puissance émergente, deuxième économie du monde, la Chine a aussi une citoyenne à la tête d’une institution onusienne, Magareth Chain à Directrice général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).


Comme lectrices et lecteurs de la Nation mais aussi citoyennes et citoyens de la Corne de l’Afrique, nous devons nous poser la question suivante, qui me paraît très importante pour notre vie : qu’est-ce que la FAO dirigé par José Grazaniao da Silva va apporter comme solution aux problèmes récurrents en matière alimentaire et de sécurité alimentaire de cette région ? Son expérience dans son pays natal de la Faim Zéro est-elle transposable dans d’autres contextes socio-cultures, politiques et climatiques ? Durant l’été dernier, des images horribles d’enfants, des hommes et des femmes, des mères impuissantes face à la mort lente de leurs enfants ont fait le tour du monde. Il y a eu une mobilisation, qui a apporté un répit à la souffrance, mais non une solution définitive.


Pourquoi la Corne de l’Afrique est-elle si marquée par les sécheresses et les famines plus que d’autres régions africaines et du monde ? Pourquoi les gouvernements et les sociétés civiles réagissent toujours quand il y a une catastrophe ? Pourquoi les mécanismes de la lutte contre la sécheresse et la famine de l’IGAD ne fonctionnent pas bien ?


Dans l’action d’un responsable, les gestes, les symboles et les moments sont importants pour analyser non seulement la mise en place de son programme, mais aussi son accomplissement. Mais on ne peut encore tirer des conclusions du programme du Directeur Général de la FAO sur la Corne de l’Afrique. Lors de sa prise de fonction en janvier dernier à Rome il affirmait que l’Afrique serait sa priorité durant son mandat (jusqu’en 2015) et qu’il allait assister au dernier Sommet du Syndicat des Chefs d’Etat suivant l’expression du président Ougandais Yuweri Musevni à l’endroit de l’Union Africaine. Sa position et et son discours montrent au moins un certain intérêt de sa part à Corne de la mort et de « sang » en reprenant l’expression de l’écrivain Abdourhaman Wabéri. José Graziano da Silva vient d’effectuer une visite au village de Dollow de la région de Gedo en Somalie, afin d’évaluer par lui-même la situation et d’observer le travail accompli par la FAO et ses partenaires pour comme il dit « j’ai eu le privilège de rencontrer agriculteurs et éleveurs somaliens.


J’ai été témoin de l’impact de notre action sur leur existence. » Quelle est l’action de la FAO ? Il n’explique pas en quoi consiste l’action entreprise par l’organisation qu’il dirige. C’est une première position du principal responsable de la FAO sur les questions alimentaires dans cette maudite région. Il a le temps de disserter sa thèse sur la résolution de ces questions.


Les conséquences des famines, les sécheresses récurrentes et l’insécurité alimentaire de cette région ne sont pas seulement le fait de la très faible pluviométrie. Se limiter seulement aux facteurs climatiques c’est faire semblant d’ignorer d’autres facteurs plus mortels comme la vente des terres arables et l’inclusion de l’agriculture dans le commerce mondial ou mieux dans les spéculations mondiales. Dans les informations de la presse internationale sur la famine durant l’été, des chercheures/chercheurs universitaires évoquaient la vente des terres arables de la Somalie de la région du fleuve Shebelle à des entreprises étrangères. L’origine des crises alimentaires dans le monde depuis qu’on parle de changement climatique a changé. Si la pluviométrie est une cause principale, on ne peut négliger la politique de beaucoup de gouvernements africains comme au l’Ethiopie, le Madagascar, le Mali qui vendent des terres fertiles à des entreprises des pays comme la Corée du Sud, le Qatar, le Barhein… C’est enlever aux agricultrices et agriculteurs la liberté de cultiver, donc de nourrir des aliments (et non pas être dépendants de l’aide et de l’humiliation des donations étrangères) leurs terres natales.


Au contraire il faut les aider, les subventionner. Sans subventions on peut nourrir des milliers de personnes. Et les grands pays comme les Etats-Unis, les pays de l’Union Européenne, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon (pour le riz) soutiennent leurs agricultures et leurs élevages. Ce n’est pas en vendant ces terres qu’on peut lutter les famines. Et il est du devoir de l’Etat de subvenir la première nécessité de ses populations. La liberté des mouvements financiers constitue le nouveau holocauste pour beaucoup de citoyennes et citoyens de certains pays du Sud.


Mohamed Abdillahi Bahdon
Sidwaya


Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article46501&rubrique21 

Un juge américain valide le boycott des produits israéliens


En France le boycott est illégal et passible de prison, mais aux USA il a été autorisé par un juge, mieux encore, vouloir empêcher le boycott serait une entrave à la liberté d’expression, toujours suivant ce juge.
En France  le boycott étant interdit par la loi vous êtes légalement contraints d’acheter ces produits israéliens dont le code barre commence par 729.

Le lobby israélien vient d’être débouté de sa plainte contre le magasin Co-op de la ville d’Olympia (Etat de Washington), qu’il accusait d’avoir retiré les produits israéliens de ses étagères.
Le conseil d’administration de la chaîne Co-op de la capitale de l’Etat de Washington, avait voté le boycott des produits israéliens et donc cessé de les vendre en 2010.

Depuis cette date, il a été harcelé par un groupe de pression (« Stand with us ») qui a finalement décidé de les attaquer en justice.
Le juge les a non seulement déboutés ce lundi, mais les plaignants sont menacés de devoir payer de fortes amendes (10.000 dollars) à chaque personne poursuivie, pour avoir essayé de les intimider et pour avoir entravé leur liberté d’expression, en les contraignant à engager des dépenses judiciaires élevées pour se défendre.

Sources: